Les Canadiens étaient débarqués sur la plage portant le nom de code Juno, devant les communes de Courseulles-sur-Mer, Bernières-sur-Mer et Saint-Aubin-sur-Mer, au prix de 359 morts et 574 blessés.

Les plages du Jour J pas encore inscrites au Patrimoine mondial

OTTAWA — Les plages de Normandie, où les Alliés sont débarqués le 6 juin 1944 pour amorcer la libération de l’Europe occidentale du régime nazi, sont largement considérées par les vétérans et les historiens comme des terres sacrées.

Pourtant, ces plages que les soldats américains, britanniques et canadiens ont traversé malgré la terrible mitraille allemande ne font pas partie de la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO.

Les Canadiens étaient débarqués sur la plage portant le nom de code Juno, devant les communes de Courseulles-sur-Mer, Bernières-sur-Mer et Saint-Aubin-sur-Mer, au prix de 359 morts et 574 blessés.

Ce n’est pas faute d’avoir essayé de convaincre l’UNESCO. La France a présenté une demandé en 2014.

La demande demeure dans les limbes, réduisant à néant l’espoir qu’elle sera acceptée à temps pour commémorer le 75e anniversaire du Jour-J.

Serge Durflinger est l’un de ceux qui croient fermement que les plages du Jour-J sont «incontestablement importantes» et respectent les normes très strictes de l’UNESCO pour figurer au Patrimoine mondial.

Le professeur d’histoire de l’Université d’Ottawa fait partie d’une équipe d’experts internationaux composée d’archéologues, de géologues et de nombreux autres spécialistes mise sur pied par le gouvernement français pour l’appuyer dans ses démarches.

«La bataille de Normandie et le Jour-J ont impliqué des gens provenant de plusieurs dizaines de pays, tous engagés vers un même objectif: amener des troupes dans cette petite région côtière de France pour ce qui allait être le début de la fin de l’Allemagne nazie, soutient-il. Tous ont uni leurs efforts pour mener à bien l’une des plus importantes et l’une des plus mémorables opérations militaires de l’histoire. C’est une réussite scientifique et ses vestiges sont bien réels.»

L’ajout des plages à la liste de l’UNESCO permettrait aussi de commémorer encore plus la mémoire de ceux qui s’y sont battus et qui y ont sacrifié leur vie. Elle donnerait au Jour-J «un sceau d’approbation international», selon M. Durflinger.

«La notion de ce qui s’est passé là-bas ne serait pas limitée aux pays anglo-saxons comme la Grande-Bretagne, les États-Unis et le Canada, a-t-il souligné. Quelque chose de très, très important s’est déroulé, pas seulement pour les pays dont les soldats ont débarqué sur les plages de Normandie, mais pour l’ensemble de la planète.»

Selon le directeur général du Centre Juno Beach, Mike Bechtold, la désignation des plages de Normandie sur la liste de l’UNESCO les protégerait davantage contre le développement et attirerait plus de touristes.

«On estime que le nombre de visiteurs augmenterait de 10 à 25 pour cent si les lieux étaient inscrits au Patrimoine mondial. Ce n’est pas négligeable», a-t-il fait valoir.

Le comité de l’UNESCO chargé d’examiner les demandes a décidé l’an dernier de prendre du recul devant la candidature des plages normandes. Il souhaite trouver une façon d’étudier les «sites associés à la mémoire des conflits récents». Une rencontre à ce sujet est prévue... l’an prochain.

M. Durflinger mentionne que cette décision faisait suite à une vague de candidatures présentées par différents pays pour commémorer des champs de bataille.

Quelques sites de la Deuxième Guerre mondiale ont été ajoutés à la liste du Patrimoine mondial, notamment le dôme de Genbaku d’Hiroshima - où explosa la première bombe atomique - et le camp d’extermination nazi d’Auschwitz-Birkenau, en Pologne.

«Il y avait des précédents, a rappelé Durflinger. Si on regarde les nombreux sites inscrits, il y a beaucoup de zones grises et de précédents pour toutes sortes de choses.»

Le gouvernement français n’a pas répondu aux demandes d’entrevue. Un responsable de l’UNESCO a transmis les questions au comité qui étudie les candidatures. Quant au gouvernement canadien, il n’a pas répondu à la question de savoir s’il avait soutenu la candidature des plages normandes.