La réalité sur le plancher est loin du plan d'action présenté vendredi par le CIUSSS de l'Estrie - CHUS, affirme le syndicat, qui estime que la situation a peu changé depuis le soir d'octobre 2016, où une altercation entre deux résidents a mené à la mort de l'un d'eux.

Nouveau plan d'action à Argyll: « De la poudre aux yeux »

Le syndicat des professionnels en soins des Cantons-de-l'Est (FIQ-SPSCE) qualifie de « poudre aux yeux » le plan d'action mis sur pied par le CIUSSS de l'Estrie - CHUS à la suite d'une altercation entre deux résidents de 72 et 74 ans ayant mené à la mort de l'un d'eux.
« C'est loin d'être la réalité sur le plancher », commente Sophie Thériault, responsable de la mobilisation du comité exécutif du FIQ-SPSCE.
Infirmière, Mme Thériault a elle-même été appelée à travailler dans les dernières semaines dans l'unité spécifique d'Argyll où s'est passé l'altercation - une unité de 36 résidants spécialisée pour les personnes qui ont des déficits cognitifs sévères.
« Même s'ils disent qu'ils ont rajouté du personnel, il faut que ce personnel-là soit sur le plancher. Or, lorsque j'y travaillais l'autre jour, on était à -1 préposé en soirée et à -2 préposés en fin de soirée. C'est exactement à cette période que l'incident s'est produit », rappelle Mme Thériault.
Rappelons qu'un homme de 74 ans est décédé un soir d'octobre 2016 après une altercation avec un autre résident dans une chambre. En réaction à cet incident, le CIUSSS de l'Estrie - CHUS présentait vendredi un plan d'action mis sur pied afin d'éviter qu'un drame de ce genre se répète.
Parmi les mesures mises en place, notons l'ajout d'une infirmière sur le quart de jour et d'un préposé sur le quart de soir.
« Ce n'est toujours pas assez! On était en manque de personnel l'autre soir et le bureau de la coordination acceptait la situation puisque c'était tranquille, alors qu'avec une clientèle si vulnérable, ça peut changer en quelques minutes », soutient Mme Thériault.
Offre déclinée
Un préposé déjà sur place aurait offert de rester jusqu'à 23 h, en temps supplémentaire, mais le bureau de coordination aurait refusé son offre.
À la suite de la mise en place du plan d'action, le ratio de personnel pour cette unité spécifique est le suivant : de jour, 2 infirmières avec 2 infirmières auxiliaires et des préposés; de soir, 1 infirmière avec 2 auxiliaires et des préposés; de nuit, 1 infirmière avec 2 préposés.
« On a beau être trois la nuit, il y a des pauses dans nos horaires. Donc quand une des trois personnes est en pause, on se retrouve deux pour surveiller 36 résidents disposés dans trois ailes différentes qui ne communiquent pas. Et les patients se promènent la nuit. Il y a donc toute une aile qui se retrouve a découvert », explique la représentante du syndicat.
La situation se complique si l'infirmière est appelée à donner un coup de main à l'infirmière auxiliaire qui s'occupe d'une autre unité spécifique de 9 résidents encore plus vulnérables.
« La nuit, il n'y a qu'une auxiliaire dans cette unité. Mais en cas de chute par exemple, il faut que ce soit l'infirmière qui constate la blessure. Celle se trouvant dans l'unité de 36 résidents doit donc se rendre sur place et délaisser son poste », poursuit Mme Thériault.
Bien que le tragique événement d'octobre 2016 ait porté toute l'attention sur Argyll, l'infirmière souligne que le manque de personnel est criant partout dans la région.
« Cette clientèle est saupoudrée un peu partout dans les CHSLD de la région en attente d'une place dans une unité spécialisée comme à Argyll. Elle n'a pas plus de surveillance là et un incident pourrait arriver n'importe quand », souligne-t-elle.
L'ajout de caméras et d'une grille d'évaluation des patients tel que prévu par le nouveau plan d'action est vu d'on bon oeil par le syndicat.
« Ce sont de bons outils, concède la représentante syndicale. Mais il faut toujours bien qu'il y ait une personne devant l'écran pour regarder les caméras et il faut avoir le temps de les remplir les questionnaires. Ça nous ramène encore à ce manque de personnel. Et une caméra, ça reste une caméra... C'est de contact humain que ces gens-là ont besoin et j'ai l'impression qu'on est en train de le perdre. »