Le Canada souhaite collaborer avec différents pays pour promouvoir l’utilisation pacifique de l’espace.

L'OTAN et les Américains ne s'entendent pas sur la militarisation de l'espace

OTTAWA — L’OTAN s’est tournée la semaine dernière vers l’espace lorsque ses membres ont officiellement reconnu le cosmos comme faisant partie intégrante de leur périmètre de sécurité mutuelle. Ils ont convenu de renforcer les moyens de défense de leurs satellites et autres infrastructures spatiales contre les attaques d’éventuels ennemis bien terrestres.

Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a insisté sur le fait que la mesure était purement défensive. L’organisation ne songe pas encore à mettre en orbite des systèmes d’armes. Cette position est nettement différente de celle des États-Unis qui se préparent à mener une future guerre dans la banlieue de la Terre.

Ces points de vue divergents entre l’alliance et son membre le plus important sont à bien des égards emblématiques des défis que doit relever le Canada dans le domaine spatial.

«En raison de l’alliance du Canada avec les États-Unis, des pressions pourraient être exercées pour que nous adoptions une ligne très similaire à celle des Américains, souligne le directeur général de l’Institut de droit aérien et spatial (IDAS) de l’Université McGill, David Kuan-Wei Chen. Je pense que nos dirigeants politiques et le ministère de la Défense nationale ont jusqu’à maintenant résisté à cela.»

En 2017, le gouvernement fédéral énonçait une politique globale au sujet des opérations spatiales des Forces armées canadiennes, reconnaissant leur importance pour la paix, la sécurité et la prospérité du pays. On soulignait la nécessité de protéger les satellites et autres actifs.

Le gouvernement reconnaissait aussi la nécessité de collaborer avec les partenaires du Canada au sein du Groupe des Cinq (États-Unis, Royaume-Uni, Australie et Nouvelle-Zélande) «dans le but de renforcer la dissuasion, d’améliorer la résilience des systèmes spatiaux dont dépendent les forces armées du Groupe des Cinq».

Le Canada souhaite collaborer avec d’autres pays pour «promouvoir l’utilisation pacifique de l’espace et être un chef de file de l’élaboration de normes internationales pour le comportement responsable dans l’espace» tout en appuyant les efforts diplomatiques internationaux «pour garantir que l’espace ne devienne pas une zone de conflit».

«Certains membres de l’OTAN, dont le Canada, sont farouchement opposés à l’idée de mener un conflit dans l’espace, mentionne M. Kuan-Wei Chen, qui supervise l’élaboration d’un manuel traitant du droit international et de l’utilisation de la force militaire dans l’espace. Le Canada est devenu un chef de file en tentant d’établir des principes fondamentaux ou des normes pour les opérations spatiales afin de garantir que l’espace est utilisé à des fins pacifiques.»

En juillet, le gouvernement fédéral a appelé à de nouvelles idées et de nouveaux moyens techniques pour protéger les satellites canadiens contre les menaces naturelles, comme les tempêtes solaires ou les débris spatiaux ainsi que contre des cyberattaques, le brouillage de signaux, les lasers et les missiles.

La mesure se veut défensive. Le gouvernement ne souhaite que rendre les satellites militaires et civils canadiens plus aptes à résister aux menaces. Pour le moment, rien n’indique que le gouvernement envisage d’acquérir des capacités spatiales offensives.

Selon M. Stoltenberg, la reconnaissance de l’OTAN de l’espace d’un point de vue opérationnel, au même titre que les forces aériennes, terrestres, marines et informatiques, reflétait son importance croissante pour la paix, la sécurité et la prospérité de la planète.

«L’espace devient de plus en plus important pour nos opérations et missions militaires, a-t-il déclaré. Cela concerne également la vulnérabilité, la résilience de nos sociétés civiles, car l’espace est très important pour la navigation, les communications et bien d’autres choses.»

Cela ne signifie toutefois pas que l’OTAN ait l’intention de placer des armes dans l’espace, a-t-il ajouté. «Nous sommes une alliance défensive et notre approche restera pleinement conforme au droit international.»

Ce point de vue s’oppose à celui du gouvernement américain pour qui l’espace est «un domaine de la guerre».

«Je suis convaincu qu’à l’avenir, si nous devions entrer en conflit avec un concurrent proche ou proche, nous devrons nous battre pour la supériorité de l’espace», a dit le général John Raymond, le patron du US Space Command, la semaine dernière.

Le général Raymond a poursuivi en insistant sur le fait que les États-Unis ne veulent pas mener une guerre dans l’espace et que son approche repose davantage sur la dissuasion que sur la provocation. Cette distinction n’a guère apaisé certains experts qui craignent la militarisation de l’espace.