Le myriophylle à épi serait présent dans 42 % des lacs en Estrie, et dans plus de 185 plans d’eau au Québec.

Myriophylle à épi : mobilisation pour « sauver les lacs »

À quelques heures de la Journée mondiale de l’eau, ce vendredi, une coalition nationale qui a pris naissance en Estrie interpelle le gouvernement québécois pour qu’il adopte un plan de gestion du myriophylle à épi, une plante envahissante qui fait peser une lourde menace sur les lacs et les cours d’eau.

L’Alliance pour un programme national de gestion du myriophylle à épi espère que le ministre de l’Environnement Benoit Charette donne le feu vert à une stratégie provinciale pour freiner la propagation de cette plante.

L’Alliance a également écrit aux 125 députés de l’Assemblée nationale et demande à quelque 1000 municipalités québécoises d’appuyer la démarche.

« C’est maintenant qu’il faut agir, dit le porte-parole de l’Alliance, Jean-Claude Thibault, en entrevue avec La Tribune. Plus on va attendre, plus l’épidémie va être sévère. »

Le myriophylle à épi fait la manchette depuis quelques années à peine. Cette plante exotique envahissante était latente dans le fleuve Saint-Laurent depuis plus de 35 ans, dit-on, et on constate aujourd’hui qu’elle a infesté plus de 185 lacs et cours d’eau dans presque toutes les régions du Québec, s’inquiète l’Alliance, qui représente plus de 140 organisations de riverains, loisirs nautiques, milieux scientifiques, entreprises et municipalités.

« De toutes les espèces exotiques envahissantes, c’est vraiment celle qui a un impact sur l’ensemble d’un bien commun qui s’appelle les lacs », plaide M. Thibault.

« C’est clair que lorsqu’il se présente des massifs de myriophylles sur un plan d’eau, ça fait mal. Ça fait mal à sa réputation, aux activités nautiques, à la valeur des propriétés autour et, conséquemment, à la valeur de l’assiette foncière municipale. »

Or contrairement aux cyanobactéries, par exemple, on ne sait pas ce qui alimente le myriophylle et pourquoi il arrive à croître dans tous les types de plans d’eau. La seule certitude, c’est que la plante se propage par l’activité humaine.

« Quatre-vingt-quinze pour cent de l’apparition du myriophylle est reliée à des embarcations, et pas nécessairement que des embarcations motorisées, explique M. Thibault. Un kayak, un canot, une planche à voile, ça se promène aussi d’un plan d’eau à l’autre et on sait maintenant que tout ce qui flotte sur un plan d’eau doit être nettoyé avant d’entrer et en sortant. »

Le myriophylle à épi fait la manchette depuis quelques années à peine.

42 % des plans d’eau affectés en Estrie

En Estrie, on évalue que 42 % des plans d’eau sont affectés par le myriophylle. « Alors la probabilité que les gens qui vont sur ces 42 % de plans d’eau aillent sur les 58 % qui ne sont pas atteints est très grande. C’est pourquoi il y a urgence d’arrêter l’hémorragie. »

Pour y arriver, l’Alliance réclame en priorité une vaste campagne de sensibilisation, de l’ordre des campagnes contre les textos ou l’alcool au volant, imagine M. Thibault.

La stratégie nationale devrait dans un deuxième temps soutenir la recherche fondamentale et expérimentale et appuyer les associations et les municipalités aux prises avec le problème.

Alors que le gouvernement précédent a annoncé, en juillet 2018, un budget de 8 millions $ sur cinq ans pour lutter contre les plantes exotiques envahissantes comme le myriophylle à épi, l’Alliance est confiante que le gouvernement de la Coalition avenir Québec se montrera tout aussi réceptif à cette nouvelle demande.

« Cet argent (8 M$) est acquis et dépensé », précise M. Thibault, en soulignant que 6,25 M$ pour lutter contre toutes les espèces exotiques envahissantes pendant cinq ans, c’est très peu d’argent; les 1,75 M$ restants étant destinés à la recherche.

Aussi, à travers les 23 espèces exotiques envahissantes présentes au Québec, l’Alliance espère que le nouveau ministre de l’Environnement priorisera le myriophylle, parce qu’il a le plus grand impact sur le territoire, sur les gens et sur l’économie, fait valoir Jean-Claude Thibault.

« Ce serait un beau symbole pour le ministre Charette de dire non, on ne pourra pas faire les 23 espèces, mais on va commencer quelque part, et on va s’en servir comme modèle d’intervention pour le reste. »