La municipalité de Nantes privilégie un tracé au nord de la route 161 pour la voie de contournement ferroviaire de Lac-Mégantic.
La municipalité de Nantes privilégie un tracé au nord de la route 161 pour la voie de contournement ferroviaire de Lac-Mégantic.

Nantes refuse le tracé de la voie de contournement

Estimant que sa population a été « très peu consultée », la Municipalité de Nantes revient à la charge pour que soit modifié le tracé de la future voie de contournement ferroviaire de Lac-Mégantic qui passe sur son territoire.

Par résolution unanime du conseil municipal, elle demande aux ministres fédéral et provincial des Transports de reconsidérer une variante du tracé au nord de la route 161, plutôt qu’au sud, et qui serait mieux accepté socialement dans cette communauté.

« Les moyens qu’on a pour changer la donne ne sont pas grands, mais il fallait qu’on tente quelque chose », admet le maire Jacques Breton en entrevue avec La Tribune.

Cette variante du tracé, la 2Ci, est connue des autorités et ferait passer le coût du projet de 133 à 138 M$, une différence de coût « acceptable » aux yeux du MTQ, peut-on lire dans le rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).

Elle a néanmoins été écartée par le MTQ et Transports Canada jusqu’à maintenant « essentiellement pour des raisons de sécurité », ont-ils dit à l’audience publique de juillet 2019. 

Se rendant à ces arguments, le président de la commission Joseph Zayed a toutefois souligné dans son rapport que la variante 2Ci n’avait pas fait l’objet d’une évaluation multicritères.

Le maire Jacques Breton estime pour sa part que les autorités « se sont donné des raisons » pour ne pas analyser plus à fond le tracé 2Ci et que quelques millions de plus, c’est peu cher payer « pour acheter la paix ».

Il pointe entre autres le fait que le tracé retenu ne change rien à la problématique de la pente et des courbes de la voie ferrée actuelle, qu’il prive la Municipalité de Nantes de revenus importants en entravant des terrains disponibles pour du développement commercial et résidentiel et qu’il touche plus de résidences dans un rayon de 500 mètres.

Emprise plus large

Cette montée aux barricades de Nantes est également motivée par le fait que des citoyens s’insurgent d’avoir été avisés, quelques jours à peine après le dépôt du rapport du BAPE sur le projet en octobre dernier, que Transports Canada avait révisé à la hausse les emprises convoitées sur leur terrain pour construire la nouvelle voie ferrée.

Dans le cas de Sylvain Côté, un citoyen de Nantes, l’emprise serait passée de 54 à 81 mètres de large, dénonce-t-il, parce que le tracé passe dans un milieu humide. 

Or M. Côté avait de grands projets pour son terrain et accepte mal qu’une voie ferrée le scinde en deux. Si le tracé 2Ci était choisi, la voie ferrée passerait tout de même sur son terrain mais aux limites. Le citoyen a défendu son point devant le BAPE, il a interpellé ses députés, mais il garde le sentiment de ne pas avoir été écouté. 

« On n’a jamais été contre la voie de contournement, dit-il, mais on n’a jamais été consultés pour ça. (…) C’est (le tracé) en train de détruire toute l’harmonie qu’on avait regagnée peu à peu dans la région. »

Son voisin exploite une érablière commerciale dont la viabilité économique serait remise en question à cause d’une emprise de 81 mètres qui passe dans son stationnement.

Le maire Breton déplore pour sa part qu’il n’a jamais été question d’une emprise aussi large dans les négociations avec SPAC jusqu’à maintenant et dans les deux consultations menées par le BAPE. « Une fois que le rapport est sorti, on apprend qu’ils en prennent plus? C’est assez particulier comme manière de faire, et on n’a pas l’air de tenir compte des conséquences. »

S’il s’était montré plus résigné, au côté de ses homologues de Lac-Mégantic et de Frontenac, lors de la publication du rapport du BAPE en octobre dernier, ces nouvelles données le rendent aujourd’hui plus incisif.

« Lac-Mégantic est gagnante. Frontenac a obtenu ce qu’elle voulait avec les aiguillages de train qui vont se faire près de la frontière, mais moi, je perds des terrains, du commercial, de la valeur foncière, je perds sur toute la ligne. C’est pour ça qu’on dit non.

« Là je fais une sortie publique raisonnable, mais je peux faire d’autres sortes de sortie publique, ajoute-t-il. Si je n’ai pas de fin de recevoir des ministères, un moment donné il va falloir crier un peu plus fort pour qu’ils comprennent. »

Rien d’étonnant pour Transports Canada

Selon Transports Canada, il n’est pas étonnant que les emprises des terrains visés pour la voie de contournement ferroviaire soient revues à la hausse à cette étape-ci du projet. Questionné par La Tribune sur ces nouveaux paramètres, Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC), qui est chargé d’acquérir les 80 terrains ou parcelles de terrains, a renvoyé la balle à Transports Canada, qui a assuré qu’il était « commun de voir ce type d’ajustements après la phase de l’avant-projet préliminaire ».

« Les emprises initiales ont été établies lors de la phase de l’avant-projet préliminaire (APP) des travaux d’Aecom, en 2017, a expliqué le service des Relations aux médias dans un échange de courriels. En octobre dernier, Aecom a fourni des emprises révisées basées sur les données géotechniques et d’arpentage obtenues en 2019. »

Cet ajustement tient compte de paramètres techniques comme la profondeur du roc, la topographie réelle du terrain, les besoins en voie de desserte de part et d’autre de la voie ferrée et l’uniformisation du corridor ferroviaire sur toute sa longueur.

« Des analyses supplémentaires sont en cours dans le cadre de la phase de l’avant-projet définitif des travaux d’Aecom, afin de préciser le profil exact de la voie. Une fois ces analyses terminées, les emprises seront ajustées en considérant le profil voulu et en intégrant tous les autres aménagements nécessaires. Les emprises finales devraient être connues ce printemps, toutefois celles-ci s’apparenteront beaucoup à celles présentées en octobre », ajoute-t-on.

Le gouvernement du Canada doit acquérir 80 propriétés pour mener à bien le projet de voie de contournement. Ces propriétés appartiennent à 41 propriétaires, incluant la Ville de Lac-Mégantic et le ministère des Transports du Québec.

Selon le dernier échéancier de TC, la construction de la voie de contournement est prévue entre 2020 à 2022 et sa mise en service en 2023. Jacynthe Nadeau