Le patron des Services de renseignements néerlandais, Onno Eichelsheim, la ministre néerlandaise de la Défense, Ank Bijleveld, et l’ambassadeur du Royaume-Uni aux Pays-Bas, Peter Wilson, ont dénoncé une série d’activités cybernétiques malveillantes de la Russie, jeudi, à La Haye.

Plusieurs pays, dont le Canada, accusent la Russie de cybercriminalité

BRUXELLES - Le Canada et plusieurs de ses alliés ont dénoncé jeudi «une série d’activités cybernétiques malveillantes réalisées par l’armée russe».

Affaires mondiales Canada a indiqué par voie de communiqué que ces «activités font partie d’un mode opératoire à plus grande échelle du gouvernement russe qui dévie nettement du cadre comportemental approprié, qui démontre un mépris pour le droit international et qui sape l’ordre international fondé sur des règles».

Certaines des activités en question ont un lien avec le Canada, poursuit Affaires mondiales Canada. En 2016, l’Agence mondiale antidopage (AMA) - une agence internationale indépendante siégeant au Canada - a révélé que le groupe de pirates informatiques «Fancy Bear/APT28» avait divulgué des renseignements confidentiels sur des athlètes sur son site Web. Le groupe avait obtenu illégalement ces renseignements en piratant le système d’administration et de gestion de l’AMA.

Également en 2016, le Centre canadien pour l’éthique dans le sport a été compromis par un logiciel malveillant qui a permis d’accéder sans autorisation au réseau du Centre.

Le gouvernement du Canada estime que le service du renseignement militaire russe, le GRU, est fort probablement responsable de ces deux attaques.

De son côté, la ministre néerlandaise de la Défense a accusé le GRU de tentative de cybercriminalité visant l’agence de surveillance des armes chimiques et l’enquête sur l’écrasement de la Malaysian Airlines en 2014, en Ukraine.

Les allégations néerlandaises surviennent au moment où des responsables britanniques accusent le GRU d’activités de plus en plus «effrontées» dans le monde entier et d’avoir tenté de dissimuler sa participation présumée à des événements comme l’empoisonnement par agent neurotoxique d’un ex-espion et la destruction du vol MH17 dans le ciel de l’Ukraine.

La Russie a toujours nié toute implication dans ces événements.

Les tentatives de piratage de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) par le GRU ont eu lieu en avril et ont été bloquées par les autorités, a révélé la ministre néerlandaise de la Défense, Ank Bijleveld.

Quatre officiers des services de renseignement russes ont été immédiatement expulsés des Pays-Bas, a-t-elle dit. Aux États-Unis, le département de la Justice a déposé des accusations contre sept agents russes.

S’exprimant au sujet des tentatives de piratage informatique menées par la Russie dans le cadre de l’enquête sur l’accident MH17, elle a déclaré: «Nous sommes conscients de l’intérêt des services de renseignement russes pour cette enquête et avons pris les mesures appropriées.»

«Nous restons très vigilants à ce sujet», a-t-elle assuré.

L’ambassadeur du Royaume-Uni aux Pays-Bas, Peter Wilson, a prévenu que le GRU ne sera plus autorisé à agir en toute impunité. Londres accuse l’unité secrète du renseignement militaire d’être responsable de l’empoisonnement avec un agent neurotoxique de l’ancien espion Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia en mars, dans la ville anglaise de Salisbury.

Il a ajouté que les actions de la Russie contre l’OIAC, qui est basée aux Pays-Bas, ont eu lieu alors que l’agence effectuait une analyse indépendante de l’agent neurotoxique utilisé contre les Skripals. Le gouvernement du Canada estime lui aussi que le GRU est fort probablement responsable de cette tentative.

«Les incidents que dénoncent le Canada et ses alliés, notamment la tentative du GRU de saper le travail de l’OIAC, mettent en évidence le fait que le gouvernement russe agit au mépris de l’ordre international fondé sur des règles, du droit international et des normes établies», affirme Affaires mondiales Canada.

La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a rejeté jeudi les nouvelles accusations, les qualifiant de «grands fantasmes».

«État paria»

Un peu plus tôt, le ministre britannique à la Défense, Gavin Williamson, avait décrit une série de cyberattaques mondiales imputées à la Russie comme étant les gestes irresponsables d’un «État paria», affirmant que le Royaume-Uni et ses alliés de l’OTAN découvriraient de telles activités à l’avenir.

«Là où la Russie agira sans discernement et sans se soucier de ses cyberattaques, nous les exposerons», a déclaré M. Williamson aux journalistes réunis à Bruxelles lors de discussions avec le secrétaire américain à la Défense, Jim Mattis, et leurs homologues de l’OTAN.

Des responsables britanniques et australiens avaient précédemment accusé la GRU d’être à l’origine d’une vague de cybercriminalité mondiale. Le National Cyber Security Centre britannique attribue quatre nouvelles attaques au GRU, ainsi que des cyberattaques antérieures.

L’agence gouvernementale mentionne les attaques contre l’Agence mondiale antidopage, les systèmes de transport ukrainiens, la course à la présidence américaine de 2016 et d’autres causes comme étant très probablement l’oeuvre du GRU.

Un peu plus tôt, le premier ministre australien, Scott Morrison, et sa ministre des Affaires étrangères, Marise Payne, avaient publié une déclaration commune selon laquelle les agences de renseignement australiennes ont convenu que le GRU «est responsable de cette tendance à la cyberactivité malveillante».