Donald Trump
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Procès en destitution de Donald Trump: premiers «frissons» au Sénat

Charlotte Plantive
Agence France-Presse
WASHINGTON — Du silence, des serments et de la gravité : le Sénat a ouvert solennellement jeudi le procès en destitution de Donald Trump, le troisième président de l’histoire des États-Unis confronté à telle avanie.

«C’est une mascarade, c’est une honte», a tonné le milliardaire républicain, tout en affichant son optimisme sur une issue rapide à cet épisode qui entache sa campagne de réélection.

«Ça devrait aller très vite...», a-t-il espéré, en comptant sur la majorité républicaine du Sénat pour être acquitté sans avoir à subir de longs débats.

Son procès, qui divise autant la classe politique que le pays, a débuté quand sept élus démocrates de la Chambre des représentants se sont présentés au Sénat pour lire l’acte d’accusation adopté le 18 décembre par leur assemblée.

«Donald John Trump, président des États-Unis, a été mis en accusation pour des crimes et délits graves», a énoncé Adam Schiff, qui dirige cette équipe chargée du rôle de procureur. L’ancien magnat de l’immobilier «a agi d’une manière contraire à la confiance placée en un président et subversive pour la conduite du gouvernement», a-t-il poursuivi d’un ton grave, empreint d’émotion. Selon un sénateur démocrate, des «frissons» ont alors parcouru l’assistance.

Après une pause, les parlementaires sont revenus dans l’hémicycle pour prêter serment devant le chef de la Cour suprême des États-Unis, John Roberts, chargé par la Constitution de présider le procès.

Ils ont collectivement juré de rendre la justice «de manière impartiale en accord avec la Constitution et les lois», devant le plus haut magistrat des États-Unis qui, drapé dans sa toge noire, a prononcé le même serment, la main sur la Bible.

Le président pro tempore du Sénat des États-Unis, Chuck Grassley, a fait prêter serment au juge en chef de la Cour suprême, John Roberts, chargé par la Constitution de présider le procès en destitution du président Donald Trump.

«Rien de mal»

Dans le plus grand silence, les sénateurs ont ensuite signé, par groupes de quatre, un «livre de serment» pour inscrire noir sur blanc leur engagement. L’audience a alors été ajournée jusqu’à mardi 13h, quand les débats débuteront véritablement.

«Le poids de l’histoire est sur nos épaules», a commenté le chef de la minorité démocrate au Sénat Chuck Schumer à la sortie de l’hémicycle.

Donald Trump, qui ne devrait pas comparaître en personne, est visé par deux chefs d’accusation : abus de pouvoir et entrave à la bonne marche du Congrès.

Selon l’acte d’accusation, il a demandé à l’Ukraine d’enquêter sur Joe Biden, son rival potentiel à la présidentielle de novembre, et exercé des pressions pour obtenir gain de cause, notamment en gelant une aide militaire cruciale pour ce pays en guerre avec la Russie.

Une fois ce chantage révélé, il a entravé l’enquête du Congrès, en interdisant à ses conseillers de témoigner ou de fournir des documents, assène encore le document.

Donald Trump a répété jeudi n’avoir «rien fait de mal», se posant à nouveau en victime d’une «mascarade bidon» orchestrée par les démocrates qui contrôlent la Chambre des représentants.

Les élus républicains, qui disposent eux de la majorité au Sénat, font jusqu’ici bloc autour de lui. Leur chef à la chambre haute, Mitch McConnell, a encore critiqué jeudi matin l’enquête menée par la Chambre, «une performance visiblement partisane».

Mais, a-t-il poursuivi, «l’heure de la Chambre est finie, c’est au tour du Sénat» et «cette assemblée existe pour que nous puissions [...] mettre de côté nos bas instincts».

Majorité des deux tiers 

Un haut responsable de l’administration a estimé que le procès ne devrait pas durer plus de deux semaines.

Pendant cette période, les 100 sénateurs devront assister aux audiences, sans sortir de la salle et en respectant le plus grand silence. S’ils ont des questions pour les parties, ils devront les poser par écrit à John Roberts, qui les lira à voix haute.

Adam Schiff, l’une des bêtes noires de Donald Trump, portera l’accusation. Chef de la commission du Renseignement de la Chambre, l’élu de 59 ans a supervisé l’enquête en destitution contre le président, qui l’a rebaptisé «Schiff le fourbe».

Pour obtenir la destitution, il lui faudrait une majorité des deux tiers à la chambre haute, soit rallier 20 sénateurs républicains, ce qui paraît impossible.

Hasard du calendrier : un organisme indépendant de contrôle du gouvernement a apporté jeudi de l’eau à leur moulin, en estimant que la Maison-Blanche avait «enfreint la loi» en suspendant les fonds destinés à l’Ukraine au cœur du scandale.

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UKRAINE: NOUVELLES DÉCLARATIONS EMBARASSANTES

NEW YORK — Donald Trump et d’autres responsables républicains accusés de tout savoir des pressions exercées sur l’Ukraine : les révélations d’un associé de Rudy Giuliani, l’avocat personnel du président américain, confortent le dossier d’accusation à l’ouverture de son procès en destitution jeudi.

Dans une interview mercredi soir à la chaîne MSNBC, Lev Parnas, homme d’affaires d’origine ukrainienne inculpé en octobre pour violation des lois sur le financement des campagnes électorales, a affirmé que le président savait tout des efforts que M. Parnas menait auprès des autorités ukrainiennes, avec un autre associé Igor Fruman, pour qu’elles compromettent Joe Biden, ex-vice président démocrate et candidat à la présidentielle 2020.

«Le président Trump savait exactement ce qui se passait, il était au courant de mes déplacements, je ne faisais rien sans le consentement de M. Giuliani ou du président», a notamment affirmé cet homme de 47 ans, son avocat à ses côtés, dans un revirement spectaculaire contre M. Giuliani et M. Trump.

M. Parnas a aussi certifié que M. Trump «avait menti» en affirmant ne pas le connaître.

«Nous n’étions pas amis [...] mais il savait exactement qui nous étions et en particulier qui j’étais, car j’ai interagi avec lui à de nombreuses reprises.»

M. Trump a néanmoins répété jeudi qu’il ne connaissait pas M. Parnas.

«Je ne le connais pas, je ne crois pas lui avoir déjà parlé», a indiqué le président américain depuis la Maison-Blanche, en reconnaissant que des photos avaient néanmoins pu être prises des deux hommes.

M. Parnas a aussi affirmé qu’il avait toujours été clair que ces pressions sur l’Ukraine étaient «entièrement» destinées à saper les chances de Joe Biden, et non pas à lutter contre la corruption, le principal argument de Donald Trump.

Surveillance illégale?

Dans d’autres entretiens au New York Times et à CNN, M. Parnas a assuré que plusieurs responsables républicains étaient au courant de ces pressions, traçant un cercle impliquant largement l’entourage du président.

M. Parnas a notamment impliqué le ministre de la Justice William Barr, l’élu californien Devin Nunes, numéro 2 de la commission du renseignement de la Chambre des représentants, et deux autres personnes liées au financement de la campagne de réélection de M. Trump.

Au même moment, les démocrates du Congrès rendaient publics des documents semblant étayer les pressions menées sur les autorités ukrainiennes, ainsi que les efforts de M. Giuliani et M. Parnas pour faire limoger l’ambassadrice américaine à Kiev Marie Yovanovitch, jugée anti-Trump.

M. Parnas, aujourd’hui citoyen américain, a plaidé non coupable aux chefs d’accusation retenus contre lui, pour lesquels il encourt 20 ans de prison.

Désormais prêt à coopérer avec les enquêteurs, il a déclaré au New York Times «regretter avoir fait trop confiance» à M. Giuliani et M. Trump. Catherine Triomphe, AFP