Chaque jour passé en classe est un privilège, montrent les grandes lignes d’une enquête menée par la professeure Anne Lessard de l’Université de Sherbrooke
Chaque jour passé en classe est un privilège, montrent les grandes lignes d’une enquête menée par la professeure Anne Lessard de l’Université de Sherbrooke

Nouvelle étude, nouveau constat de difficulté chez les jeunes

Isabelle Pion
Isabelle Pion
La Tribune
Chaque jour passé en classe est un privilège, montrent les grandes lignes d’une enquête menée par la professeure Anne Lessard de l’Université de Sherbrooke. Le temps passé en confinement semble avoir accentué ce sentiment ou du moins, fait ressortir le bon côté de l’école. « Ça change un peu la perception que les enfants ont », dit-elle au sujet du réconfort d’être ensemble. Les multiples contraintes de la COVID sur le milieu scolaire font cependant qu’enseignants et élèves sont à cran. L’augmentation de l’agressivité chez les élèves est d’ailleurs palpable, constate la professeure.

La professeure et son équipe ont mené un coup de sonde au printemps et cet automne auprès d’enseignants, d’élèves du primaire et du secondaire, et de leurs parents dans l’ensemble de la province.

« Les enseignants nous disent que les élèves sont heureux à l’école et qu’ils respectent les consignes pour y passer plus de temps », constate celle qui est titulaire de la Chaire de recherche de la CSRS sur l’engagement, l’intégration et la réussite des élèves.

Autant les élèves que les enseignants se sentent plus engagés lorsqu’ils sont à l’école, les cours à distance influençant la motivation de tout le monde.

L’enseignement en ligne suscite aussi des craintes chez le personnel enseignant, qui redoute parfois d’être enregistré ou écouté à son insu. L’anxiété a grimpé en flèche chez eux.

Cette façon de faire entraîne aussi des défis supplémentaires alors que les enseignants utilisent souvent la proximité physique pour développer leurs relations avec les jeunes, mais aussi pour maintenir leur attention. 

« Les enseignants ont choisi ce métier-là parce qu’ils veulent transmettre leur passion pour une matière, un sujet. Ils veulent voir des étincelles dans les yeux des élèves. Là, ils voient juste des initiales sur des pastilles. Tout ce pour quoi ils avaient choisi l’enseignement n’existe plus dans ce contexte-ci. C’est démobilisant pour eux », image Mme Lessard.  

Certains d’entre eux ont observé une baisse de la moyenne générale dans certaines matières. 

Les enseignants doivent aussi constamment s’adapter, notamment avec les changements apportés à l’évaluation et aux bulletins. Ceux-ci sont passés de trois à deux.

Durant le confinement, les garçons ont démontré plus de difficultés d’attention et de comportements agressifs que les filles. 

Au sujet de l’augmentation de l’agressivité chez les élèves, les enseignants ont notamment identifié, comme sources de ce problème, le fait que les jeunes, confinés en classe, ne peuvent plus évacuer leur énergie. 

L’usage accru des appareils mobiles et le temps passé sur les réseaux sociaux ont contribué à un phénomène : les disputes débutant sur les réseaux sociaux et qui se poursuivent en classe. 

La surutilisation des écrans est un enjeu important, mais l’enquête ne s’est pas attardée à cet aspect en particulier. « Oh my God, soupire Anne Lessard. Je suis mère de trois ados. Je suis au premier plan de cette problématique... Je constate que c’est un problème. Quelle est la solution, je ne sais pas exactement. » 

La technologie fait aussi en sorte qu’il n’y a plus aucune ligne tracée dans les moments de la journée. « Des enseignants vont répondre à des courriels et des textos de 7 h le matin à 22 h le soir. » 

Anne Lessard prenait part à un colloque de la Fondation Jasmin Roy Sophie Desmarais, mardi, au cours duquel divers intervenants ont tracé un portrait de la rentrée scolaire en contexte de pandémie. 

Anne Lessard note qu’il est important de dresser un portrait de la situation. Elle avance du même coup que le ministère de l’Éducation fait ce qu’il peut dans un tel contexte. Elle estime qu’on peut néanmoins déterminer des cibles concrètes et ajuster le tir en conséquence. 

La chercheuse entend continuer de suivre la situation, qui évolue grandement.