Nancy Bédard, présidente de la FIQ, et Sophie Séguin, présidente de la FIQ-SPSCE, étaient réunies à Sherbrooke jeudi dans le cadre d’une manifestation qui avait notamment pour but de dénoncer les lenteurs à la table des négociations.

Négociations trop lentes entre le CIUSSS et la FIQ-SPSCE

Des négociations locales qui avancent beaucoup trop lentement et des demandes patronales qui font « reculer les conditions de travail 30 ans en arrière » : le personnel en soins infirmiers et cardio-respiratoires du CIUSSS de l’Estrie-CHUS en a marre et l’a fait savoir jeudi soir lors d’une manifestation orchestrée par la FIQ-SPSCE (Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec — syndicat des professionnels en soins des Cantons-de-l’Est).

« Je ne comprends pas l’attitude de l’employeur : on aurait aimé que les négociations locales soient terminées pour le 30 juin avant la période estivale pour envoyer un message d’espoir à nos professionnelles en soins, et l’employeur ne travaille pas du tout dans ce sens-là », ont déploré Sophie Séguin, présidente de la FIQ-SPSCE, ainsi que Nancy Bédard, présidente de la FIQ.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux a déterminé que négociations locales doivent être terminées pour le 30 septembre. Les représentantes syndicales craignent que l’employeur souhaite se rendre jusqu’à la limite imposée et que le tout se termine devant un arbitre. « Des négociations, ça n’a pas besoin d’être long et compliqué. On n’a pas besoin de faire ça sur 14 mois. On aurait pu s’asseoir et finir tout ça en deux mois. Mais ce n’est pas la volonté de l’employeur. Ce sont des ressources, du temps et de l’énergie gaspillés », clame Nancy Bédard.

Pour signer la convention locale, les syndiqués et la direction du CIUSSS de l’Estrie-CHUS doivent s’entendre sur 26 matières. Jusqu’à présent, il n’y a entente que sur huit matières, « les plus faciles, celles qui ne comportent aucun enjeu important pour nos membres », souligne Sophie Séguin.« Le plus gros du travail reste à faire et on ne sent pas la volonté d’avancer de la partie patronale », ajoute-t-elle.

Enjeu crucial

La stabilité du personnel reste un enjeu crucial aux yeux des employés. « Notre perception de la stabilité est basée sur un centre d’activités. Donc pour nous, une employée qui travaille à l’Hôtel-Dieu depuis cinq ans doit pouvoir continuer de travailler là. La direction, elle, voit la stabilité par trajectoires de soins. Pour lui, une urgence équivaut à une autre urgence. Mais pour nous, ce n’est pas du tout pareil de travailler à l’urgence de l’Hôtel-Dieu que de travailler à l’urgence de Magog, où les façons de faire, le personnel et les habitudes peuvent être totalement différents », cite en exemple Mme Séguin.

« Lorsque j’ai rencontré le ministre Gaétan Barrette récemment, je lui ai donné un exemple. Si on a besoin de libérer des lits en chirurgie et que le chirurgien ne peut pas le faire parce qu’il est en salle d’opération, on ne demande pas à un pédiatre de venir donner un coup de main pour signer des congés en chirurgie. Pourtant, le chirurgien et le pédiatre ont fait les mêmes quatre premières années de médecine. Mais nous les infirmières, on prétend qu’on peut aller travailler n’importe où, n’importe quand, sous prétexte que nous avons toutes la même formation de base. Ce n’est pas le cas », soutient Mme Bédard.

L’employeur souhaite également prolonger la période des vacances estivales dans le but de réduire la pression dans ses établissements. Ainsi, la période des vacances estivales s’étirerait du 1er mai au 15 octobre. « Une jeune infirmière pourrait devoir prendre ses vacances au mois de septembre pendant dix ans avant de pouvoir les prendre en période estivale, quand ses enfants sont en vacances aussi! En 2018, dans une ère où l’on doit privilégier la conciliation travail-famille, c’est carrément un recul de 30 ans en arrière! » clame Sophie Séguin.

Projet-pilote bientôt en branle

La présidente de la FIQ, qui mène une tournée provinciale actuellement, en a aussi profité pour faire le point sur la question des ratios entre les infirmières et leurs patients. D’ailleurs, un projet-pilote sera mis en branle prochainement au CHSLD Argyll, comme dans douze autres installations au Québec, dans le but d’établir des balises sur les ratios.

« Actuellement en Estrie, il y a encore des CHSLD où le ratio de nuit est d’une infirmière ou infirmière auxiliaire pour 105 patients dans les CHSLD. Avec les nouvelles normes, le ratio devrait être d’environ 1 pour 37 patients alors qu’au Québec, la moyenne est actuellement de 1 pour 70 à 100 patients environ. Quand ces ratios auront été implantés partout dans le Québec, ça va bien fonctionner, ça va devenir attractif pour notre main-d’œuvre », espère fermement Nancy Bédard.