Les nouvelles bassines et les nouveaux urinaux permettent aux patients d’uriner ou faire leurs selles dans des sacs de plastique, ce qui évite d’avoir à déplacer les contenants avec les liquides biologiques dans les couloirs de l’hôpital, réduisant ainsi les risques de contamination.

Nouveaux modèles de bassines et urinaux à usage unique au CIUSSS

De nouveaux modèles de bassines et d’urinaux ont fait leur apparition ces derniers jours dans les deux hôpitaux universitaires du CIUSSS de l’Estrie-CHUS. Ces nouveaux récipients, qui servent à recueillir l’urine et les selles des patients cloués à leur lit, sont à usage unique. Ils sont recyclés à la fin du séjour à l’hôpital de chaque patient alors que les précédents urinaux et bassines étaient lavables et donc réutilisables.

L’impact environnemental est décrié par de nombreux employés du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Toutefois, l’objectif de cette mesure est majeur : la direction espère réduire de 30 % le nombre d’infections nosocomiales (attrapées pendant le séjour à l’hôpital). Il n’y a pas eu d’augmentation du nombre de cas ces dernières années à l’Hôtel-Dieu et à l’Hôpital Fleurimont, et cette mesure s’ajoute à d’autres comme le lavage des mains et une désinfection adéquate des chambres entre le passage de deux patients, explique Frédéric Grondin, adjoint à la directrice des soins infirmiers au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« La gestion de l’urine et des selles, ce n’est pas glamour. Mais en milieu hospitalier, c’est important, voire primordial d’en parler. Ce sont des liquides biologiques qui peuvent contaminer d’autres patients et des membres du personnel. En transportant le matériel, il peut y avoir des éclaboussures. Il y a des spores, des micro-organismes qui peuvent émaner des selles et se transporter à d’autres endroits », ajoute M. Grondin.

Les bassines et les urinaux ressemblent aux anciens modèles, mais ils sont troués. On doit y attacher un sac de plastique qui contient un tissu absorbant, semblable à celui d’une couche d’incontinence. Lorsque le patient fait ses besoins, les liquides sont très vite absorbés pour éviter les dégâts. Une fois que l’usage est terminé, un préposé aux bénéficiaires (PAB) enlèvera le sac, qui doit être convenablement attaché avant d’être jeté dans une « poubelle à couches » située dans la salle de bain, ce qui doit éliminer les odeurs.

Avec les anciens équipements, un PAB devait vider l’urine ou les selles dans la toilette, rincer l’urinal ou la bassine avant de se rendre dans un « lave-bassine », l’équivalent d’un lave-vaisselle. Le cycle de lavage dure quatre minutes à haute température, sans compter le temps de séchage. Dans la pratique, les façons de traiter les contenants variaient aussi grandement en fonction des employés, des patients et du temps disponible.

« Le problème avec cette méthode, c’est le déplacement de l’urine et des selles dans les corridors. Les selles peuvent dégager des spores qui peuvent aller partout dans une pièce », explique M. Grondin.

D’où la contribution importante de cette méthode à l’éclosion de maladies hautement transmissibles en milieu hospitalier, comme la gastroentérite par exemple.

Les employés qui ont contacté La Tribune craignent toutefois que des patients, qui ont souvent déjà de la difficulté à uriner ou à faire leurs selles dans une bassine, soient encore plus timides de le faire dans un « sac ». Ils craignent aussi que le matériel soit beaucoup plus difficile à manipuler que l’ancien.

Le CIUSSS de l’Estrie s’est basé sur une étude menée à l’Hôtel-Dieu de Lévis pour faire ce changement de pratique dans ses deux hôpitaux sherbrookois. D’autres installations du CIUSSS utilisent déjà ce système. À Lévis, on a remarqué « une baisse remarquable de 50 % des incidences des infections nosocomiales associées aux C. difficile après l’adoption de cette technique », peut-on lire dans l’étude.

Les maladies contractées à l’hôpital ont de lourdes conséquences pour les patients. « Sur un étage, les patients ne sont pas tous égaux. Certains arrivent déjà dénutris à l’hôpital, d’autres ont un système immunitaire affaibli. Si on rajoute à ça un C. difficile, une gastroentérite ou un ERV, les conséquences peuvent être très graves pour le patient, ça peut même provoquer le décès », précise Frédéric Grondin.

L’implantation est en train de se faire dans les deux hôpitaux dans le cadre d’un projet-pilote d’un an. Après, on évaluera l’impact réel de l’utilisation de ce nouveau matériel et on évaluera la pertinence de le conserver ou pas.

« L’ancien matériel sera entreposé en attendant qu’on connaisse l’impact des nouveaux outils », explique Frédéric Grondin.

+ Un impact limité sur l'environnement

À première vue, l’impact environnemental semble énorme: les employés du CIUSSS de l’Estrie-CHUS devront mettre les bassines et les urinaux au recyclage après le départ d’un patient plutôt que les désinfecter et les réutiliser, en plus de jeter des sacs de plastique chaque fois que les patients urinent ou vont à la selle. Ces nouveaux outils « sont la moins pire des solutions », explique Frédéric Grondin, adjoint à la directrice des soins infirmiers au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« D’abord, il faut préciser que les urinaux et les bassines sont utilisés pour le plus petit nombre de patients possible. La grande majorité de nos patients doivent aller à la salle de bain. La mobilisation, dans une perspective de promotion de l’autonomie, est essentielle. La pratique la plus environnementale, à la base, c’est de mobiliser les patients et de les amener à la salle de bain », explique M. Grondin.

Et surtout, l’utilisation des nouveaux urinaux et des bassines devrait permettre de réduire de 30 % l’éclosion d’infections nosocomiales, c’est-à-dire contractées par les patients dans le cadre d’un séjour  en milieu de soins. « Quand il y a une éclosion dans une unité, c’est-à-dire que deux ou trois patients ont contracté une maladie comme la gastro ou le C. difficile, ça nécessite une grande désinfection qui coûte environ 20 000 $ à l’établissement. On utilise aussi beaucoup de matériel pour une désinfection, comme des jaquettes, qui doivent tous êtes jetés. Il faut aussi jeter tout ce qui a été en contact avec le patient pour éviter de contaminer plus de personnes. L’impact environnemental d’une éclosion est important », ajoute M. Grondin.

« Et l’impact le plus important, c’est sur le patient, sur ses proches », ajoute-t-il.

M. Grondin précise également que les bassines et les urinaux sont fabriqués de plastique recyclé et sont mis au recyclage après le départ du patient de l’hôpital. Les feuilles absorbantes proviennent de rejets d’une usine où on fabrique des culottes d’incontinence; ils iraient donc à la poubelle de toute façon. « Avec l’ancienne façon de faire, il fallait quand même effectuer le cycle de lavage à eau chaude, sans compter les produits de nettoyage qui sont utilisés. Il y a aussi un impact environnemental à ça », ajoute-t-il.