Mont Hereford : le débat fait rage à Québec

Le débat entourant le projet d'interconnexion Québec-New Hampshire s'est transporté à l'Assemblée nationale jeudi où le Parti québécois a reproché au gouvernement libéral de surévaluer l'impact financier et de sous-évaluer l'impact environnemental de la ligne aérienne qu'Hydro-Québec entend construire à travers la forêt du mont Hereford.
Le porte-parole de l'opposition en matière d'environnement, Sylvain Gaudreault, a interpellé le ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand, en rappelant que le partenaire américain d'Hydro-Québec, Eversource, s'est déjà engagé à enfouir la ligne sur une portion de 100 km dans le New Hampshire afin de protéger le paysage des Montagnes-Blanches. Suivant le même principe, la coalition SOS mont Hereford réclame elle aussi l'enfouissement de la ligne afin de protéger la forêt Hereford.
« C'est deux poids, deux mesures », a dénoncé le député de Jonquière, en s'appuyant sur le fait que l'enfouissement du côté québécois coûterait 60 M $ sur un projet évalué à 2,7 milliards. »
« Ce que le député omet de dire, c'est que le 60 millions de coûts supplémentaires, ça va être payé par tous les clients d'Hydro-Québec, dans tout le Québec », a répliqué le ministre Arcand en reprenant l'argument d'Hydro-Québec à l'effet que l'option aérienne est plus avantageuse tant sur le plan économique qu'écologique.
Le député de Jonquière a répliqué en reprochant au ministre Arcand et au député de Saint-François, Guy Hardy, de se faire les porte-parole d'Hydro-Québec dans ce dossier. « La ligne aérienne représente 25 fois plus de déboisement que l'enfouissement. Et ce, selon Hydro-Québec elle-même, a lancé le député Gaudreault. Les milieux humides seront très affectés par un déboisement définitif sur toute la ligne. Pourquoi Hydro-Québec n'est pas tenue de respecter les principes de développement durable? »
Finalement, le ministre Arcand a rappelé que le dossier n'était pas terminé et que d'autres étapes doivent être franchies avant que les premiers pylônes ne soient érigés dans la forêt Hereford
« Hydro-Québec a eu de nombreuses discussions avec les représentants de cette forêt. Nous aurions souhaité aujourd'hui qu'Hydro-Québec et le comité puissent s'entendre afin d'agrandir la forêt. Hydro-Québec était prête à contribuer financièrement pour le passage de cette ligne-là. »
Le processus d'autorisation n'est toutefois pas terminé, a précisé le ministre Arcand. « C'est un processus dans lequel il y aura la CPTAQ (Commission de protection du territoire agricole du Québec). Il y a eu l'étude du BAPE, il y a des certificats d'autorisation du ministère de l'Environnement, et comme il s'agit de différents projets, l'ONÉ (Office national de l'Énergie) pourrait même intervenir dans ce dossier-là. »
SOS mont Hereford réagit
La coalition SOS mont Hereford a vivement réagi à la décision d'Hydro-Québec de maintenir le passage d'une ligne aérienne dans la forêt Hereford, sans tenir compte du consensus de la région à l'égard des scénarios alternatifs.
« Ça heurte le sens commun. Hydro-Québec rejette du revers de la main les demandes de la MRC de Coaticook et de l'organisme Forêt Hereford quant à l'enfouissement de la ligne. Elle ne tient pas non plus compte de la position de Tourisme Cantons-de-l'Est, des organismes en conservation et de plus de 10 000 citoyens qui ont signé une pétition pour le contournement du mont Hereford et l'enfouissement de la ligne. Et elle se revendique d'une démarche de développement durable? », se questionne Mélanie Lelièvre de Corridor appalachien. « Si la protection des milieux naturels et l'acceptabilité sociale sont réellement chères au gouvernement, messieurs Heurtel et Arcand devraient intervenir et mettre fin à cette comédie », ajoute Mme Lelièvre.