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En février, d'un bout à l'autre du pays, on bloque des voies ferrées en geste de solidarité avec les Wet'suwet'en de la Colombie-Britannique.
En février, d'un bout à l'autre du pays, on bloque des voies ferrées en geste de solidarité avec les Wet'suwet'en de la Colombie-Britannique.

Neuf événements de la scène fédérale en 2020 en huit citations et un silence

Lina Dib
La Presse Canadienne
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OTTAWA — En 2020, on n'a parlé que de ça. La Presse Canadienne (avec quelques difficultés) a réussi à dénicher neuf éléments d'actualité qui ont occupé la scène fédérale et qui n'ont rien à voir avec la pandémie.

Avion ukrainien

Le 8 janvier, un avion civil ukrainien est abattu par les Iraniens. Le vol PS752 avait à son bord 176 personnes, toutes tuées. Parmi les victimes : 55 citoyens canadiens et 30 résidents permanents du Canada. S'en suit une longue bataille pour faire admettre à Téhéran sa responsabilité, puis pour obtenir un examen indépendant des boîtes noires de l'appareil.

Le 15 décembre, presque un an après la tragédie, l'ancien ministre canadien Ralph Goodale remet son rapport sur l'événement: «La partie responsable fait enquête sur elle-même, principalement en secret, ce qui n'inspire pas confiance», écrit-il.

Crise ferroviaire

En février, la crise est ferroviaire. D'un bout à l'autre du pays, on bloque des voies ferrées en geste de solidarité avec les Wet'suwet'en de la Colombie-Britannique. Des membres de cette communauté autochtone protestent contre un projet de gazoduc là-bas.

Tout au long de la crise qui a paralysé les trains, le gouvernement fédéral a prêché la patience. «On ne peut pas régler ça en une heure cet après-midi parce qu'il y a un enjeu qui existe en ce moment, qui concerne un gazoduc, mais il y a aussi des revendications qui remontent très, très loin», disait le ministre des Transports Marc Garneau, le 28 février.

Mort de George Floyd

Le 25 mai, la mort de l'Américain George Floyd secoue la planète. S'en suivent des manifestations, nombreuses, dénonçant le racisme. À Donald Trump qui s'en prend aux manifestants, Justin Trudeau offre un silence de 21 secondes, le 2 juin.

Trois jours plus tard, le premier ministre participe à une manifestation qui réunit des milliers de personnes dans les rues d'Ottawa et, avec les manifestants, il met un genou à terre. Dans les jours qui suivront, c'est la mort de deux Autochtones, dans deux incidents séparés où est intervenue la police, qui ramène la question du racisme, et du racisme systémique, au Canada.

Justin Trudeau met un genou à terre en hommage à George Floyd.

Jagmeet Singh expulsé de la Chambre des communes

Le 17 juin, le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) Jagmeet Singh est expulsé de la Chambre des communes pour avoir traité un député bloquiste, Alain Therrien, de «raciste».

Le député Therrien, leader parlementaire bloquiste, venait de refuser l'unanimité de la Chambre pour que soit adoptée une motion qui affirme qu'il y a du racisme systémique à la GRC. Le Bloc voulait d'abord que la question soit étudiée par un comité parlementaire.

L'incident annonce le début d'une longue querelle entre néo-démocrates et bloquistes.

«On ne leur parle pas […] ils ne sont pas dignes d'une communication entre adultes», disait le chef bloquiste Yves-François Blanchet, des néo-démocrates, fin octobre.

Erin O'Toole

Le 23 août, Erin O'Toole est élu chef conservateur. Il doit son élection au vote des militants issus de la droite religieuse qui l'avaient mis en second ou troisième choix pour assurer la défaite de celui qui était parti premier dans la course, Peter McKay.

Une fois à la tête de son parti, M. O'Toole a martelé qu'il en ferait un parti inclusif, pour gens de toute confession ou même sans confession. En décembre, il a retardé l'adoption d'un projet de loi pour élargir l'accès à l'aide médicale à mourir, comme l'impose un jugement d'un tribunal québécois. Sa démarche a été applaudie par la droite religieuse.

«J'étais déçu par l'approche du Bloc québécois, sans respect pour les handicapés; pas de respect pour nos aînés, particulièrement après la situation grave dans les CHSLD au Québec», a dit le chef conservateur le 10 décembre, en marge de ce débat.

Erin O'Toole

Interdiction de six produits plastiques

Le 7 octobre, le gouvernement fédéral annonce la disparition prochaine de six produits plastiques. Il interdit les sacs en plastique, les pailles, les bâtonnets à mélanger, les porte-canettes, les ustensiles et les contenants pour emporter difficiles à recycler. L'interdiction doit entrer en vigueur 14 mois plus tard, à la fin de 2021.

Caution morale du gouvernement Trudeau, l'ancien environnementaliste devenu ministre du Patrimoine canadien, Steven Guilbeault, était aux côtés du ministre fédéral de l'Environnement et du Changement climatique Jonathan Wilkinson, le jour de l'annonce.


« Non, je ne crois pas du tout que c'est trop timide »
Steven Guilbeault, ministre du Patrimoine canadien

Mot commençant par la lettre «n»

Le 27 octobre, l'affaire du mot commençant par la lettre «n» secoue l'Université d'Ottawa depuis déjà quelque temps. Ce jour-là, Justin Trudeau offre le fond de sa pensée. Jusque-là, il avait fallu inférer l'opinion du premier ministre qui, à chaque question sur cette affaire, s'était contenté de dénoncer le racisme.

Invité, une fois de plus, à réagir à la mésaventure de l'enseignante Verushka Lieutenant-Duval, Justin Trudeau dit on ne peut plus clairement qu'il choisit l'autre camp.

«Une des responsabilités les plus profondes de tout enseignant, c'est de s'occuper et de protéger et d'amener les étudiants vers une meilleure connaissance du monde et une meilleure connaissance de soi-même. Et ça, ça ne se fait pas si on, même par mégarde, blesse des étudiants qui font face tous les jours à de la discrimination et du racisme», a-t-il laissé tomber.

Justin Trudeau et les caricatures françaises 

Le 30 octobre, Justin Trudeau compare l'acte de caricaturer la religion musulmane à celui de crier «au feu» dans un cinéma bondé.

La comparaison écorche le président français Emmanuel Macron en deuil de deux attentats sur le sol français pour lesquels des caricatures ont servi de prétexte. François Legault en profite pour se dire «vraiment, totalement en désaccord avec M. Trudeau», ce qui lui vaut un appel téléphonique du président Macron pour le remercier de sa solidarité.

Le 3 novembre, le premier ministre Trudeau rajuste son discours et vante le droit à la liberté d'expression en tout temps, et sans limites.

Ce qu'il avait dit le 30 octobre : «D'abord, nous allons toujours défendre la liberté d'expression. C'est un droit protégé dans nos chartes des droits et libertés. C'est une valeur et un principe fondamental pour toute société libre et nous allons toujours la défendre. Mais la liberté d'expression n'est pas sans limites. On n'a pas le droit, par exemple, de crier au feu dans un cinéma bondé de monde. Il y a toujours des limites. Mais dans une société pluraliste, diverse et respectueuse comme la nôtre, nous nous devons d'être conscients de l'impact de nos mots, de nos gestes, sur d'autres, particulièrement ces communautés, ces populations qui vivent énormément de discrimination encore, dans un système qui continue de discriminer. Donc, oui, nous allons toujours défendre la liberté d'expression, mais nous nous devons d'agir avec respect pour les autres et de chercher à ne pas blesser, de façon arbitraire ou inutile, ceux avec qui on est en train de partager une société et une planète.»

Projet de loi C-7

Le 17 décembre, tous les parlementaires quittent Ottawa et laissent en plan le projet de loi C-7 sur l'aide médicale à mourir. Adopté aux Communes après un long débat ralenti par les conservateurs, le projet de loi imposé par le jugement Baudouin n'en est qu'à l'étude en comité lorsque les sénateurs entament leurs vacances de fin d'année. Au moment où les sénateurs mettent la clé dans la porte en après-midi, ils ne savent pas encore qu'un nouveau délai demandé par le ministre fédéral de la Justice sera accordé.

C-7 devait devenir loi avant le 18 décembre pour éviter un vide juridique au Québec. La nouvelle date imposée par la Cour supérieure du Québec, 90 minutes après le départ en congé des sénateurs, est le 26 février 2021.

«Nous sommes conscients que pendant ce temps, des gens souffrent. Nous nous concentrons à faire adopter cette législation primordiale le plus rapidement possible», écrit sur son compte Twitter le ministre fédéral de la Justice, David Lametti.