Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu est au pouvoir sans interruption depuis 10 ans.

Netanyahu menacé, Israël dans une nouvelle impasse politique

JÉRUSALEM — Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu apparaît menacé mercredi au lendemain d'élections législatives qui le placent à égalité avec son rival Benny Gantz, et surtout incapable de former un gouvernement, ouvrant ainsi la voie à des tractations douloureuses pour accoucher d'une coalition.

Preuve de l'importance de ces discussions en coulisses, M. Netanyahu a annulé mercredi son déplacement prévu dans les prochains jours à l'Assemblée générale de l'ONU en raison du «contexte politique» local, selon des sources officielles.

En marge des discussions à l'ONU, M. Netanyahu devait s'entretenir avec son «ami» Donald Trump d'un possible traité de défense commune.

Mais le premier ministre israélien, au pouvoir sans interruption depuis 10 ans, est retenu chez lui car il risque, après avoir joué son va-tout dans les élections de mardi, de perdre sa mise pour une rare fois dans sa longue carrière politique.

Après plus de 90 % des bulletins dépouillés, son parti Likoud et la formation centriste Kahol Lavan («Bleu-blanc») de M. Gantz obtiennent respectivement 31 et 32 sièges sur les 120 de la Knesset, le Parlement, et ne parviennent pas à franchir le seuil des 61 députés pour obtenir une majorité, même avec leurs alliés.

«Nous allons attendre les résultats finaux (...) et souhaiter à Israël un gouvernement d'union», a déclaré M. Gantz.

Malgré l'incertitude, le chef de la diplomatie palestinienne Riyad al-Maliki, en visite à Oslo, a indiqué que l'Autorité palestinienne est «prête à s'asseoir» avec le futur premier ministre «pour relancer les négociations» entre Israéliens et Palestiniens, au point mort depuis 2014.

Si M. Gantz plaide pour «un large gouvernement d'union exprimant la volonté du peuple» et s'est dit disposé à parler «avec tout le monde», M. Netanyahu maintient une ligne dure. Il s'est réuni avec les dirigeants de plusieurs petits partis afin de constituer un «bloc» unitaire de droite.

Israël fait face à deux options, a-t-il dit : «soit un gouvernement que je dirige, soit un gouvernement dangereux qui repose sur les partis arabes.»

«Dans ces temps où nous faisons face à d'immenses défis sécuritaires et politiques (...) il faut tout faire pour barrer (la route à) un gouvernement dangereux», a ajouté M. Netanyahu.

Fin de «l'ère Netanyahu»?

En Israël, le président consulte les députés élus qui lui recommandent un chef de gouvernement.

Or les partis arabes, hostiles à M. Netanyahu et qui sont en passe de s'imposer comme la troisième force politique à la Knesset, avec 13 sièges, ont déjà suggéré qu'ils allaient s'opposer à sa désignation, sans confirmer s'ils allaient soutenir celle de son rival.

«L'ère Netanyahu s'est achevée», a ainsi déclaré Ahmed Tibi, l'un des ténors de la «Liste unie» des partis arabes. «Si Benny Gantz appelle, nous lui communiquerons nos conditions» pour le soutenir, a-t-il ajouté.

Le Likoud et le parti Bleu-blanc doivent négocier entre eux, et/ou avec d'autres formations, afin de pouvoir penser à former un nouveau gouvernement et éviter le scénario du printemps, lorsque M. Netanyahu avait été incapable de former une coalition à l'issue d'élections déjà âprement disputées.

Résultat, il avait dissous le Parlement et convoqué un nouveau scrutin, celui de mardi, espérant faire bouger les plaques tectoniques de la politique israélienne pour s'imposer à la tête d'un nouveau gouvernement de droite. Mais sans le succès escompté.

L'issue de ce second scrutin est d'autant plus cruciale pour M. Netanyahu qu'il intervient avant sa comparution devant la justice le 3 octobre pour des affaires de «corruption», «d'abus de confiance» et de «malversations», et qu'il cherche à obtenir une immunité du Parlement.

Outre l'ascension des partis arabes, les élections de mardi ont eu l'effet d'une victoire pour la formation Israël Beitenou dirigée par l'ancien ministre Avigdor Lieberman, devenu «faiseur de rois».

«Maladie de la haine»

Pour l'instant «non-aligné», M. Lieberman est crédité de 9 sièges qui pourraient faire pencher la balance. Il a appelé à la formation d'un «gouvernement d'union nationale», mais cette fois sans les partis religieux ou arabes.

«Il n'y a qu'une option pour nous et c'est la formation d'un large gouvernement d'union nationale et libéral avec Israël Beitenou, le parti Bleu-blanc et le Likoud», a déclaré M. Lieberman.

Ce dernier a mené sa campagne contre les partis juifs ultra-orthodoxes, alliés du Likoud, qu'il accuse de vouloir faire d'Israël un État religieux. Outre les partis ultra-orthodoxes, M. Lieberman a aussi tiré à boulets rouges ces dernières années sur les formations arabes.

«Israël a un problème (...) Nous avons été atteints de la maladie de la haine (...) Certaines personnes veulent voir les divisions s'accentuer entre la droite et la gauche, mais c'est précisément de cette façon que la maladie croît», notait mercredi le journal Yediot Aharonot.

«Mais un gouvernement étriqué, qu'il soit de droite ou de gauche, ne fera que renforcer le problème et rendre Israël plus vulnérable. Nous avons besoin d'un (...) gouvernement d'union».

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LES PALESTINIENS DIVISÉS SUR UN PROCHAIN GOUVERNEMENT ISRAÉLIEN

OSLO — Le président palestinien Mahmoud Abbas s’est prononcé mercredi contre un nouveau gouvernement israélien conduit par Benjamin Netanyahu, tandis que son chef de la diplomatie se disait prêt à dialoguer avec le futur Premier ministre israélien, quel qu’il soit.

«Notre position : contre Netanyahu», a répondu M. Abbas, interrogé lors d’une visite à Oslo sur ses préférences concernant la direction du prochain cabinet israélien.

Le premier ministre israélien sortant est arrivé à égalité avec son rival Benny Gantz aux élections législatives qui se sont tenues en Israël mardi, et n’apparaît pas en mesure de former un cabinet, ouvrant ainsi la voie à des tractations douloureuses pour accoucher d’une coalition.

Les propos de M. Abbas contrastent avec ceux, plus conciliants, du chef de la diplomatie palestinienne, Riyad al-Maliki, également présent dans la capitale norvégienne.

«Quel que soit (le responsable) capable de former un gouvernement, nous sommes prêts à nous asseoir avec lui ou elle pour relancer les négociations», a déclaré M. al-Maliki à des journalistes.

«Lorsque les Israéliens se seront mis d’accord pour constituer un gouvernement, ils verront que nous sommes prêts à négocier sur les bases du droit international et des résolutions des Nations unies», a souligné M. al-Maliki.

Le chef de la diplomatie palestinienne a par ailleurs réaffirmé l’attachement de l’Autorité palestinienne à une solution à deux États, israélien et palestinien, vivant côte à côte, une perspective menacée par les promesses de campagne de M. Netanyahu.

Ce dernier avait en effet annoncé la semaine dernière son intention d’annexer les colonies juives de la vallée du Jourdain s’il était réélu.

S’il avait précisé que cette annexion ne comprendrait pas les villes palestiniennes, par exemple Jéricho, celles-ci seraient alors en réalité encerclées.

L’ONU a mis en garde contre ce projet, qui «serait dévastateur pour la possibilité de relancer les négociations, la paix régionale et l’essence même d’une solution à deux États».

La visite de MM. Abbas et al-Maliki à Oslo intervient en amont d’une réunion la semaine prochaine à New York du groupe des donateurs pour la Palestine (AHLC), présidé par la Norvège.