Tensions avec l’Iran: Washington envisage d’envoyer des troupes supplémentaires

WASHINGTON — Les États-Unis ont indiqué jeudi qu’ils envisageaient d’envoyer des troupes supplémentaires au Moyen-Orient pour assurer la sécurité des effectifs déjà déployés, dans un contexte de tensions avec l’Iran.

«Ce à quoi nous réfléchissons c’est: est-ce qu’il y a quelque chose que nous pouvons faire pour améliorer la sécurité de nos forces au Moyen-Orient», a affirmé le chef du Pentagone Patrick Shanahan à la presse. «Cela pourrait comprendre l’envoi de troupes supplémentaires».

Le ministre de la Défense par intérim, qui s’exprimait au Pentagone avant une rencontre avec le ministre vietnamien des Affaires étrangères Pham Binh Minh, est cependant resté prudent, évoquant les risques que des chiffres surestimés pourraient représenter pour les soldats américains déployés dans la région.

Il a démenti les chiffres circulant dans la presse américaine et laissé entendre que le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) avait simplement envoyé une requête au Pentagone pour des effectifs supplémentaires, comme les commandements régionaux le font régulièrement.

«Ce n’est pas 10 000, ce n’est pas 5000. Ce n’est pas exact. Ce que je peux vous dire, c’est que je suis en contact régulier avec le général (Kenneth) McKenzie», le nouveau commandant du Centcom, a-t-il dit. «Ce sont des échanges normaux que nous avons avec le Centcom».

M. Shanahan a indiqué qu’il avait prévu d’informer dans l’après-midi Donald Trump de la situation sur le terrain, avant son départ pour Tokyo où le président américain est attendu samedi pour une visite d’État.

Le général Kenneth McKenzie avait publiquement regretté la réduction des effectifs militaires américains au Moyen-Orient décidée par le Pentagone en vertu de la nouvelle stratégie de défense des États-Unis qui se focalise davantage sur la Russie et la Chine.

«Nous n’avons pas les effectifs suffisants pour être où nous voulons être en nombre adéquat, partout, tout le temps» dans le monde entier, a-t-il dit au cours d’une conférence début mai à Washington.

Les États-Unis ont actuellement entre 60 000 et 80 000 militaires déployés au Moyen-Orient, dont 14 000 en Afghanistan, 5200 en Irak et moins de 2000 en Syrie, selon le Pentagone.

Désengagement ou pas 

Donald Trump, qui a fait du désengagement des États-Unis des conflits en Afghanistan et en Syrie une de ses priorités, a ordonné un retrait militaire total de Syrie, mais il s’est ensuite laissé convaincre de maintenir dans le nord-est du pays une force américaine que le Pentagone ne chiffre pas, mais qui est évaluée à un millier de personnes.

Les relations déjà tendues entre Washington et Téhéran se sont envenimées depuis le début du mois: l’Iran a suspendu certains de ses engagements pris en vertu de l’accord de 2015 encadrant son programme nucléaire, un an après le retrait américain de ce texte, tandis que l’administration Trump a renforcé ses sanctions contre l’économie iranienne.

Parallèlement, le Pentagone a dépêché dans la région un porte-avions, un navire de guerre, des bombardiers B-52 et une batterie de missiles Patriot, le conseiller à la sécurité nationale de la Maison-Blanche, John Bolton, évoquant «des indications inquiétantes d’escalade et de mises en garde» de Téhéran.

En fait, selon des responsables militaires ayant requis l’anonymat, le Pentagone subit les conséquences de la politique agressive de Donald Trump à l’égard de Téhéran, notamment sa décision annoncée le 8 avril de placer les Gardiens de la Révolution, armée idéologique du régime iranien, sur la liste américaine des «organisations terroristes étrangères», de même que la force Qods, chargée des opérations extérieures des Gardiens.

L’Iran a aussitôt répliqué en considérant désormais les États-Unis comme un «État parrain du terrorisme» et en assimilant les forces américaines déployées au Moyen-Orient, dans la Corne de l’Afrique et en Asie centrale, à des «groupes terroristes», ce qui en fait des cibles.

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Le «génie extrêmement stable» de Trump à l’œuvre

WASHINGTON — La chef des démocrates au Congrès américain a repoussé jeudi la perspective d’une procédure de destitution contre Donald Trump, en dépit d’une spectaculaire confrontation personnelle devenue acrimonieuse avec le président républicain.

Lors d’un extraordinaire enchaînement de déclarations publiques, la guerre entre Donald Trump et Nancy Pelosi, présidente démocrate de la Chambre des représentants, a franchi un nouveau palier.

Alors que Washington était en alerte en raison d’une tornade imminente, le président des États-Unis s’est lancé dans une longue tirade contre sa rivale, l’affublant pour la première fois d’un des surnoms dont il a le secret : «Nancy la folle».

«Elle a perdu la tête», a lancé Donald Trump depuis la Maison-Blanche, quelques heures après que la démocrate eut mis en doute son équilibre mental en exhortant la famille du président à «intervenir» pour «le bien du pays».

«Quand je vois Nancy s’agiter, ses mouvements, ses mains, et la folie [...], ça c’est une personne qui a des problèmes», a réagi M. Trump.

Les démocrates s’acharnent contre lui avec de multiples enquêtes parlementaires par pur calcul politique, avec les élections présidentielle et législatives de 2020 en tête, a-t-il dit.

«Ils tentent de dénigrer le parti républicain et de dénigrer le président autant que possible pour» les faire baisser dans les sondages, a-t-il accusé lors de cette séquence insolite, survenue durant l’annonce d’une aide de plusieurs milliards aux agriculteurs américains affectés par la guerre commerciale.

«Je suis un génie extrêmement stable», a aussi réaffirmé le président. Une expression que Nancy Pelosi a saisie à la volée.

«Quand le “génie extrêmement stable” commencera à se comporter de façon plus présidentielle, je serai heureuse de travailler avec lui sur les infrastructures, le commerce ou d’autres sujets», a-t-elle tweeté.

Tous deux s’accusent mutuellement depuis mercredi de paralyser la vie politique.

Au cœur de leur bataille : la multitude d’enquêtes parlementaires visant Donald Trump et le débat sur une procédure de destitution contre le président républicain. AFP