À 18 ans, Audrey Richard n’avait jamais envisagé de travailler dans un CHSLD. Elle y œuvre depuis un peu plus d’un mois maintenant, heureuse de contribuer à rendre plus belle la vie des résidents du CHSLD de Sherbrooke où elle travaille.
À 18 ans, Audrey Richard n’avait jamais envisagé de travailler dans un CHSLD. Elle y œuvre depuis un peu plus d’un mois maintenant, heureuse de contribuer à rendre plus belle la vie des résidents du CHSLD de Sherbrooke où elle travaille.

Objectif : faire la différence

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Trois Sherbrookoises qui n’avaient jamais envisagé de travailler dans des CHSLD y œuvrent aujourd’hui dans un même objectif : faire la différence dans la vie de ces personnes vulnérables. Trois CHSLD différents, trois expériences fort différentes, mais une même expression pour décrire ce boulot inattendu dans leur vie : une belle expérience humaine.

Audrey Richard a perdu son emploi quand la « mise sur pause » du Québec a entraîné la fermeture temporaire du cinéma où elle travaillait. Cette étudiante, qui avait pris un congé sabbatique en prévision d’un voyage dans l’Ouest canadien, a alors pu toucher la Prestation canadienne d’urgence (PCU). « Mais j’avais envie d’aider », soutient la jeune femme de 18 ans tout juste.

Et c’est ainsi qu’elle a donné son nom pour devenir aide de service dans un CHSLD de Sherbrooke.

De son côté, Marie-Pierre Boucher prévoyait depuis longtemps un périple de trois mois en Asie avec son conjoint et leurs enfants. Le couple avait longtemps travaillé pour s’offrir une demi-année sabbatique et ce voyage bien planifié. Quand tout a été annulé, cette femme d’action avait besoin d’un défi.

Et c’est ainsi que la Sherbrookoise d’origine est devenue aide de service dans un CHSLD de Montréal où elle habite maintenant, en pleine zone rouge, auprès de patients atteints de la COVID-19.

Finalement, Daphnée Hallé était agente de bord chez Air Canada. Une fois les avions figés sur le tarmac, la Sherbrookoise d’origine s’est retrouvée confinée dans son logis pour 14 jours. « Il y avait eu des patients COVID sur mes vols. La quarantaine à la maison a été longue. Je me suis dit qu’après, quand ce serait terminé, j’allais en profiter pour faire plein de choses! » s’exclame celle qui habite à Montréal depuis quatre ans.

L’enseignante Marie-Pierre Boucher profite de son congé sans solde pour relever un défi inattendu : celui d’être aide de service dans une « zone rouge » d’un CHSLD de Montréal.

Mise à pied, elle aussi avait droit à la Prestation canadienne d’urgence. Mais elle y a renoncé. « Dès le début, j’avais en tête d’aller aider dans les CHSLD. Je suis une personne active. Je ne pouvais pas rester assise chez moi alors que le gouvernement demandait de l’aide! » assure Daphnée Hallé.

Direction : un CHSLD avec quelques patients atteints de la COVID-19. Les tâches y sont multiples mais le soutien qu’elle y apporte est précieux et apprécié.

« Au début, j’étais la première aide de service, alors on ne savait pas trop trop quoi me faire faire. J’ai commencé en faisant de la désinfection à longueur de journée. C’est utile, c’est concret. Mais ensuite, on m’a déplacée pour travailler auprès des résidentes et sincèrement, je préfère ça. J’essaie de réchauffer leur cœur. Une journée cette semaine, je chantais avec des résidentes. On a fait un bingo dans la porte de chaque chambre, pour respecter la distanciation physique », raconte l’agente de bord. 

Audrey Richard adore aussi son nouveau boulot. « Mercredi, j’ai passé deux heures sur un balcon à parler avec cinq ou six résidents de tout, de rien, à se répéter parfois, mais ce n’est pas grave… Ça leur fait du bien. C’est la plus belle partie de la job », soutient Audrey Richard, venue prêter main-forte dans un CHSLD de Sherbrooke qui n’a pas été touché par la COVID-19.

Marie-Pierre Boucher travaille depuis peu dans une zone rouge d’un CHSLD du CIUSSS du Centre-sud-de-l’Île-de-Montréal. Enseignante au secondaire, elle travaille généralement avec des adolescents pleins de vie. « Les employés nous disent que nous, les aides de service, on fait une différence. On est là pour les résidents. Grâce à ça, les employés ont plus de temps pour les faire manger, pour les laver. Concrètement, ça fait une différence dans la vie des gens », dit-elle.

Bien sûr, il y a des aspects du travail qui sont difficiles. Qui mettent mal à l’aise. Qui sortent ces nouvelles aides de service de leur zone de confort.

« Il y a des aides de service en formation, alors parfois, il faut suivre des préposés aux bénéficiaires (PAB) pour savoir comment faire telle ou telle tâche. Alors on se retrouve dans des situations où, pour changer une culotte, il y a beaucoup de gens dans la chambre. Même si les résidents ont moins de contrôle sur le corps, la dignité reste et c’est important », explique Audrey Richard.

Dans le CHSLD où travaille Marie-Pierre Boucher, il reste peu ou pas d’employés réguliers, qui ont été réaffectés dans le second bâtiment du même 

CHSLD. Résultat : les résidents font constamment face à de nouveaux employés et leurs habitudes sont peu connues du personnel.

« Quand on arrive pour faire manger une personne, parfois on doit chercher ses dentiers. Ou bien on cherche les lunettes. Mais en même temps, je vois bien que tout le monde fait de son mieux. Les gens sont très gentils », explique Marie-Pierre Boucher.

Les aides de service ont peu de formation avant d’entrer en poste. Mais ils sentent néanmoins qu’ils font une réelle différence dans la vie des résidents et dans celle des employés fatigués.

Audrey Richard n’a donc pas l’intention de changer d’emploi à court terme. « Tant qu’à travailler, il y a ici des gens qui ont besoin d’aide et moi je peux aider! » se réjouit-elle.

Les gestes sont petits, parfois. Une petite jasette en passant, prendre quelques minutes de plus pour laver ou pour faire manger une personne en respectant son rythme. « Les plus petits gestes que je peux faire, ça peut être gros pour une personne », soutient Audrey Richard.

Les avions d’Air Canada voleront beaucoup moins au cours des prochaines années. Daphnée Hallé ne sait pas quand elle pourra de nouveau s’envoler. D’ici là, elle continuera d’étudier à l’université et d’aider dans le CHSLD. « J’aime ce travail parce qu’il fait une différence », conclut-elle.