La Dre Judith Simoneau-Roy rencontre Vanessa* (prénom fictif), une jeune patiente suivie à la Clinique d’obésité pédiatrique pour l’aider dans la gestion de son poids.

Obésité infantile : vaincre le surpoids précoce à petits pas

De 25 à 30 % des petits Québécois ont un surplus de poids et 10 % sont obèses. La Clinique d’obésité pédiatrique de l’Hôpital Fleurimont suit un peu plus de 150 enfants et adolescents. Dans cette clinique, le médecin, la nutritionniste, les jeunes patients et leurs familles font équipe. Quel est l’objectif? Il est de faire des petits pas pour changer des habitudes de vie et ainsi en arriver à changer la trajectoire de prise de poids.

Vanessa* (prénom fictif), 17 ans, fait partie des patients suivis dans cette clinique depuis trois ans. « Mes suivis à la clinique m’ont aidé à faire des changements. Ça m’a permis de comprendre ce qui est bon pour moi. Mais ça reste difficile, surtout du côté de la nourriture », soutient l’adolescente.

Son suivi, aux trois à six mois, la motive à poursuivre ses objectifs. Ce jour-là, elle avait rendez-vous avec Dre Judith Simoneau-Roy, endocrinologue-pédiatre et responsable de la Clinique d’obésité pédiatrique au CIUSSS de l’Estrie-CHUS pour parler des résultats de son test de dépistage du diabète.

« Vanessa est en prédiabète, malgré tous les changements à son mode de vie qu’elle a fait. Nous allons discuter de médication. C’est une bonne chose qu’on détecte tôt le diabète parce que c’est un risque majeur de problèmes cardiovasculaires à long terme », fait savoir le médecin qui dirige cette clinique.

Raisons variées

Il y a plusieurs raisons qui poussent les enfants à prendre du poids. La génétique est importante. Si on est né dans une famille où la prise de poids est facile, on gagnera plus facilement que si, à l’inverse, la génétique joue en notre faveur.

Par contre, les raisons de la prise de poids sont extérieures à la personne dans 95 % des cas, soutient Dre Simoneau-Roy.

L’alimentation et l’activité physique sont les clés pour la perte de poids même si des changements au mode de vie peuvent s’avérer difficiles à faire durer dans le temps.

Les suivis à la Clinique d’obésité pédiatrique sont très personnalisés, parce que les situations familiales et sociales sont trop différentes pour pouvoir faire des activités de groupe, par exemple.

« Il y a des ethnies, des cultures, des éducations différentes, des difficultés à cuisiner, un manque de ressources pour acheter des fruits et des légumes même l’hiver quand ça coûte plus cher », cite la médecin.

L’importance d’agir tôt

Il faut agir le plus tôt possible pour changer la trajectoire de prise de poids, soutient l’endocrinologue-pédiatre, alors que les ressources en première ligne sont souvent absentes ou largement insuffisantes.

« Ce que l’on sait, c’est que si les enfants ne sont pas rentrés dans les courbes normales à huit ans, il y a des fortes chances qu’ils restent en surpoids ou avec une obésité. Si les adolescents arrivent obèses à 18 ans, 80 % d’entre eux vont rester obèses. Nous avons des belles histoires à succès, mais ce sont 20 % des cas », dit-elle.

Selon les courbes, les enfants qui quittent le 99e percentile tombent en surpoids avant de passer dans trois catégories d’obésité (classe 1, 2 ou 3).

« Pour nous, un changement de catégorie est un succès », dit Dre Simoneau-Roy.

Avec chacun de ses jeunes patients, la pédiatre vise à trouver des objectifs réalistes. La théorie des petits pas, quoi!

« Ça prend beaucoup de confiance en soi pour venir voir un docteur pour parler de son poids. Mes patients ont rarement le goût de venir me voir. Parfois nous avons fixé des objectifs et, pour toutes sortes de raisons qui leur sont personnelles, ils ne les ont pas atteints. Alors notre travail, c’est d’en trouver des plus petits qui pourront être plus réalistes pour eux », dit-elle.

Dre Simoneau-Roy aimerait pouvoir voir plus de patients dans sa clinique. Elle a de l’aide de deux collègues pédiatres et de nutritionnistes pédiatriques. Elle aimerait toutefois que l’aide vienne d’une volonté politique de dépister et d’aider les enfants en surpoids le plus tôt possible.