Plusieurs membres de l’assistance d’un rassemblement de Donald Trump à Tampa, en Floride, ont été remarqués pour leurs t-shirts QAnon et leurs pancartes affirmant «Nous sommes Q».

Trump, «Q» et la théorie du complot

WASHINGTON — Se cachant derrière la seule lettre «Q», une mystérieuse présence anime sur Internet un mouvement pro-Trump qui vient de gagner un nouveau souffle, transportant les théories du complot depuis les confins du dark web jusqu’au grand public à la faveur de meetings du président américain.

Jusqu’à cette semaine, peu d’Américains avaient entendu parler de Q ou «QAnon», une figure énigmatique qui détiendrait des informations classées top secret — «Q» désigne un niveau d’habilitation secret défense aux États-Unis — apparue en octobre 2017 avec des messages cryptiques affirmant lutter contre une terrible cabale internationale.

Mardi, elle a été propulsée sous les projecteurs lorsque plusieurs membres de l’assistance d’un rassemblement de Donald Trump à Tampa, en Floride, ont été remarqués pour leurs t-shirts QAnon et leurs pancartes affirmant «Nous sommes Q».

Depuis, une question passionne aux États-Unis: «qui est Q?»

Selon ses adeptes, il s’agirait d’une taupe évoluant dans le cercle rapproché de Donald Trump, qui a décidé de révéler sur des forums du dark web, partie cachée d’Internet, des bribes de renseignement.

Son but? Mettre en garde les Américains contre une machination mondiale et leur dire qu’il existe un extraordinaire stratagème visant à la contrer.

«Q, c’est le peuple»

Selon ce scénario, les États-Unis sont dirigés depuis des décennies par une organisation criminelle impliquant les Clinton, les Obama, les Rothschild, le puissant investisseur George Soros, des vedettes d’Hollywood et d’autres membres de l’élite mondiale.

Il fourmille d’histoires terribles d’enfants kidnappés et de réseaux pédophiles, rappelant la sombre théorie voulant que d’éminents démocrates proches d’Hillary Clinton maltraitent des enfants dans les locaux d’une paisible pizzeria familiale de Washington. Une folie qui avait failli finir en tragédie en décembre 2016, lorsqu’un homme avait tiré au fusil d’assaut sur la pizzeria Comet Ping Pong, sans faire de blessés.

Mais la thèse centrale de QAnon est sans doute la plus extraordinaire, car elle transforme l’enquête russe qui empoisonne la présidence Trump en habile stratégie : le président américain aurait en réalité fait exprès de prétendre être de mèche avec Moscou afin de pouvoir travailler en secret avec le procureur spécial Robert Mueller pour vaincre le grand réseau criminel international.

Les Américains doivent se tenir prêts, insiste QAnon, pour la riposte de Donald Trump, une «tempête» imminente qui, à coups d’arrestations, fera tomber la machination et rendra le pouvoir au peuple.

Alors que les profondes divisions de l’électorat américain sont creusées par la défiance envers les médias traditionnels, que le président américain lui-même n’a de cesse de décrédibiliser en les qualifiant de fake news, QAnon pourrait prendre pied.

«Pour moi, Q c’est le peuple qui révèle la vérité», a déclaré au Washington Post Mark Emmett, qui assistait jeudi à un autre rassemblement de Donald Trump, en Pennsylvanie. «Trump ne fait que montrer le chemin», a poursuivi le quinquagénaire vêtu d’un t-shirt QAnon.

Les adeptes de Q en sont convaincus, Donald Trump leur a lancé un signal dès octobre lorsqu’il a mis en garde des journalistes contre «le calme avant la tempête».

QAnon semble avoir déjà fait des adeptes chez de célèbres supporteurs du républicain qui y ont fait allusion, comme l’actrice Roseanne Barr et le fondateur du site Infowars, nid de théoriciens du complot, Alex Jones.

Ce mouvement comporte des dangers bien réels, mettent en garde des experts qui citent l’exemple d’un homme armé arrêté en juin près du grand barrage de Hoover, dans le Nevada, et dont les écrits faisaient référence à QAnon.

Il «contient tous les éléments qui pourraient lancer un soulèvement, inciter à la violence voire pousser à une révolte politique», a commenté un ancien agent du FBI, Clint Watts, sur MSNBC. «Cela me semble être un phénomène vraiment dangereux, surtout quand on voit que certains le lient au président et ses meetings».