Le chef du NPD Thomas Mulcair et le député de Sherbrooke Pierre-Luc Dusseault apportent leur soutien à l'athlète du Vert & Or de l'Université de Sherbrooke Yassine Aber qui a été refoulé à la frontière américaine, jeudi, alors que son équipe se rendait à une compétition à Boston. Les deux politiciens ont interpellé le premier ministre Justin Trudeau et souhaitent clarifier la situation d'ici le prochain déplacement du Vert & Or aux États-Unis.

Mulcair somme Trudeau de défendre Yassine Aber

Le chef du NPD Thomas Mulcair somme le premier ministre Justin Trudeau d'intervenir auprès du président américain Donald Trump pour que plus jamais un citoyen canadien avec un passeport valide soit refoulé à la frontière, comme l'a été jeudi dernier un athlète du Vert & Or de l'Université de Sherbrooke qui se rendait à une importante compétition à Boston.
« C'est son devoir. Qu'il arrête de juste parler des droits de la personne et qu'il commence à agir », a martelé M. Mulcair en point de presse à Sherbrooke lundi matin, au terme d'une rencontre d'une heure et demie avec l'étudiant Yassine Aber, dans les bureaux du député néodémocrate de Sherbrooke Pierre-Luc Dusseault.
« Nous demandons une clarification sur la situation des citoyens canadiens à la frontière, parce que Yassine est aussi dans l'incertitude pour la prochaine fois qu'il va devoir se rendre aux États-Unis », ajoute M. Dusseault.
Toute cette affaire survient deux semaines après que Donald Trump ait signé un décret - suspendu depuis par la Cour d'appel fédérale - qui interdit l'entrée aux États-Unis aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane, dont le Maroc, pays d'origine des parents de Yassine Aber, ne fait toutefois pas partie.
Au poste douanier de Derby Line (Stanstead) jeudi, le jeune homme a été interrogé sur ses liens avec Samir Halilovic, un ancien étudiant de l'UdeS parti combattre en Syrie en 2014 avec deux autres Sherbrookois. Dans la ligne de mire de la GRC, Halilovic apparaît sur une photo publiée sur Facebook avec Yassine Aber et six autres jeunes hommes. La photo a été prise à l'occasion d'une fête de mariage à Sherbrooke. Yassine en connaît l'existence mais les douaniers ne lui ont pas parlé spécifiquement de cette photo, assure-t-il.
« Depuis que cette photo a été publiée en 2014, je suis allé six ou sept fois aux États-Unis et je n'ai jamais eu de problème. Je n'ai même jamais eu besoin de sortir de ma voiture pour me justifier », précise le jeune homme.
La donne a changé
« On avait pourtant eu l'assurance il y a quelques semaines que les citoyens canadiens ne seraient pas touchés par les nouvelles politiques du gouvernement américain, mais force est de constater, par l'exemple qu'on a devant nous aujourd'hui, que la donne a changé aux douanes américaines », déplore pour sa part Pierre-Luc Dusseault.
Thomas Mulcair aurait voulu qu'il soit question de cet incident lundi, lors de la première rencontre officielle entre Donald Trump et Justin Trudeau. Mais visiblement le premier ministre canadien avait d'autres priorités.
« Il est crucial que le premier ministre se tienne debout sur la scène internationale, continue M. Mulcair. Il faut absolument qu'il fasse comprendre au président Trump que pour les Canadiens, ces actions qui visent les gens sur la base de leur religion ou de leur pays d'origine sont contraires à nos valeurs communes. »
Le chef néodémocrate n'a pas voulu commenter le travail des services de renseignement américains dans ce dossier, d'autant qu'il est généralement admis que les douaniers peuvent refuser l'entrée aux États-Unis sans autre forme de procès.
« Yassine était avec son équipe. Il arrive en minibus. Ils sont sept athlètes et il y en a un qui est interrogé pendant cinq heures. On leur bloque tous l'accès à leur téléphone. Ils ne peuvent même pas avertir de leur retard. On lui demande le code de son téléphone et on lui prend les empreintes digitales! Là on entre dans une nouvelle réalité et c'est de ça dont je veux parler », s'insurge M. Mulcair.
Même s'il assure ne garder aucun traumatisme de l'incident, précisant que les douaniers ont agi avec respect et professionnalisme, Yassine Aber s'inquiète néanmoins pour la suite des choses puisque son statut d'athlète du Vert & Or l'amène souvent en entraînement ou en compétition aux États-Unis, tout comme son frère Samir Aber.
« Nous allons lui offrir toute l'aide nécessaire pour que les choses soient clarifiées d'ici la prochaine compétition et si c'est nécessaire, je l'accompagnerai moi-même (aux douanes) sans hésitation », assure à ce propos Thomas Mulcair.
L'Université hautement préoccupée
L'Université de Sherbrooke est hautement préoccupée par l'incident vécu par un de ses étudiants athlètes aux douanes américaines jeudi dernier.
Elle entend travailler avec les autres universités canadiennes et les partenaires du gouvernement fédéral pour établir une stratégie commune en réaction à ce qui s'apparente à un resserrement des frontières américaines.
« Nous sommes très préoccupés pour l'ensemble des membres de la communauté universitaire, que ce soit des étudiants ou des professeurs, qui doivent aller aux États-Unis pour un stage, un colloque, un échange étudiant. C'est quand même des considérations de carrière pour ces étudiants et ces professeurs-là », admet d'emblée la secrétaire générale de l'institution, Jocelyne Faucher.
« Le mode de fonctionnement des universités doit être le plus ouvert possible. Il faut avoir une libre circulation avec les autres pays. Que ce soit un étudiant athlète ou un scientifique, il doit pouvoir partager son expertise avec des collègues de partout dans le monde », plaide le vice-recteur aux relations gouvernementales, Alain Webster, en invitant toutefois à la prudence sur l'interprétation de ce qui s'est passé dans le cas de Yassine Aber.
L'Université de Sherbrooke s'est questionnée dès vendredi sur la pertinence d'interpeller les organisateurs de la compétition à Boston ou de faire des représentations auprès de l'administration des services frontaliers américains, pour en venir à la conclusion qu'il fallait d'abord réfléchir à une stratégie canadienne.
« On pourrait faire part à nos collègues américains qu'on trouve la situation désagréable mais on présume que leur capacité de nous renseigner sur ce qui s'est passé à la douane de façon spécifique est à peu près nulle, précise M. Webster.
« Là on parle de l'UdeS, mais ça pourrait se produire dans toutes les universités au Canada, ajoute-t-il. Ce n'est pas nous qui sommes visés de façon plus spécifique. Il faut voir comment on traite ce resserrement au niveau de l'accès à la frontière américaine pour un ensemble de cas. Il ne faut pas tenter de gérer uniquement l'Université de Sherbrooke par rapport au gouvernement américain. Il faut faire une réflexion plus large. »