Après avoir annoncé le mois dernier une application plus stricte du règlement interdisant la baignade au lac Lyster en dehors de la période de surveillance, les élus de Coaticook reviennent à la tolérance.

Nager dans la bureaucratie

CHRONIQUE / Du Maine à la Floride, il y a des milliers de kilomètres de plage bordant l'Atlantique. L'accès à la mer pour se baigner ne se limite pas qu'aux heures au cours desquelles il y a présence de sauveteurs. Le gouvernement Trump ou des législateurs d'État imposeraient une pareille restriction que les vacanciers, à commencer par les Québécois, s'en offusqueraient en la jugeant paranoïaque et infantilisante.
Même en l'absence de vagues, de marées et de courants de fond qui ajoutent aux dangers, les autorités municipales de Coaticook ont annoncé au début du mois de juillet une application plus rigoureuse d'un règlement limitant la baignade aux heures de surveillance à la plage du lac Lyster, dans le secteur de Baldwin.
Une vague de critiques a déferlé et ce sont les élus qui ont avalé la gorgée. Le message est soudainement plus flou.
« Les règlements ne sont pas votés pour le fun, ils sont là pour être mis en application et ils le seront au besoin », réitère d'une part l'agente de communication de la Ville, Shirley Lavertu, mais en précisant qu'aucune contravention n'a été donnée pour des baignades avant 10 h et après 18 h
Après avoir justifié publiquement le bien-fondé d'encadrer la baignade à cette plage de la même façon qu'à la piscine municipale, le conseiller Simon Madore trouve soudainement l'eau plus froide.
« Notre volonté n'est pas d'interdire la baignade, seulement de contrer les abus. J'avoue que nous ne rendons pas les choses très claires pour le citoyen. Nous allons réévaluer tout cela d'un point de vue juridique et peut-être même qu'il faut s'interroger sur la pertinence d'avoir des sauveteurs à Baldwin », nuance maintenant l'élu pilotant le dossier.
Composée essentiellement d'enfants, la clientèle fréquentant les piscines publiques commande la présence de sauveteurs en tout temps, mais rares sont les enfants qui se retrouvent à la plage sans encadrement parental. Encore moins au lac Lyster, qui se trouve à une douzaine de kilomètres du milieu urbain de Coaticook.
M. Madore affirme que l'administration coaticookoise s'est inspiré des politiques en vigueur dans les villes voisines de Sherbrooke et Magog. De fait, Sherbrooke repousse même jusqu'à 11 h l'heure légale pour se baigner à l'une de ses plages.
Malgré cela, des enfants agrippés aux mains de leurs parents ont barboté au bord de la plage Blanchard, sous le chaud soleil, durant la matinée de mercredi, avant l'arrivée des sauveteurs. La logique est celle-là, évidemment!
Tout en disant vouloir rester à l'écart de discussions relevant des autorités municipales, la relationniste de la SQ, Aurélie Guindon, trace le parallèle suivant :
« En vertu de la réglementation applicable dans la plupart des municipalités, les enfants n'ont pas le droit de jouer au hockey dans la rue et les policiers n'interviennent pas systématiquement », compare la sergente Guindon.
Il y a une nuance morale et légale importante entre l'entière liberté de se baigner en assumant les risques et une « baignade tolérée » ne reposant que sur l'arbitraire, c'est-à-dire le bon vouloir de policiers. Comment savoir si c'est non, oui, seulement pour aujourd'hui et ce qu'il en sera demain?
À Magog, il n'existe aucun règlement interdisant de se baigner sans surveillance. Des écriteaux avisent les utilisateurs que la Ville se dédouane de toute responsabilité durant ces périodes.
C'est plutôt une disposition limitant les attroupements qui, dans la réglementation magogoise, aurait inspiré les élus coaticookois. Ces derniers auraient voulu se donner le même outil légal pour empêcher qu'un groupe d'assidus se pointant toujours tôt au parc Lyster - des immigrants, admet-on du bout des lèvres - prenne le contrôle des lieux.
J'ai le souvenir très net d'avoir appartenu à un contingent de Coaticookois qui prenait d'assaut le Brighton State Park, à Island Pond, pratiquement chaque fin de semaine, accaparant une bonne partie de la plage et monopolisant presque toute l'aire de jeu en y déroulant filet et lignes de volleyball. Comme envahisseurs, les Coaticookois étaient durs à battre sur cette plage bucolique du nord du Vermont!
« J'y suis allé aussi et c'est vrai que nous prenions pas mal de place », convient Simon Madore, en admettant aussi n'avoir jamais été frappé d'une ordonnance de dispersion par règlement.
« Sans en faire un plat, nous allons revenir là-dessus pour voir comment les objectifs de la Ville peuvent être atteints sans brimer les baigneurs » retient quant à lui le maire de Coaticook, Bertrand Lamoureux.
On nage dans la bureaucratie municipale au Québec avec les plages comme avec les pitbulls. Rappelez-vous l'exigence que la Ville de Sherbrooke pose, de détenir une police d'assurance responsabilité pour amener son animal un parc canin, obligation qu'elle ne contrôle pourtant jamais...
La responsabilité est un principe de droit civil chatouilleux, coûteux et férocement débattu chez nos voisins américains. Probablement qu'un juge a déjà déterminé qu'il est tout aussi irresponsable d'invoquer comme défense un règlement qu'un gouvernement n'applique pas, que d'avoir le courage de dire que c'est la responsabilité du citoyen de mieux se protéger!
D'où l'habitude chez eux de réglementer moins, mais mieux!