La justice soupçonne Juan Guaido, qu’une cinquantaine de pays reconnaissent comme président par intérim, d’avoir voulu «livrer» à des entreprises multinationales l’Esequibo, un territoire riche en minerais du Guyana que Caracas revendique.

Venezuela: Guaido sous enquête pour «haute trahison»

CARACAS — La justice vénézuélienne a ouvert une enquête contre Juan Guaido pour «haute trahison», des poursuites qui s’ajoutent à plusieurs affaires destinées à brider l’opposant dans sa campagne pour chasser le président Nicolas Maduro du pouvoir.

«Nous ouvrons une enquête» contre Juan Guaido pour des faits qui constituent «un crime, celui de haute trahison», a déclaré le procureur général Tarek William Saab, réputé proche du pouvoir chaviste, dans une allocution télévisée.

La justice soupçonne Juan Guaido, qu’une cinquantaine de pays reconnaissent comme président par intérim, d’avoir voulu «livrer» à des entreprises multinationales l’Esequibo, un territoire riche en minerais du Guyana que Caracas revendique.

Une «distraction»

L’opposant a immédiatement réagi en qualifiant de «parodie» l’intervention du procureur général, jugeant qu’elle visait à «distraire l’attention de ce qui est réellement important», c’est-à-dire la présence au Venezuela de groupes armés colombiens, comme l’ELN et des dissidents des Farc qui ont annoncé la semaine dernière leur retour aux armes. Et ce, avec la «permission» du gouvernement de Nicolas Maduro.

Juan Guaido, qui préside le parlement, est dans la ligne de mire de la justice depuis le 23 janvier. Il s’était ce jour-là autoproclamé président par intérim, réfutant toute légitimité à Nicolas Maduro dont le pouvoir reposait, d’après lui, à la présidentielle «frauduleuse» de 2018.

Son autoproclamation avait donné lieu à l’ouverture d’une enquête pour «usurpation de la fonction présidentielle». Ont suivi d’autres enquêtes, notamment pour «financement illicite» et violation d’interdiction de sortie du Venezuela, lorsque Juan Guaido s’était embarqué dans une tournée latino-américaine en février.

Son arrestation, a d’ailleurs averti l’administration du président américain Donald Trump, féroce dénigreur de Maduro, serait «l’ultime erreur» du gouvernement socialiste.

Washington a pris un grand nombre de sanctions économiques pour mettre Nicolas Maduro sous pression, notamment un embargo sur le pétrole, principale ressource du Venezuela. Mais ses efforts n’ont pas porté leurs fruits pour le moment, tout comme ceux de Juan Guaido.