Le président français, Emmanuel Macron, déplore notamment qu’il n’y ait «aucune coordination de la décision stratégique des États-Unis avec les partenaires de l’OTAN».

Macron juge l’OTAN en état de «mort cérébrale»

PARIS — Le président français Emmanuel Macron a jugé l’OTAN en état de «mort cérébrale» dans un entretien publié jeudi, déplorant le manque de coordination entre les États-Unis et l’Europe et le comportement unilatéral de la Turquie en Syrie, membre de l’Alliance atlantique.

La chancelière allemande Angela Merkel a réagi en admettant des problèmes sans partager la vision «radicale» d’Emmanuel Macron. États-Unis et Canada ont souligné l’importance de l’OTAN. Quand à la Russie, elle a salué un diagnostic «sincère» et des «paroles en or».

«Ce qu’on est en train de vivre, c’est la mort cérébrale de l’OTAN», a déclaré le chef de l’État français dans une interview à l’hebdomadaire The Economist à paraître vendredi.

«Vous n’avez aucune coordination de la décision stratégique des États-Unis avec les partenaires de l’OTAN et nous assistons à une agression menée par un autre partenaire de l’OTAN, la Turquie, dans une zone où nos intérêts sont en jeu, sans coordination», a-t-il souligné, en référence à l’intervention militaire turque en Syrie. «Ce qui s’est passé est un énorme problème pour l’OTAN».

Il faut «clarifier maintenant quelles sont les finalités stratégiques de l’OTAN», a-t-il ajouté, plaidant à nouveau pour «muscler» l’Europe de la défense, à un mois d’un sommet de l’Alliance prévu à Londres début décembre.

M. Macron s’interroge en particulier sur l’avenir de l’Article 5 du traité atlantique, qui prévoit une solidarité militaire entre membres de l’Alliance si l’un d’entre eux est attaqué.

«C’est quoi l’Article 5 demain? Si le régime de Bachar al-Assad décide de répliquer à la Turquie, est-ce que nous allons nous engager? C’est une vraie question», estime-t-il.

«Nous nous sommes engagés pour lutter contre Daech [acronyme du groupe État islamique]. Le paradoxe, c’est que la décision américaine [de retrait du nord de la Syrie] et l’offensive turque dans les deux cas ont un même résultat : le sacrifice de nos partenaires sur le terrain qui se sont battus contre Daech, les Forces démocratiques syriennes [FDS]», regrette-t-il.

Trudeau défend l’organisation

Appelé à commenter les propos du président Macron, le premier ministre canadien Justin Trudeau a déclaré que «l’OTAN continue de jouer un rôle extrêmement important non seulement dans l’Atlantique Nord, mais également dans le monde en tant que groupe de pays qui se rassemblent pour partager des valeurs, qui partagent un engagement pour leur sécurité commune».

«Et très franchement, le fait que le Canada ait su faire preuve d’un leadership important tant à Bagdad à la tête de la mission de formation en Irak que sur le front est de l’OTAN en Lettonie. [Ce] sont des exemples où l’OTAN a toujours un rôle important à jouer.»

Le Canada compte actuellement environ 250 formateurs militaires engagés dans une mission de l’OTAN pour former des militaires locaux en Irak et 600 autres soldats qui participent à une mission de l’OTAN en Lettonie visant à lutter contre l’agression russe dans les pays baltes. Avec La Presse canadienne