Les élus ont opté pour l’entreposage du théâtre de la place Nikitotek pour une période indéterminée.

Nikitotek sera entreposée

Les élus ont opté pour l’entreposage du théâtre de la place Nikitotek pour une période indéterminée. La Ville entreprendra des négociations avec le promoteur Robert Doré à savoir si Québec Issime présentera des spectacles à Sherbrooke entre 2020 et 2024. Le conseiller Pierre Tremblay a inscrit sa dissidence.

Dans les documents municipaux, on fait valoir qu’une « période d’analyse supplémentaire est requise pour évaluer le scénario le plus avantageux pour les citoyens sherbrookois ». Le théâtre sera donc démantelé. L’entreposage se ferait pratiquement à coût nul, sur un terrain de la Ville sur la rue Winder à Lennoxville.

« Les élus nous ont mentionné qu’ils ne souhaitent pas qu’on fasse une vente de feu avec l’infrastructure et qu’il faut prendre le temps de faire une réflexion. Il n’y aucun empressement de prendre une décision avant la fin de l’année, mais elle devrait venir dans les prochains mois », précise Philippe Cadieux, conseiller en partenariat à la direction générale adjointe.

Les options de départ consistaient au déménagement du théâtre sur un site permanent, au déménagement sur un site temporaire pour le temps des travaux de déplacement du pont des Grandes-Fourches, à l’entreposage pendant le temps des travaux et à la vente de l’infrastructure à un tiers.

Dans tous les cas, un montant de 600 000 $ doit être prévu pour le montage et le démontage du théâtre.

« Il n’y aucun empressement de prendre une décision avant la fin de l’année, mais elle devrait venir dans les prochains mois », a fait valoir Philippe Cadieux, conseiller en partenariat à la direction générale adjointe.

D’emblée, il semblait que l’entreposage temporaire était à écarter. Destination Sherbrooke estime qu’une pause de trois ans serait néfaste pour les partenaires du milieu et qu’elle nécessiterait des investissements importants pour remettre le produit sur le marché.

L’option retenue par la Ville diffère en ce sens qu’elle vise à redéfinir le rôle du théâtre et non à relancer les spectacles sous la même forme.

16 sites évalués

Un total de seize sites ayant le potentiel d’accueillir l’infrastructure ont été étudiés. La meilleure option serait un terrain au coin des rues Aberdeen et Wellington Sud. On estime qu’il en coûterait entre 2,9 M et 3,3 M$ pour y déménager le théâtre. Un autre site, situé entre la SAQ et le Maxi, rue des Grandes-Fourches Sud, nécessiterait plutôt des investissements entre 5,2 et 7,6 M$.

Dans ces montants se trouvent 500 000 $ pour la construction d’un entrepôt de 4000 pi2, de loges pour les services aux artistes de 800 pi2 et un pavillon d’accueil, entre autres pour les services de billetterie.

Parmi les autres sites étudiés, notons le Bingo Abénaquis, le parc linéaire qui sera aménagé le long de la rivière Saint-François et le coin des rues Court et Dufferin. Dans la plupart des cas, une décontamination de terrain serait nécessaire et il s’agit aussi souvent de zones inondables.

L’option du parc Jacques-Cartier a été écartée puisque ce site ne se trouve pas dans la zone culturelle identifiée par la Ville, il est éloigné du site actuel, il y aurait interférence avec les activités estivales et on connaîtrait des problèmes de stationnement.

La coordonnatrice du Marché de la gare, Sylvie Brunelle, s’était d’ailleurs adressée au conseil en début de soirée pour dire qu’elle ne souhaite pas accueillir la place Nikitotek. « Ce serait signer la mort du marché, qui a une vocation agroalimentaire. »

La coordonnatrice du Marché de la gare, Sylvie Brunelle, s’était d’ailleurs adressée au conseil en début de soirée pour dire qu’elle ne souhaite pas accueillir la place Nikitotek. « Ce serait signer la mort du marché, qui a une vocation agroalimentaire. »

En ce qui concerne la vente, on précise qu’il est peu probable que la Ville dégage des profits si elle choisissait cette option. Elle devrait aussi rembourser une partie de la subvention obtenue pour la construction du théâtre en plus de dédommager le promoteur de Québec Issime, qui détient un contrat de dix ans pour présenter des spectacles au centre-ville de Sherbrooke.

La Ville de Sherbrooke avait obtenu une subvention de 4,4 M$ pour la mise en valeur de la gorge de la rivière Magog et elle devrait en rembourser 440 000 $ si le théâtre devait être démantelé ou déménagé à l’extérieur du centre-ville.

Le théâtre de la place Nikitotek a nécessité des investissements de 6,4 M$, dont 3,4 M$ de la Ville de Sherbrooke.

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Vincent Boutin estime que le terrain au coin des rues Wellington Sud et Aberdeen n’aurait pas été propice pour ce produit culturel, mais que d’autres sites pourraient convenir pour développer de nouveaux projets avec le théâtre.

Une vente ou un changement de vocation?

Les élus ne s’entendent pas sur le rôle que devrait jouer le théâtre de la place Nikitotek dans l’avenir. Si certains, comme Pierre Tremblay et Paul Gingues souhaiteraient une vente pure et simple, d’autres, comme Vincent Boutin, voudraient lui trouver une nouvelle vocation. 

« Si une institution veut acheter le théâtre ou faire un échange, ce serait tant mieux. Pour moi, l’aventure de la place Nikitotek est terminée. Elle a coûté plus cher qu’elle a rapporté selon moi. Les retombées économiques ne viennent pas du théâtre, mais bien du spectacle qui y était présenté », dit Paul Gingues.

« On ne peut pas demander aux Sherbrookois de faire un chèque en blanc sans savoir combien cette réflexion sur la place Nikitotek nous coûtera », ajoute Pierre Tremblay.

Pour Danielle Berthold, il ne s’agit pas d’un désaveu envers Destination Sherbrooke. Elle souligne qu’Animation centre-ville a déjà proposé un projet pour les trois prochaines années pour pallier la présence de travaux au centre-ville. « Revenir en arrière après l’entreposage serait difficile », mentionne-t-elle.

Rémi Demers aurait préféré un déménagement permanent du théâtre. « Je souhaite qu’on arrive à une entente avec Québec Issime. Il s’agit d’une solution de compromis qu’on se donne en entreposant la scène. Il faut que le montant investi annuellement dans la place Nikitotek demeure au service de l’industrie récréotouristique. »

Marc Denault, lui, souhaiterait qu’on trouve un vrai produit d’appel.

Vincent Boutin estime que le terrain au coin des rues Wellington Sud et Aberdeen n’aurait pas été propice pour ce produit culturel, mais que d’autres sites pourraient convenir pour développer de nouveaux projets avec le théâtre. « Si on devait remettre 1,5 M$ pour faire dix autres années, ça vaudrait la peine plutôt que de vendre l’infrastructure à rabais. Il faut aussi se demander dans quelle ligue nous voulons jouer, alors qu’à Trois-Rivières, on investit 2,5 M$ par année pour animer l’Amphithéâtre Cogeco. »

Chantal L’Espérance abondait dans le même sens concernant la vente. « Il ne faut pas faire une vente de feu. C’est de l’argent public qui nous a permis de l’acheter… Je serais par ailleurs très déçue qu’on prenne les sommes économisées pour la réinjecter dans la réfection des rues. Elle doit être investie dans un projet porteur pour l’attractivité de Sherbrooke. »

Le maire Steve Lussier a pour sa part déclaré que les productions de Québec Issime sont de bonnes productions et qu’il espère les voir encore à Sherbrooke.

Rappelons que l’idée de transférer les spectacles au Théâtre Granada a déjà été évoquée.

Enfin, la présidente de Destination Sherbrooke, Annie Godbout indique qu’il faut maximiser les investissements en tourisme et éviter l’éparpillement. « J’ai entendu la déception des membres du CA. C’est le caractère unique d’une destination qui la rend intéressante. Il faut miser sur le lac des Nations, sur la gorge de la rivière Magog. Sherbrooke et l’eau, c’est une histoire gagnante. »

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La place Nikitotek en chiffres

Investissements en immobilisations : 6,4 M$
Aide financière obtenue pour Cité des rivières : 4,4 M$
Remboursement potentiel de l’aide financière : 440 000 $
Investissements annuels de fonctionnement : 400 000 $
Retombées touristiques annuelles moyennes : 1,5 M$
Nombre de spectateurs annuellement : Entre 10 000 et 17 600
Nombre de sites étudiés pour une relocalisation : 16