De nombreuses personnes se sont recueillies devant la synagogue Tree of Life de Pittsburgh samedi, au lendemain de l'attaque qui a fait 11 morts.

Un rabbin de Toronto parmi les victimes

TORONTO — Un rabbin a confirmé qu'une des 11 victimes tuées dans la fusillade survenue dans une synagogue de Pittsburgh, samedi, avait grandi à Toronto.

Selon un message publié sur Facebook par le rabbin Yael Splansky, Joyce Fienberg, âgée de 75 ans, a grandi dans la communauté du temple de Holy Blossom, situé dans le secteur York à Toronto. La communauté compte 6500 membres.

LIRE AUSSIDes veilles organisées à Montréal en hommage aux victimes

M. Splansky ajoute que Mme Fienberg a célébré son mariage au temple et que sa photo de confirmation orne le mur d'honneur.

Une porte-parole du temple, Deanna Levy, a indiqué que Mme Fienberg était âgée de 16 ans lorsque cette photo a été prise.

«Elle a des membres de sa famille au sein de notre congrégation et à Toronto. Que sa mémoire soit bénie», a-t-elle dit.

Le temple a mené dimanche matin un service religieux. «Nous offrons du réconfort aux familles. Nous tentons de demeurer forts.»

Mme Fienberg a passé la plus grande partie de sa carrière de chercheuse au Centre de recherche et de développement sur l'apprentissage de l'Université de Pittsburgh, où elle a étudié l'apprentissage en classe et dans les musées.

Des gens se réconfortent après une vigile à la mémoire des victimes au lendemain de l'attaque à la synagogue Tree of Life, à Pittsburgh.

Hommage aux victimes

Une femme de 97 ans, un couple d'octogénaires, deux frères... Les Américains, pétrifiés, ont découvert dimanche l'identité des 11 fidèles abattus la veille dans une synagogue de Pittsburgh, lors de la pire attaque antisémite jamais perpétrée aux États-Unis.

Trois femmes et huit hommes, quasiment tous âgés de plus de 60 ans, ont succombé sous les balles de Robert Bowers qui a, selon son acte d'accusation, expliqué après son arrestation : «Je voulais juste tuer des juifs».

Drapeaux en berne, marques de solidarité, cérémonies oecuméniques : la communauté juive des États-Unis, la plus importante en dehors d'Israël, a reçu le soutien de tout le pays, mais aussi du pape, de Berlin ou de Paris.

Des centaines de personnes patientaient sous la pluie en fin d'après-midi devant un auditorium du centre de Pittsburgh, pour assister à une veillée en hommage aux victimes de cette tuerie.

Armé de trois pistolets Glock et d'un fusil d'assaut semi-automatique AR-15, Robert Bowers, 46 ans, a semé la mort samedi dans la synagogue Tree of Life, en plein coeur du quartier juif de Pittsburgh, qui abritait plusieurs offices religieux en ce jour de chabbat, le repos hebdomadaire juif.

Le médecin légiste Karl Williams a révélé dimanche l'identité des victimes après avoir effectué des vérifications avec leurs proches. «Il n'y a pas de mots pour exprimer la sympathie» dont ces familles ont besoin, a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse.

David et Cecil Rosenthal, des frères âgés de 54 et 59 ans, qui vivaient ensemble dans un centre pour adultes ayant des déficiences intellectuelles, en font partie. «Ils aimaient la vie, ils aimaient leur communauté, ils n'auraient jamais manqué l'office du samedi», a déclaré dans un communiqué l'organisation Achieva qui gère leur foyer.

Les neuf autres victimes, dont un dentiste, un médecin et plusieurs retraités, avaient plus de 65 ans, la plus âgée, Rose Mallinger, une résidente du quartier, avait même 97 ans.

Melvin Wax, 88 ans, aimait «raconter des blagues et aller à la synagogue», a confié un ami de sa famille au journal Pittsburgh Post-Gazette. «C'était sa routine, comme prendre son petit-déjeuner pour d'autres...»

«Remarquablement normal»

Arrêté après un échange de tirs avec des policiers, dont quatre ont été blessés, Robert Bowers a dû être opéré et restait hospitalisé dimanche dans un état stable.

Inculpé de 29 chefs d'accusation, il sera jugé au niveau fédéral et encourt la peine de mort.

Auteur de plusieurs messages antisémites sur les réseaux sociaux, il s'en était pris juste avant son attaque à une organisation juive d'aide aux réfugiés. «HIAS aime amener des envahisseurs pour tuer les nôtres. Je ne peux pas rester assis et voir les miens se faire massacrer, j'y vais.»

Inconnu jusque là des services de police, il n'avait pas non plus attiré l'attention de ses voisins.

«Il était remarquablement normal, c'est effrayant», a déclaré à l'AFP Chris Hall, 28 ans, qui vivait dans le même complexe que Robert Bowers à une demi-heure en voiture de la synagogue.

En un an et demi de voisinage, le jeune homme n'a remarqué ni autocollants suspects, ni déclarations antisémites. «J'aurais tellement aimé qu'il y ait quelque chose, regrette-t-il, visiblement ébranlé. J'aurais pu donner l'alerte.»

Quartier éteint

Dimanche, le quartier de Squirrel Hill, coeur de la communauté juive de Pittsburgh, était pétrifié par la douleur. «Le coeur brisé», Alyia Paulding, venue vendre ses savons sur un petit marché, trouvait les lieux «bien silencieux, tout le quartier semble éteint...»

Le maire, Bill Peduto, a toutefois fait part de sa confiance en l'avenir. «Nous savons que la haine ne l'emportera jamais.» L'élu démocrate a également relancé l'épineux débat sur les armes à feu.

«J'ai entendu le président dire qu'il faudrait armer des gardes dans nos synagogues», a-t-il déclaré. «Notre approche devrait plutôt être : comment retirer les armes à feu — qui sont le dénominateur commun de toutes les fusillades en Amérique — des mains de ceux qui veulent exprimer leur haine raciste avec des meurtres?»

Donald Trump a fermement condamné la tuerie et a appelé les Américains à se tenir aux côtés de leurs «frères et soeurs juifs pour vaincre l'antisémitisme et les forces de la haine». Il a toutefois estimé que la fusillade était l'oeuvre d'un «cinglé» et qu'il ne fallait pas changer «nos vies ou nos emplois du temps».

«Rhétorique des suprémacistes»

Mais pour l'Anti-Defamation League, la principale organisation de lutte contre l'antisémitisme aux États-Unis, la tuerie s'inscrit dans un contexte délétère.

«Nous sommes à un moment où l'antisémitisme est presque normalisé», a déploré son directeur Jonathan Greenblatt, en rappelant avoir enregistré une hausse de 57 % des actes antisémites (menaces, violences, insultes...) en 2017 dans le pays.

Pour lui, certaines personnalités politiques ont contribué à banaliser le discours antisémite, à commencer par le président Trump «qui a utilisé la rhétorique des suprémacistes blancs».

Plus globalement, de nombreuses voix ont déploré une détérioration du débat public à l'approche des élections législatives du 6 novembre et craint que cela n'encourage le passage à l'acte de personnes instables.

Un homme a ainsi envoyé des engins piégés la semaine dernière à une dizaine de personnalités démocrates ou détracteurs du président républicain.