Des pages caviardées du rapports du rapport du procureur spécial Robert Mueller présenté à Capitol Hill, à Washington, jeudi.

Rapport Mueller: Donald Trump anticipait la fin de sa présidence

WASHINGTON — Craignant la «fin» de sa présidence, Donald Trump a essayé de torpiller l’enquête russe, en voulant notamment limoger le procureur spécial Robert Mueller, dont les conclusions très attendues ont mis jeudi Washington en ébullition.

Les révélations du rapport de plus de 400 pages, fruit de 22 mois d’une enquête hors norme sur l’ingérence de Moscou dans la présidentielle de 2016, ont provoqué des réactions contrastées.

Exultant, le président Trump s’est dit totalement blanchi. «Comme je l’ai toujours dit : il n’y a pas de collusion, pas d’entrave» à la justice, a tweeté le milliardaire républicain, désireux de refermer définitivement une saga qui empoisonne son mandat depuis deux ans.

L’opposition démocrate a, au contraire, relevé dans le document des «preuves alarmantes» d’«actes immoraux» commis par Donald Trump, et promis d’user de tous ses pouvoirs pour en savoir plus.

Dans son volumineux rapport, le procureur Mueller confirme l’existence de «nombreux liens» entre la Russie et des membres de la campagne du candidat républicain, mais estime ne pas avoir de preuves d’une quelconque collusion.

Sur le second volet de l’enquête, les soupçons d’entrave à la justice pesant sur Donald Trump, M. Mueller se montre moins définitif.

«Oh mon Dieu»

Dans son rapport, il détaille une série de pressions troublantes exercées par le maître de la Maison-­Blanche, à commencer par le limogeage, en mai 2016, de l’ancien chef du FBI James Comey, alors en charge de l’enquête russe.

Suite au tollé provoqué par cette révocation, Robert Mueller, qui a lui aussi dirigé la police fédérale américaine, avait été nommé procureur spécial.

Son rapport révèle que M. Trump s’est dit «foutu» en apprenant sa nomination. «Oh mon Dieu. C’est terrible. C’est la fin de ma présidence», aurait confié l’ex-magnat de l’immobilier.

M. Trump a alors ordonné le limogeage de Robert Mueller, mais les juristes de la Maison-Blanche s’y sont opposés, révèle encore le procureur spécial. «J’aurais pu virer tout le monde, même Mueller», s’est défendu le président dans la soirée. «J’avais le pouvoir de mettre fin à cette chasse aux sorcières», a-t-il ajouté, tout en assurant avoir «choisi de ne pas le faire».

À partir de cet épisode, Donald Trump «s’est attaqué en public à l’enquête», «a tenté de la contrôler», et a «mené des efforts en public et en privé pour encourager les témoins à ne pas coopérer», écrit encore le procureur spécial, sans se prononcer sur les suites à donner.

«Frustré»

Lors d’une conférence de presse organisée avant même la divulgation du rapport Mueller, le ministre de la Justice Bill Barr a toutefois jugé ne pas avoir matière à poursuivre M. Trump.

«La Maison-Blanche a pleinement coopéré avec l’enquête du procureur spécial» et le «président n’a pas agi pour [le] priver des documents et témoins nécessaires pour mener à bien son enquête», a-t-il assuré. L’opposition démocrate a immédiatement accusé le ministre de se comporter comme «l’avocat du président».

Les élus démocrates ont martelé leur demande d’avoir accès à l’intégralité du rapport Mueller. Ils ont aussi demandé au procureur spécial de témoigner à la Chambre des représentants d’ici le 23 mai. M. Barr a dit qu’il ne s’opposerait pas à cette audition.

+

Le ministre américain de la Justice William Barr à Washington, jeudi

+

LES PRINCIPALES CONCLUSIONS DU RAPPORT MUELLER 

WASHINGTON — Long de 448 pages, le rapport du procureur spécial américain Robert Mueller sur l’ingérence russe dans la campagne présidentielle américaine de 2016 a été publié jeudi.

Le premier volume est consacré à une éventuelle collusion entre l’équipe de campagne Trump et la Russie, le second aux tentatives éventuelles d’entrave à l’enquête Mueller par le président des États-Unis, Donald Trump. En voici les principaux points.

«Je suis foutu»

Donald Trump a réagi avec effroi à l’annonce, le 17 mai 2017, qu’un procureur spécial avait été nommé.

«Oh mon Dieu. C’est terrible. C’est la fin de ma présidence. Je suis foutu», a réagi le président dans le Bureau ovale, quand son ministre de la Justice de l’époque, Jeff Sessions, lui a appris la nomination de Robert Mueller.

Donald Trump «s’est écroulé dans son fauteuil», précise le rapport du procureur Mueller, s’appuyant sur des notes prises par le directeur de cabinet de M. Sessions.

«Tout le monde me dit que si vous avez un de ces procureurs spéciaux, ça vous gâche la présidence. Ça prend des années et des années, je ne pourrai rien faire. C’est la pire chose qui me soit arrivée.»

Collusion : pas de preuve

Le procureur Mueller conclut qu’il n’y a pas eu d’entente entre les membres de l’équipe de Trump et la Russie, malgré de nombreux contacts plus ou moins discrets.

Le fils du candidat républicain, Donald Jr., a reçu des messages de WikiLeaks, l’entourage de M. Trump a retweeté de faux comptes américains créés par les Russes, une réunion a eu lieu avec des Russes à la Trump Tower... mais rien ne prouve qu’il s’agissait d’une conspiration.

«Les indices n’étaient pas suffisants pour accuser les membres de l’équipe de campagne de Trump de s’être coordonnés avec des représentants du gouvernement russe pour influencer l’élection de 2016.»

Mais y a-t-il eu entrave?

Sur ce point explosif, le procureur Mueller ne blanchit pas Donald Trump : «Si ce rapport ne conclut pas que le président a commis de délit, il ne l’exonère pas non plus».

Robert Mueller explique que le président a bien tenté, pendant des mois, en public et en privé, de déjouer ses investigations, mais qu’il a échoué pour une raison : «les personnes entourant le président ont refusé d’exécuter ses ordres ou de donner suite à ses demandes».

Le président a ainsi ordonné au chef des services juridiques de la Maison- Blanche de faire limoger le procureur spécial, mais Don McGahn a refusé d’obtempérer. M. Trump a multiplié les pressions sur son ministre de la Justice et des témoins-clés, conduisant ses collaborateurs à mentir à la presse ou dans des communiqués.

«Voir les actes dans leur ensemble peut permettre d’illuminer leur sens», écrit Robert Mueller, qui livre, sur des dizaines de pages, un compte-rendu minutieux des machinations et mensonges au sein de la Maison-Blanche.

Au Congrès de jouer? 

«Si nous étions certains, après une enquête rigoureuse, que le président n’avait clairement pas commis d’entrave à la justice, nous le dirions», écrit le procureur.

Mais il rappelle qu’un président en exercice ne peut pas être inculpé pénalement devant la justice ordinaire. Par conséquent, il argue que, même s’il avait obtenu des preuves que M. Trump avait commis des délits, il n’aurait pas pu recommander de poursuites.

En revanche, il souligne que le Congrès a, lui, les moyens de poursuivre un président pour entrave à la justice. Cette procédure, sur l’opportunité de laquelle l’équipe Mueller ne se prononce pas, s’appelle le processus de destitution.

Ingérence russe

Sur ce point, aucun doute pour le procureur spécial : «l’État russe s’est immiscé dans l’élection présidentielle de 2016 d’une façon systématique».

«D’abord, une organisation russe a mené une campagne sur les réseaux sociaux qui a favorisé» Donald Trump et «dénigré» son opposante démocrate Hillary Clinton.

Puis des hackers russes, émanant du service de renseignement militaire russe GRU, ont piraté des messages du parti démocrate et d’un proche d’Hillary Clinton, diffusés sur Internet par des sites anonymes et par WikiLeaks, qui avait reçu les messages volés directement des Russes. AFP