Prestations musicales, témoignages, concours de fabrication d’abris de fortune, brasero et soupe chaude seront au menu de la 17e édition de la Nuit des sans-abri qui se déroulera au marché de la Gare à partir de 18 h vendredi. Alexandre Leclerc, Céline Gendron et Joëlle Roy agissent à titre de porte-parole de l’événement.

Nuit des sans-abri : citoyens, même dans la rue

C’est sous le thème Citoyens et citoyennes, même dans la rue que se déroulera la 17e édition de la Nuit des sans-abri à Sherbrooke ce vendredi. La récente période électorale a donné l’idée aux organisateurs d’aborder l’écart qui peut parfois être grand entre les personnes itinérantes et les citoyens d’une ville.

« Les gens en situation d’itinérance veulent voter, mais quand on n’a pas d’adresse, c’est assez difficile d’être sur une liste électorale, illustre Nancy Mongeau, co-porte-parole de la Table itinérance de Sherbrooke. Heureusement certains organismes peuvent leur prêter une adresse pour qu’ils aient un droit de vote comme tous les citoyens. Souvent les personnes en situation d’itinérance se sentent à l’écart. »

Des gestes très simples peuvent améliorer la situation, selon Mme Mongeau, et c’est justement l’objectif de la Nuit des sans-abri de les faire connaître.

« Concrètement, on peut aider quelqu’un dans la rue simplement en ne le jugeant pas et en n’ayant pas peur de lui. Ce ne sont pas des gens dangereux, ce sont des gens qui ont des problèmes et de la souffrance. De faire un sourire une fois de temps en temps, ça ne coûte rien et c’est très généreux. Le jugement de la population est difficile. Ils ont des droits, des rêves et ils veulent s’en sortir. Ce n’est pas vrai qu’on choisit de rester à la rue, c’est plutôt l’absence de choix qui nous mène à la rue. »

Une programmation diversifiée

Prestations musicales, témoignages, concours de fabrication d’abris de fortune, brasero et soupe chaude seront au menu de cette 17e édition qui se déroulera au marché de la Gare à partir de 18 h vendredi.

« La température vient toujours décider si on va avoir du monde ou non, mais beau temps, mauvais temps les gens sont invités, indique Nancy Mongeau. Cette année, la nouveauté c’est la table à desserts. Les gens apportent un dessert, le pose sur la table et tout le monde en mange. »

Le groupe Phonz, composé de Joëlle Roy et Alexandre Leclerc, ainsi que Céline Gendron, qui a vécu en situation d’itinérance pendant 15 mois (voir texte en page 7), agissent à titre de porte-parole de  l’événement.

Un problème caché à Sherbrooke

L’itinérance est en progression à Sherbrooke. Pour l’année 2017-2018, les organismes de soutien et les ressources d’hébergement de la ville ont desservi 7357 personnes en situation d’itinérance ou à risque de l’être. C’est une augmentation de plus de 500 personnes vis-à-vis l’année précédente.

« Les refuges sont pleins et la salle à manger est pleine pour la soupe populaire, souligne Mme Mongeau. Nos organismes débordent, mais les gens ne le voient pas. On peine à combler la demande et c’est pourquoi on demande plus de financement. »

L’itinérance à Sherbrooke à un visage différent qu’à Montréal par exemple selon Mme Mongeau.

« Les gens arrivent à s’en sortir, mais il y en a toujours de nouveaux qui se ramassent dans la rue. Il y a très peu de gens en itinérance chronique à Sherbrooke comme c’est le cas peut-être à Montréal, c’est plutôt de l’itinérance épisodique liée à une perte d’emploi ou des problèmes de santé. »

S’impliquer pour s’en sortir

Céline Gendron a décidé de s’impliquer comme porte-parole de la Nuit des sans-abri. Mme Gendron a été infirmière pendant 20 ans avant de se retrouver à la rue à la suite d’un problème de santé.

« Je viens d’une famille "normale" où il n’y avait pas de violence, de drogue ou d’alcool, explique-t-elle. J’ai eu une belle enfance et une belle adolescence. Mais un moment donné, je suis tombée malade, le syndrome de fatigue chronique. Les assureurs ont décidé que je n’étais pas malade et je me suis ramassée sur l’aide sociale. Je me suis isolée de plus en plus de mon monde et un jour, en 2015, je suis tombée à la rue. »

Mme Gendron estime que les jugements des autres sont très difficiles à gérer dans la rue.

« On vit tous l’itinérance de façon différente. Pour ma part, je l’ai vécue dans mon auto, admet-elle. J’ai passé 15 mois dans mon auto, c’était devenu ma maison. Il y a tellement de jugement lorsqu’on est itinérant. C’est triste à dire, mais les pires jugements méprisants que j’ai eus sont venus des professionnels de la santé et des policiers, ceux qui sont là pour nous protéger et nous rendre service. »

Aujourd’hui, Céline Gendron est membre du conseil d’administration du Partage St–François. Elle est aussi au comité hébergement femme de la Maison Marie-Jeanne.

« Je me sentais citoyenne avant d’être à la rue, mais pendant l’itinérance, je ne suis pas certaine que je me sentais comme telle, résume-t-elle. Je me sentais plutôt comme un rejet de la société. Depuis que je me suis retrouvé un appartement et que je m’implique, je me sens redevenir une citoyenne. »