Le commandant du détachement Estrie/Centre-du-Québec de la Sûreté du Québec, Claude Desgagnés, n'a pas manqué de saluer son vétéran Roch Émond qui atteindra dimanche le cap des 65 ans l'obligeant à partir.

Obligé de partir avant ses 65 ans

CHRONIQUE / La carrière de policier n'est pas de tout repos. Elle écourterait même l'espérance de vie d'une quinzaine d'années, a révélé l'an dernier une étude réalisée par une firme d'actuaires.
Pratiquement tous les policiers mettent un terme à leur carrière dès qu'ils sont éligibles à la retraite. À la Sûreté du Québec, l'âge moyen des départs est de 54 ans. Roch Émond, qui lui choisissait de rester, est donc une exception.
Sauf que là, le sergent-enquêteur comptant 45 années de service, dont 28 à la division des crimes majeurs de la SQ de Sherbrooke, n'a pas le choix. Il doit quitter avant le 25 mars, et pas question pour lui de s'offrir un cadeau d'anniversaire en travaillant une journée de plus. À compter de dimanche, il sera trop vieux!
La retraite est obligatoire à 65 ans pour les membres de la Sûreté du Québec, prescrit une règle de la police provinciale ne s'appliquant cependant pas aux policiers municipaux.
« S'il n'y avait pas cette limite, est-ce que je resterais? Je ne le sais pas. Pour moi, c'est un peu comme un divorce. La séparation va se faire et il faut que j'entreprenne une nouvelle vie » s'est conditionné celui qui est conscient d'avoir profité de certains assouplissements à ces règles incontournables. Sans ces changements, il aurait été forcé de partir dix ans plus tôt, après 35 années de service.
Ce sexagénaire né dans l'est de Sherbrooke a préféré la vie de policier à celle de soldat.
Sa candidature a été acceptée par la SQ alors qu'il n'avait que 18 ans et qu'il venait de signer un contrat de cinq ans comme militaire.
« L'officier des forces armées s'est montré collaborateur après avoir entendu que j'avais arrêté mon choix sous l'influence de mon père Willie, qui était policier. Jeune, ça m'avait marqué de le voir enfiler son uniforme avec fierté chaque matin. Mon père a été membre de la police municipale de Sherbrooke durant 40 ans. »
Une longévité et une fidélité de père en fils. Le goût des découvertes est la seule raison pour laquelle ce policier a été attiré par la SQ plutôt que par l'ancien quartier général de la rue Marquette.
Après sa formation et quelques années d'initiation à Montréal, Roch Émond obtient un poste à l'escouade régionale des moeurs du détachement de Saint-Hyacinthe. Les Hells Angels prennent racine au Québec et comme ils font de Sorel une de leurs forteresses, le policier Émond participe en 1981 à la première frappe policière concertée contre ce groupe émergent.
« Il n'était pas pratique courante de partager les informations entre corps policiers. Pour cette enquête, nos équipes de la SQ avaient collaboré avec celles de la police de Montréal, de Laval ainsi qu'avec la GRC. Nous n'avions pas l'ambition d'éliminer les Hells d'un seul coup. Nous avions l'espoir d'aller chercher de l'information, d'identifier du monde, de garnir notre banque de renseignements. Comme cela se passe aujourd'hui lorsque les motards se rassemblent. »
C'était le début du bras de fer qui dure depuis, et Roch Émond en garde le souvenir d'une période de fébrilité.
« Nos membres étaient unis et une police unie est une police efficace. On arrivait à vivre sans avoir peur qu'un motard débarque un bon matin pour s'en prendre à l'un de nous. »
Une surprise immensément plus grande attendait M. Émond : un membre de sa famille s'est joint aux Hells.
Le policier refuse de s'ouvrir sur ce qu'en furent les répercussions familiales.
« Je me suis détaché des enquêtes sur les motards. J'avais d'autres opportunités au sein de l'organisation, il y avait plusieurs autres dossiers qui m'intéressaient », se limite-t-il à dire, ajoutant qu'il a toujours veillé à ce que son intégrité ne soit pas mise en doute par ses patrons et ses collègues.
Le sergent-enquêteur a été l'un des artisans du programme de prévention et de répression pour lutter contre le trafic de drogue dans les écoles de l'Estrie. Ses services ont d'ailleurs été prêtés à la police de Sherbrooke pour préparer ce déploiement.
Lorsque la contrebande de tabac a creusé les poches des commerçants victimes d'une concurrence déloyale, il s'est retrouvé au coeur de l'offensive contre l'économie souterraine en Estrie.
Plus récemment, il a été impliqué dans l'élaboration du plan d'intervention que les forces policières appliqueraient et que la direction, le personnel et les élèves seraient invités à suivre si un tueur actif faisait irruption dans leur école.
« J'ai toujours aimé ce que je faisais, ça n'a jamais été lourd pour moi de me lever pour venir travailler et avec tous les projets que j'avais, ça me tenait occupé et motivé. Certains ont attendu l'âge de la retraite pour profiter de la vie, moi, j'en ai profité tout au long de ma carrière même en travaillant. »
Quelles sont les célébrations prévues pour la retraite et le 65e anniversaire?
« Une visite à la cabane à sucre, dimanche. Après, on verra. »