Visées par des jets de bouteilles en verre et de pavés, aux cris de «tout le monde déteste la police», les forces de l'ordre ont répliqué en tirant des grenades lacrymogène et de désencerclement.

Un défilé du 1er mai orageux à Paris [VIDÉO]

PARIS — Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont battu le pavé mercredi à Paris pour le traditionnel défilé du 1er mai, ponctué de nuages de gaz lacrymogène, de jets de pavés et de vitrines brisées, mais où les heurts entre militants radicaux et policiers mobilisés en force sont restés sporadiques.

Cette atmosphère orageuse à Paris est restée l'exception. Dans le reste du pays, la plupart des rassemblements pour marquer la «Fête du travail» - à l'appel des syndicats et des «gilets jaunes» en rébellion depuis plus de cinq mois contre la politique du gouvernement - s'est tenue dans une ambiance bon enfant.

Au total, entre 310 000 (selon les syndicats) et 164 500 personnes (selon le gouvernement) ont défilé dans toute la France, dont 40 000 à Paris, selon un comptage indépendant réalisé pour un collectif de médias. L'an dernier, les manifestations avaient rassemblé 210 000 personnes selon les syndicats, 143 500 selon le gouvernement.

«C'est une grande journée de mobilisation», s'est réjoui Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT, l'un des principaux syndicats français. Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner n'est pas de cet avis, estimant que la journée a été «volée par la violence de quelques-uns»,

Face aux appels à transformer Paris en «capitale de l'émeute» relayés sur les réseaux sociaux, le président Emmanuel Macron avait réclamé que la réponse aux «black blocs» - ces militants anticapitalistes et antifascistes vêtus de noir et masqués - soit «extrêmement ferme» en cas de violences. L'an dernier déjà, 1200 militants radicaux avaient perturbé la manifestation parisienne par des heurts violents.

Le quartier du palais de l'Elysée, où le président avait convié 400 professionnels des métiers de bouche et des fleurs pour la traditionnelle remise du muguet, était donc bouclé et 7400 policiers et gendarmes déployés dans la capitale.

Un déploiement de force pour faire barrage aux quelque «1000 à 2000 activistes radicaux» attendus par les autorités soucieuses d'éviter de nouvelles scènes de chaos comme celles ayant émaillé les manifestations des «gilets jaunes», qui ont fait le tour du monde ces derniers mois.

Gaz lacrymogène

Les tensions ont débuté à la mi-journée, avant même le début du défilé, autour de la célèbre brasserie La Rotonde, où Emmanuel Macron avait célébré sa qualification au second tour de l'élection présidentielle en 2017.

Symbole du pouvoir, ce restaurant figurait parmi les cibles annoncées des «black blocs» et avait été fermé et barricadé de panneaux de bois pour ne pas connaître le sort du Fouquet's sur les Champs-Élysées, pillé et incendié le 16 mars, lors d'une journée de manifestation des gilets jaunes.

Visées par des jets de bouteilles en verre et de pavés, aux cris de «tout le monde déteste la police», les forces de l'ordre déployées autour de l'établissement ont répliqué en tirant des grenades lacrymogène et de désencerclement.

Des violences que Sophie, «gilet jaune» de 60 ans, a dit «comprendre». «Quand on est confronté au mépris et à l'indifférence, il peut y avoir de l'irrationalité qui monte», a-t-elle estimé, tandis que non loin, des manifestants scandaient : «Révolution, révolution».

La suite de la manifestation, qui mêlait militants syndicaux et «gilets jaunes», a été perturbée épisodiquement par des échauffourées entre black blocs et policiers.

Pris à partie par des radicaux, le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez a ainsi été contraint de quitter momentanément la tête du défilé. À son retour, très énervé, il s'est plaint devant les journalistes d'avoir été victime de gaz lacrymogène.

Éclipsés par le mouvement des «gilets jaunes» ces derniers mois, les syndicats tablaient sur cette journée de mobilisation dans tout le pays pour regagner en visibilité et faire entendre leurs revendications. Mais leurs appels à la «convergence» des luttes entre gilets jaunes et autres manifestants n'ont pas toujours été entendus.

«Nous portons des revendications depuis six mois. Les syndicats étaient où pendant ce temps là?» s'est exclamée une jeune femme en gilet jaune, qui manifestait à Montpellier (sud).

D'Istanbul à Caracas

À Paris, les tensions ont redoublé à la fin de parcours de la manifestation syndicale, avec de nombreuses vitrines brisées et des départs d'incendie. En début de soirée, la plupart des manifestants étaient toutefois dispersés.

Près de 330 personnes ont été interpellées, selon la préfecture de Police, et 254 ont été placées en garde à vue, selon le parquet de Paris. Les forces de l'ordre ont aussi réalisé plus de 15 300 contrôles préventifs, fouillant sacs ou véhicules.

Un policier, blessé au visage, a été hospitalisé, selon la préfecture de police. Une journaliste de l'agence publique russe Ria Novosti a déclaré avoir reçu des coups de matraque de la police française au visage et au bras. Le ministère russe des Affaires étrangères a aussitôt réagi en appelant les autorités françaises à «mener une enquête minutieuse sur cet incident».

Fête internationale, le 1er Mai a également donné lieu à d'importantes manifestations en Turquie où plus de 80 personnes ont été interpellées par la police à Istanbul. En Russie, 60 personnes ont été arrêtées à Saint-Pétersbourg (nord-ouest) après avoir scandé des slogans anti-Poutine.

Plusieurs milliers de manifestants se sont aussi réunis à Caracas, où l'opposant Juan Guaido avait appelé à la «plus grande manifestation de l'histoire du Venezuela».