Neutralité religieuse au Cégep : le syndicat sonde les enseignants

Les enseignants du Cégep de Sherbrooke seront appelés à débattre sur le port des symboles religieux, lors d’une assemblée générale le 6 février. Alors que le gouvernement Legault a déjà fait connaître son intention de déposer un projet de loi sur la neutralité religieuse, le Syndicat du personnel enseignant du Cégep de Sherbrooke (SPECS) veut entendre le point de vue de ses membres sur le sujet. Ceux-ci seront sondés sur les propositions de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN), qui propose l’acceptation du port de symboles religieux pour les enseignants et pour tous les corps d’emploi de l’État.

« Le 6 février prochain, ce sera le sujet principal... On va faire le débat à ce moment-là. D’ici là, l’exécutif va prendre position (...) On va écrire un texte dans lequel on va inciter les membres à se positionner », commente le président du SPECS, Steve McKay.

Rappelons que le gouvernement caquiste a affiché sa volonté d’adopter un projet de loi sur la neutralité religieuse, qui viserait notamment à interdire le port de signes religieux dans les cas d’employés en situation d’autorité, comme les policiers et les juges, mais la législation pourrait aussi s’étendre aux enseignants, d’où la volonté du SPECS d’entendre ses membres sur cette question. 

À sa connaissance, une minorité porte des signes religieux au Cégep, comme des croix, et il ne croit pas que des gens à l’emploi portent un voile en ce moment.

« L’enjeu aussi pour nous, c’est la question de solidarité par rapport à tous les employés, actuels et futurs; ça va faire partie de la réflexion et entre les étudiants concernés par cette loi-là. » M. McKay fait notamment allusion à l’histoire de cette étudiante en techniques policières à Montréal qui souhaite devenir policière tout en portant le voile, dont l’histoire a été médiatisée.  

Favorable à une charte de la laïcité

La FNEEQ a adopté des propositions en décembre dernier, lors de son conseil fédéral. Elle souhaite maintenant que les syndicats se penchent sur ces propositions en vue d’une prise de position officielle le 15 février prochain.

Dans le passé, la FNEEQ s’est montrée en faveur de « l’élaboration et l’adoption d’une Charte de la laïcité au Québec ». En 2013, lors d’un conseil fédéral, elle s’était montrée en faveur de la neutralité de l’État. 

Le changement majeur entre les dernières années et les positions adoptées en décembre dernier, c’est la proposition d’accepter le port de symboles religieux pour les détenteurs du pouvoir coercitif, tout comme pour les enseignants, note le secrétaire général et trésorier de la FNEEQ, Benoît Lacoursière, lorsqu’on lui fait remarquer que la position de la Fédération a évolué. 

La FNEEQ propose aussi « l’élimination des privilèges religieux institutionnels (fiscaux, législatifs, symboliques), y compris le retrait du crucifix des institutions étatiques ».

La Fédération s’est aussi « opposée à la modification unilatérale des conventions collectives par un projet de loi sans négociation préalable ».

« Le conseil fédéral a voté ces propositions, mais en demandant à ce qu’elles soient discutées lors des assemblées avant d’être adoptées formellement (...) C’est un dossier émotif, on veut prendre le temps de prendre le pouls des membres », explique M. Lacoursière. Les délégués des syndicats se réuniront le 15 février lors d’une séance extraordinaire. La FNEEQ regroupe notamment des enseignants des Cégeps, des chargés de cours d’universités et des enseignants d’écoles privées.

Quant à l’ouverture au port de symboles religieux pour les enseignants, le même raisonnement s’est étendu aux autres employés en situation d’autorité (policiers, juges, etc.) « On juge les gens en fonction de leurs actes et non en fonction de comment ils s’habillent », commente M. Lacoursière. 

Pour le moment, il n’y a pas de consultation prévue du côté du Syndicat de l’enseignement de l’Estrie (SEE-CSQ). 

Par ailleurs, le SPECS amorcera aussi son travail en vue du renouvellement de la convention collective. L’échéance du contrat de travail est prévue en mars 2020. « On doit déposer notre cahier de demandes le 31 octobre 2019 », note Steve McKay.