Les manifestants étaient nombreux samedi à poursuivre la mobilisation contre la condamnation des leaders catalans.

Nuit plus calme à Barcelone après le chaos de la veille

BARCELONE — Après de violents affrontements ayant fait plus de 180 blessés vendredi, la tension a nettement baissé en Catalogne samedi au sixième jour de la mobilisation contre la condamnation de dirigeants séparatistes pour leur rôle dans la tentative de sécession de 2017.

Dans ce contexte, le président indépendantiste catalan Quim Torra a exigé l'ouverture de «négociations sans conditions» pour trouver une issue au conflit mais s'est vu opposer une fin de non recevoir par le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez, sous pression à trois semaines des élections législatives du 10 novembre.

Sur la place Urquinaona, épicentre des violences de vendredi soir, 6000 personnes, selon la police municipale, se sont réunies à l'appel de la gauche indépendantiste radicale pour protester contre la «répression policière», scandant «les forces d'occupation, dehors!» à la police encerclant la zone.

Afin d'éviter les violences, qui ont fait près de 600 blessés dans la région depuis lundi, des dizaines d'indépendantistes ont formé une chaîne humaine entre le cordon policier et les manifestants.

«Je rejette toutes les formes de violences, je suis venue ici pour qu'il y ait la paix», a expliqué à l'AFP Carmen Fernandez, 65 ans.

Malgré leurs efforts, des groupes d'émeutiers ont mis le feu à du mobilier urbain pour en faire des barricades, notamment sur les célèbres Ramblas, avant d'être dispersés par les charges et les tirs de projectiles en mousse de la police.

Durant la journée, des militants indépendantistes ont aussi coupé de nombreuses routes, dont l'autoroute AP7 vers la France.

Chaos

Vendredi soir, au terme d'une manifestation pacifique ayant réuni plus d'un demi-million de séparatistes, Barcelone a été plongée dans le chaos après de violents affrontements entre agents anti-émeutes et radicaux au visage masqué qui ont fait 152 blessés.

Au total dans la région, 182 personnes ont été blessées vendredi, le plus lourd bilan depuis le début des manifestations déclenchées par la condamnation lundi à des peines de 9 à 13 ans de prison de neuf dirigeants indépendantistes pour leur rôle dans la tentative de sécession de 2017.

Les troubles ont commencé lundi avec le blocage de l'aéroport de Barcelone par 10 000 personnes et se sont poursuivis à partir de mardi dans le centre de Barcelone et dans d'autres villes catalanes.

Environ 300 personnes ont été interpellées en Catalogne depuis lundi, selon le ministère de l'Intérieur.

Samedi, des manifestations contre la condamnation des leaders catalans ont également eu lieu à Saint-Sébastien (nord) et à Madrid, où des heurts ont éclaté entre manifestants et policiers, faisant 26 blessés, selon les services de secours de la capitale espagnole.

Sanchez sous pression

À moins d'un mois des élections législatives du 10 novembre, l'embrasement de la Catalogne met sous pression le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez, qui a dépêché samedi son ministre de l'Intérieur à Barcelone.

Le président catalan séparatiste Quim Torra a exigé de Sanchez la tenue de «négociations sans conditions», c'est-à-dire sans exclure la possibilité de discuter d'un référendum d'autodétermination.

Il s'est aussitôt vu opposer une fin de non-recevoir par le gouvernement, qui lui a demandé de «condamner fermement la violence».

Les partis de droite ont exhorté de nouveau M. Sanchez à prendre des mesures drastiques pour rétablir l'ordre en Catalogne.

Le conservateur Pablo Casado a promis que son Parti populaire «serait la digue de contention face au défi séparatiste», tandis que Ciudadanos (centre-droit), qui a convoqué une manifestation dimanche à Barcelone, a réclamé la destitution du président catalan, qualifié de «danger public».

«L'État n'est pas débordé», a assuré le ministre de l'Intérieur Fernando Grande-Marlaska.

Nées de la frustration d'une partie de la base indépendantiste, deux ans après l'échec de la tentative de sécession de 2017, les violences apparues depuis lundi ont marqué un tournant pour le mouvement séparatiste, qui s'est toujours targué d'être non-violent.