Le chef Marc Veyrat
Le chef Marc Veyrat

Réveillon amer pour le chef Marc Veyrat qui perd son procès contre le guide Michelin

Céline Agniel
Agence France-Presse
NANTERRE - Le célèbre guide Michelin n’a pas à dévoiler ses arcanes: le chef français Marc Veyrat, qui voulait savoir pourquoi l’un de ses restaurants avait été privé en janvier de sa troisième étoile, a été débouté par la justice française mardi.

Marc Veyrat considérait qu’en rétrogradant de trois à deux étoiles son restaurant La Maison des Bois à Manigod, dans l’est de la France, le guide gastronomique avait fait «une erreur». «Ils ont confondu les plats, (...) ils ont tout mélangé», a-t-il déploré mardi, interrogé par l’AFP.

Mais le tribunal de Nanterre, près de Paris, a jugé que le chef renommé au chapeau noir, âgé de 69 ans, n’avait produit «aucune pièce relative à l’existence d’un dommage et à la réalité» du préjudice.

Par la voix de son avocat Emmanuel Ravanas, Mars Veyrat avait demandé, à l’audience fin novembre, à obtenir les preuves des inspections du guide et des compétences de ses inspecteurs, ainsi que «la trace des débats» ayant conduit au déclassement de son établissement.

Le restaurant, qui avait obtenu sa troisième étoile en 2018, avait été déclassé à peine un an plus tard.

Après une réunion infructueuse en mars avec le directeur du guide Michelin, le célèbre chef l’avait donc attaqué en justice et avait réclamé un euro symbolique de réparation pour le préjudice subi. Il s’était dit «en dépression» après la perte de cette troisième étoile.

«Très affecté»

«Marc Veyrat ne saurait se contenter de simples constats d’huissiers tronqués et caviardés en guise de toute réponse à ses questions légitimes. Tout élève objet d’un examen a le droit d’accéder à sa copie», a réagi mardi Me Ravanas.

«Très affecté», Marc Veyrat «ne peut que continuer de penser que le restaurant La Maison des Bois a été victime d’une erreur d’appréciation avec des inspecteurs qui ont notamment confondu une recette complexe à base de produits savoyards avec une vulgaire tranche de cheddar», a-t-il ajouté.

«Si on me dit: "M. Veyrat, votre cuisine est moins bonne qu’avant", j’accepte tout. Je respecte le Michelin, je dis : "Amen, on va faire le nécessaire", mais là c’est des critères incroyables», a de son côté commenté auprès de l’AFP M. Veyrat.

Le tribunal a cependant estimé que les pièces qu’il avait produites étaient «insuffisantes à démontrer l’existence d’un motif légitime de nature à justifier qu’il soit porté une atteinte disproportionnée à l’indépendance d’évaluation constitutive de la liberté d’expression des inspecteurs du guide».

Et le tribunal de rappeler que cette liberté était «garantie» par la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales.

«Il doit être rappelé qu’il n’existe aucune protection légale particulière des critiques gastronomiques», a rétorqué Me Ravanas dans un communiqué.

Pour Richard Malka, l’avocat du guide Michelin, c’est pourtant bien «le droit de critique au bénéfice des consommateurs» qui a été consacré par le tribunal.

«Il faut souhaiter que cette décision mette fin aux gesticulations médiatiques et aux divagations juridiques de M. Veyrat», a indiqué Me Malka à l’AFP, estimant que les griefs du demandeur revêtaient un «caractère malveillant et totalement imaginaire».

Estimant la procédure lancée par M. Veyrat abusive, le guide Michelin réclamait 30 000 euros (environ 44 000 $CAN) de dommages et intérêts. Le tribunal n’a cependant pas fait droit à sa demande.

Le chef français a confirmé à l’AFP qu’il ne comptait pas s’arrêter là sur le plan judiciaire: «C’est pas fini, je suis un guerrier moi. Je ne me laisserai pas faire», a-t-il prévenu.

Il ne poursuit néanmoins «aucun objectif financier, mais la simple demande d’être déréférencé pendant un temps» du guide Michelin, a souligné son avocat.

M. Veyrat a indiqué dernièrement avoir vu le chiffre d’affaires de La Maison des Bois grimper de «7% en un an», faisant dire à Me Malka, à l’audience, que l’action en justice du chef n’était qu’une «opération publicitaire».