En 2016, Martine Ouellet alors députée et candidate à la chefferie pour le Parti québécois pressait les fournisseurs à convenir d’un pacte social pour connecter tous les Québécois, sans quoi, elle se disait prête à nationaliser le réseau Internet. 
En 2016, Martine Ouellet alors députée et candidate à la chefferie pour le Parti québécois pressait les fournisseurs à convenir d’un pacte social pour connecter tous les Québécois, sans quoi, elle se disait prête à nationaliser le réseau Internet. 

Nationaliser l'internet?

Chloé Cotnoir
Chloé Cotnoir
La Tribune
Et si le Québec nationalisait l’Internet? La proposition a de quoi surprendre, mais elle revient ici et là dans l’actualité alors que les gouvernements financent les entreprises de télécommunication dans l’espoir de brancher toute la province, mais que les iniquités subsistent entre les villes et les régions.

« On a des aqueducs, pourquoi on n’aurait pas des ‘‘dataducs’’? questionne Richard Khouzam, directeur de Développement Val-Saint-François. Il faudrait que ce soit considéré comme des infrastructures de base pour l’ensemble des citoyens. Si tout le monde a l’électricité qui se rend jusqu’à leur maison, pourquoi est-ce qu’on n’arrive pas à faire la même chose avec la fibre optique?»

« Pour moi l’Internet en 2020, c’est comme l’électricité quand ils l’ont nationalisée », renchérit Richard Tanguay, maire de Weedon et président du conseil d’administration de Communication HSF.

En 2016, Martine Ouellet alors députée et candidate à la chefferie pour le Parti québécois pressait les fournisseurs à convenir d’un pacte social pour connecter tous les Québécois, sans quoi, elle se disait prête à nationaliser le réseau Internet. 

Le concept généralement évoqué par les partisans de cette idée est d’utiliser le réseau de distribution d’Hydro-Québec afin de déployer une infrastructure partout sur le territoire. Puis, céder la bande passante à des revendeurs qui pourront offrir des forfaits. N’ayant plus à entretenir le réseau, ces compagnies pourraient offrir des forfaits à moindres coûts alors que la location de la bande passante assurerait des revenus au gouvernement.

En campagne électorale en 2018, Québec solidaire faisait la promotion d’une idée semblable avec la création de Réseau Québec, une société d’État qui aurait pour mandat de bâtir son propre réseau de fibres optiques. La nouvelle entreprise serait propriétaire et gestionnaire des infrastructures et non un fournisseur Internet. La société d’État établirait des partenariats avec des fournisseurs régionaux d’accès à Internet, qui eux offriraient le service à la population.

Par l’entremise de plusieurs programmes dont « Brancher pour innover » au fédéral (500 M$ sur 5 ans) ou « Régions branchées » et « Québec branché » au provincial (400 M$ d’ici 2022), les gouvernements dépensent d’importantes sommes pour permettre à tous d’être connectés. Malgré cela, l’idée de nationaliser l’Internet n’a jamais intéressé les grands partis politiques. Une étude à ce sujet réalisée par Hydro-Québec dans les années 90 a d’ailleurs rapidement été oubliée selon un article de La Presse publié au début des années 2000. 

« Nos gouvernements ont préféré laisser le développement du réseau à des compagnies privées avec les conséquences que ça implique. Mais la réalité du Canada c’est que nous avons un grand territoire et que ça prend des services pour l’habiter », relève Richard Tanguay.

Devant la difficulté d’intéresser les grandes compagnies à desservir l’ensemble de la population malgré les subventions gouvernementales, le président de la Fédération québécoise des municipalités Jacques Demers croit que certaines municipalités pourraient tirer avantage d’emprunter des sommes afin de brancher tous les citoyens à la fibre optique en attendant d’être remboursés par les programmes gouvernementaux

« Ce n’est pas un investissement qui est récurrent. Une fois que l’infrastructure est payée, le service peut être offert aux citoyens », signale Jacques Demers.