Un survivant de l’attaque armée qui a coûté la vie à 13 personnes, Ayib Ly, se remet de ses blessures au pied et au dos, dans un hôpital de Ziguinchor, dans le sud du Sénégal.

Treize personnes abattues par des hommes armés au Sénégal

ZIGUINCHOR — Couché sur un brancard, Ayib Ly se remet de ses blessures au pied et au dos dans un hôpital de Ziguinchor, chef-lieu de la Casamance, dans le sud du Sénégal. Il fait partie des rescapés de la tuerie qui a fait 13 morts et une demi-douzaine de blessés samedi dans une forêt des environs.

«Ils nous ont fait coucher à plat ventre et ont commencé à tirer», a raconté dimanche à l’AFP cet homme de 45 ans, marié à deux femmes et père de deux enfants.

«Trois tirs m’ont atteint au pied et au dos», dit-il à voix basse, torse nu et bandage à la tête.

«Nous étions partis chercher du bois de chauffe. Ils étaient une vingtaine, nous ont fait descendre de nos vélos, nous ont fait asseoir par terre puis enlever nos chaussures. Ça a duré de 7h à 13h», ajoute-t-il.

Amadou Diallo, un autre rescapé, affirme «avoir été arrêté vers 8h» dans la même zone, où les hommes armés «détenaient déjà quatre personnes. J’en suis la cinquième. Vingt et une personnes ont été arrêtées et conduites plus loin dans la forêt».

Il est blessé à la tête et à la hanche.

«Ils m’ont d’abord pris mon téléphone portable et nous ont demandé de les suivre dans la forêt. Lors de la fusillade, quelqu’un qui était près de moi n’a pas été atteint par les balles. Nous nous sommes enfuis ensemble pour rejoindre la route», ajoute cet homme de 37 ans, commerçant, marié et père de quatre enfants.

Sauvées in extremis

«Des personnes blessées cherchant à s’enfuir ont été achevées» par les assaillants, poursuit-il. «D’autres ont été sauvées par les sapeurs pompiers, alertés et venus pour les secours, poursuit-il.

«Je connais cinq personnes parmi les [13 morts]. Je suis souvent allé dans la brousse. La recherche de bois de chauffe est mon gagne-pain. Je le fais à vélo et chaque chargement me rapporte entre 4500 francs CFA et 5000 francs CFA (entre 10 et 11 $CAN)», poursuit ce jeune homme, qui habite un quartier de Ziguinchor.


Des personnes blessées cherchant à s’enfuir ont été achevée par les assaillants
Amadou Diallo, un rescapé

De son côté, Ibrahima Dafé, autre rescapé, affirme avoir reçu «deux balles dans le dos». «J’étais le premier à avoir été capturé, vers 6h», dit-il.

Les assaillants étaient «en uniforme militaire, étaient [munis] de [chaussures militaires de type] rangers ou en plastique» et parlaient en langue locale, a-t-il remarqué.

«Gémissements»

Sur un autre brancard à l’entrée d’une salle de l’hôpital de Ziguinchor, un autre homme également nommé Amadou Diallo, bandages au cou et à la main gauche et au cou, est couché. Il gémit et se retourne sans cesse.

En visite aux blessés, le député-maire de Ziguinchor, Abdoulaye Baldé, a déclaré à l’AFP que les six blessés, sur sept lors de la fusillade, seraient acheminés dans un hôpital de Dakar pour y recevoir de meilleurs soins.

Selon le gouvernement sénégalais, l’attaque a «occasionné la mort de treize jeunes hommes, dont dix par balle, deux par arme blanche et un brûlé».

Le ministre de l’Intérieur, Aly Ngouille Ndiaye, a promis une traque «rude et sans répit» pour arrêter les responsables du massacre, survenu dans une région en proie à une rébellion depuis 35 ans, mais qui avait connu une accalmie depuis plusieurs années.