Le groupe Lithium Bridge a offert une prestation samedi au Festival Bohémia qui se tenait au parc Victoria de Sherbrooke.

Murale controversée: «On ne veut pas de censure»

La Ville de Sherbrooke a manqué le bateau, estime Josianne Bolduc, en forçant l'artiste Olivier Bonnard à modifier sa murale au parc Victoria. La responsable et enseignante au certificat en art visuel à l'Université de Sherbrooke va même jusqu'à critiquer le rôle joué par la Ville sur la scène culturelle.
« Sherbrooke, c'est la métropole des Cantons-de-l'Est, explique-t-elle. Je pense qu'elle devrait jouer ce rôle, mais quelquefois j'ai l'impression qu'elle ne le fait pas. Que ce soit en art visuel, en musique ou en théâtre, Sherbrooke devrait être à l'avant-garde, mais elle ne l'est pas et ça me déçoit. Nos artistes sont aussi bons que ceux à Montréal et ils méritent l'aide de leur ville. On ne veut pas de censure, on veut de l'aide. »
Créée au début du mois sur le mur du pavillon du parc Victoria, derrière la scène où sont présentés les spectacles du festival Bohémia [voir autre texte], la peinture montrait deux femmes nues, en suspension dans l'espace, jouant des instruments à cordes leur cachant le pubis. Les seins, eux, étaient visibles.
L'artiste a finalement modifié son oeuvre pour ajouter des robes aux deux femmes.
Josianne Bolduc estime que l'incident ne donnera pas bonne réputation à la Ville de Sherbrooke.
« Il ne faudrait pas que ça arrive trop souvent parce que ça fait pâle figure. Ça démontre un peu une méconnaissance de l'art. »
Mme Bolduc se dit également déçue de la réaction de la présidente du comité Tags et graffitis, Chantal L'Espérance, qui a mentionné que les critères seraient resserrés pour les oeuvres publiques.
« On est un peu déçu de la réaction de Mme L'Espérance, surtout que c'est une personne qui aime beaucoup la culture. Mais parfois, ça se passe très vite et je crois que c'est ce qui est arrivé. »
Une décision impopulaire
La totalité des gens rencontrés par La Tribune au Festival Bohémia se disait complètement en désaccord avec la décision de la Ville de forcer l'artiste à recouvrir la nudité de son oeuvre.
« Je me suis demandé nous étions en quelle année? Je ne comprends pas. Quand on fait de l'art, on met nos trip sur la table comme on dit et ils ont osé changer son oeuvre », souligne Lucie Gagnon qui fait elle-même un peu d'art visuel.
« La nudité est normale, je ne pense pas qu'on devrait s'offusquer de ça », estime Richard Smith de Sherbrooke
« C'est ridicule, le corps humain est fait pour être vu. Si on était en Europe, il n'y aurait eu aucun problème », lance pour sa part Mme Riverain qui participait au festival.
De son côté, l'artiste Olivier Bonnard ne s'en fait pas trop avec toute cette histoire.
« Ça m'est égal, admet-il, on a assez parlé de cette oeuvre-là. Les gens ont compris l'esprit. J'ai d'autres projets en cours. Je ne veux pas devenir un martyr, l'important ce sont les organisatrices du festival Bohémia. »
« Comme un mini Osheaga »
Lors de sa première édition il y a deux ans, le Festival Bohémia avait attiré 1500 curieux. L'année suivante, environ 3000 personnes se sont déplacées. En fin de semaine, c'est plus de 4000 personnes qui ont visité les kiosques du parc Victoria.
Une trentaine d'artisans étaient sur place et plusieurs artistes se sont produits sur la scène. Les gens pouvaient également faire des dons pour venir en aide aux femmes et aux hommes victimes d'agression sexuelle.
« Il n'y a pas de festival du genre à Sherbrooke. C'est gratuit et ça s'adresse à tout le monde, souligne Pier-Anne Rouleau, l'une des organisatrices du festival. C'est comme un mini Osheaga, mais à Sherbrooke. On n'est pas encore rendu au même niveau évidemment, mais c'est ce qu'on veut faire. »
La controverse entourant la murale a également bien servi l'événement, selon elle.
« Il y a énormément de gens qui ont entendu parler de nous. On n'est pas si mécontentes, explique-t-elle en souriant. On a même des kiosques qui s'adressent aux hommes et sinon on a un bar si madame décide de faire seule le tour des kiosques. »