La directrice générale de Moisson Estrie, Geneviève Côté, croit qu'aider des gens dans le besoin tout au long de l'année lui permet de fêter Noël avec une certaine sérénité. « Il faut se mettre dans un mode de satisfaction face au devoir accompli », dit-elle.

Noël doit aussi servir à « décrocher » de la misère

Que représente Noël pour ceux et celles qui, par leur travail, côtoient la misère humaine à longueur d'année? Ceux et celles qui dirigent des organismes humanitaires tels que La Chaudronnée de l'Estrie, La Fondation des Paniers de l'espoir, Moisson Estrie ou encore l'Armée du Salut arrivent-ils à « décrocher » et à fêter Noël convenablement? Ou si, au contraire, leurs fonctions les habitent encore davantage au moment de s'attabler lorsque vient le temps de réveillonner?
« Lorsque je me suis impliqué pour la première fois dans la distribution des Paniers de l'espoir, je pensais savoir ce qu'était la pauvreté. Mais ç'a été tout un choc. Jamais j'aurais cru voir des gens aussi pauvres à quelques kilomètres de chez moi », raconte Denis Fortier, directeur général de la Fondation des Paniers de l'espoir.
Depuis ses débuts à La Chaudronnée de l'Estrie, il y a 14 ans, François Lemieux a été confronté à tous les cas de détresse physique et psychologique : overdose, alcoolisme, suicide, solitude, etc. Comme la plupart de ses homologues, il croit qu'il est « nécessaire » de s'accorder du temps à soi afin de maintenir un équilibre propre à son travail.
Depuis ses débuts à La Chaudronnée de l'Estrie, il y a 14 ans, François Lemieux a été confronté à tous les cas de détresse physique et psychologique : overdose, alcoolisme, suicide, solitude, etc. Comme la plupart de ses homologues, il croit qu'il est « nécessaire » de s'accorder du temps à soi afin de maintenir un équilibre propre à son travail.
« C'est sûr qu'il faut décrocher, pas seulement à Noël, mais aussi durant le reste de l'année, dit celui qui, depuis trois ans, coordonne les activités de la Chaudronnée après avoir été adjoint à la coordination et intervenant auprès de la clientèle.
Si M. Lemieux a appris au fil des ans à faire la part des choses entre son travail et sa vie personnelle, il avoue que certains aspects liés à la pauvreté continuent de l'agacer tout au long de l'année.
« Ce avec quoi j'ai le plus de difficulté, c'est de voir que quand Noël arrive, tout le monde se sent soudainement plus généreux : la guignolée, les paniers, etc. Tout ça est bien beau, mais les gens qui fréquentent La Chaudronnée ont aussi faim et ont aussi besoin d'un toit en juillet. On dirait que dès que les premiers grands froids arrivent, on sent le besoin d'être généreux. C'est ce que je trouve le plus difficile à comprendre à Noël », confie le responsable de La Chaudronnée qui sert plus de 200 repas par jour à une clientèle qui avoisine les 1600 personnes différentes annuellement.
Sachant que la pauvreté ne s'éradiquera pas du jour au lendemain, certains gestionnaires trouvent leur équilibre dans les bienfaits que procure leur travail au jour le jour.
La directrice générale de Moisson Estrie, Geneviève Côté, dit que le fait de venir en aide à des gens dans le besoin tout au long de l'année lui permet de fêter Noël avec une certaine sérénité.
« Il faut se mettre dans un mode de satisfaction face au devoir accompli, explique-t-elle. C'est vrai que ce n'est pas facile de côtoyer la misère humaine, mais pour m'apaiser je me dis qu'une chance qu'on est là, que grâce à nous, des milliers de personnes dans le besoin ont pu vivre de belles choses malgré leur situation. Personnellement, c'est ce qui me permet de recharger les batteries et de continuer... »
Un répit
En tant que directeur général de la Fondation des Paniers de l'espoir, Denis Fortier est à faire le bilan de la grande opération annuelle des Paniers de l'espoir qui a permis de combler les attentes de 2200 familles dans le besoin.
Tout comme ses homologues, M. Fortier profite de la période des Fêtes pour s'accorder un répit de quelques semaines, question de refaire le plein.
« On n'a pas le choix, il faut essayer de décrocher, convient-il. C'est vrai que ce n'est pas toujours évident, mais il faut le faire sinon on ne passera pas au travers », prévient-il. Il faut dire que pour moi et ma conjointe, les trois semaines qui précèdent la distribution des Paniers de l'espoir, ce sont trois semaines où on ne se voit pas beaucoup. Les journées commencent tôt et elles finissent très tard. Alors une fois que la distribution est passée, on essaie de rattraper le temps perdu en passant plus de temps ensemble. »
Le fait de côtoyer la détresse et la misère au quotidien a aussi pour effet de changer sa propre perception face à Noël.
« Il y a huit ans, lorsque je me suis impliqué pour la première fois dans la distribution des Paniers de l'espoir, je pensais savoir ce qu'était la pauvreté, raconte Denis Fortier. Mais ç'a été tout un choc. Jamais j'aurais cru voir des gens aussi pauvres à quelques kilomètres de chez moi. Pour moi, cette pauvreté-là, c'était celle que l'on voyait dans les pays en développement, mais pas ici. Une fois que tu as vu ça, tu apprécies beaucoup plus ce que tu as. Surtout à Noël. »
Contrairement aux autres dirigeants d'organismes humanitaires, la directrice de l'Armée du Salut, Anne-Marie Racicot, avoue ne pas être capable de faire la part des choses entre son métier et la fête de Noël.
Toujours présent
Contrairement aux autres dirigeants d'organismes humanitaires, la directrice de l'Armée du Salut, Anne-Marie Racicot, avoue ne pas être capable de faire la part des choses entre son métier et la fête de Noël.
« C'est très difficile, dit-elle. On ne décroche jamais vraiment. Les gens qu'on aide à l'Armée du Salut, je les ai toujours dans mon coeur. Ils font partie de ma famille. Pour moi, le vrai Noël, c'est le 24 décembre lors du souper de Noël où on reçoit 125 personnes le repas de Noël », dans les locaux du centre-ville.