Des Parisiens devant une œuvre d’art, intitulée «Ceci n’est pas une ordonnance». Les cafés, bars et restaurants rouvriront avec certaines restrictions la semaine prochaine.
Des Parisiens devant une œuvre d’art, intitulée «Ceci n’est pas une ordonnance». Les cafés, bars et restaurants rouvriront avec certaines restrictions la semaine prochaine.

Les cafés rouvrent en France, lent redressement de l’économie en vue aux États-Unis

WASHINGTON — Des glaces à Rome et bientôt des cafés en terrasse à Paris: l’Europe a poursuivi jeudi son déconfinement grâce à la décrue de la pandémie de coronavirus, contrastant avec de nouveaux records battus en Amérique latine et le lourd bilan de plus de 101 000 morts aux États-Unis.

À genoux, l’économie américaine a toutefois semblé jeudi entamer un lent redressement avec la première baisse, depuis le début de la crise de la COVID-19, du nombre de chômeurs indemnisés.

Mais il reste à un niveau historiquement élevé: 41 millions d’Américains ont pointé au chômage — parfois temporairement — depuis l’adoption, mi-mars, des mesures massives de confinement dans ce pays le plus endeuillé du monde par la pandémie.

En France, le premier ministre Edouard Philippe a annoncé, à la faveur de «bons» résultats sanitaires, la réouverture notamment des cafés et des restaurants à partir du 2 juin, mais avec des restrictions, en particulier à Paris.

«La liberté enfin va redevenir la règle et l’interdiction constituera l’exception», a-t-il déclaré.

Au même moment, une flambée de nouveaux cas en Corée du Sud et au Sri Lanka illustre les risques de résurgence de la pandémie.

Apparue en décembre en Chine, elle a fait plus de 359 000 morts, et plus de 5,8 millions de malades ont été diagnostiqués dans le monde, selon un décompte établi par l’AFP à partir de sources officielles.

Les États-Unis ont recensé jeudi 1297 nouveaux décès dus au coronavirus en 24 heures, selon le comptage quotidien de l’Université Johns Hopkins, qui fait référence, à 20h30 jeudi.

Cela porte à 101 573 le nombre total de morts déplorés dans le pays, de loin le plus endeuillé par la pandémie, la barre symbolique des 100 000 morts ayant été franchie la veille.

Après avoir tweeté et retweeté plus d’une quarantaine de fois sur d’autres sujets depuis le franchissement de ce seuil, sans y faire allusion, le président Donald Trump a présenté jeudi ses condoléances aux proches des personnes décédées du virus. Depuis le premier mort de la COVID-19 annoncé fin février, les États-Unis ont enregistré plus de 1,7 million de cas, selon le comptage actualisé en continu de l’Université Johns Hopkins.

Les experts, dont l’immunologiste Anthony Fauci, conseiller de la Maison-Blanche, s’accordent toutefois pour dire que ces bilans officiels sont vraisemblablement en dessous de la réalité.

Séoul rétablit des restrictions

Jeudi, les nouveaux cas en Corée du Sud et au Sri Lanka ont ravivé les inquiétudes sur la possible «deuxième vague» de contamination, que redoutent tous les pays.

En Corée, 79 nouveaux cas ont été détectés en une journée, chiffre le plus élevé depuis le 5 avril. Les autorités coréennes, dont la réponse à la pandémie a été érigée en modèle d’efficacité, ont immédiatement rétabli des restrictions qu’elles avaient récemment levées.

Au Sri Lanka, des mesures ciblées de confinement vont être remises en place, après que 252 Sri Lankais d’un groupe de 460 rentrés dans la semaine du Koweït ont été testés positifs.

De nouveaux cas ont également été découverts dans une base navale, près de Colombo, où 771 marins et leurs proches ont été testés positifs, soit près de la moitié des 1524 cas recensés au niveau national.

Plus de 175 000 morts en Europe

En Europe, où plus de 175 000 personnes ont déjà succombé à la maladie, le mouvement de déconfinement s’accélère à la faveur d’indicateurs à la baisse dans tous les pays.

La Commission européenne a dévoilé mercredi un plan de relance exceptionnel de 750 milliards d’euros (1,16 milliard $), le plus grand jamais visé par les 27. Reste cependant encore à en négocier les termes.

Les premiers bénéficiaires seraient deux pays particulièrement endeuillés par la pandémie, l’Italie et l’Espagne.

En France, le premier ministre a détaillé la deuxième phase du plan de déconfinement.

Dès le 2 juin seront levées les restrictions de déplacements à l’intérieur du pays et cafés, bars et restaurants, fermés depuis le 15 mars, pourront rouvrir sous conditions, sauf en région parisienne où seules les terrasses pourront accueillir des clients.

Le même jour, musées et monuments seront autorisés à rouvrir partout en France. Le masque y sera obligatoire, comme dans les théâtres et cinémas. Piscines et salles de sport vont également rouvrir progressivement, ainsi que les établissements scolaires du pays.

Mais les rassemblements restant limités à 10 personnes maximum, les grands événements sont toujours suspendus.

Le premier ministre britannique Boris Johnson a annoncé jeudi un nouvel assouplissement du confinement dès la semaine prochaine en Angleterre.

Les pays du sud de l’Europe, où le tourisme représente une part importante du PIB, annoncent également les uns après les autres la fin des mesures restrictives.

Rome plaide pour que le 15 juin soit adopté dans toute l’UE comme date de réouverture des frontières intérieures.

Urgence en Amérique latine

Au Brésil par contre, l’urgence reste de tenter de contrôler la pandémie. Le pays a dépassé mercredi pour la cinquième fois 1000 morts en une journée (1086 mercredi).

Pourtant l’État de São Paulo, poumon de l’économie brésilienne, a annoncé «la reprise raisonnée de certaines activités économiques» à partir de lundi. Les hôpitaux de cet État sont actuellement dangereusement proches de la saturation, mais ce redémarrage sera affiné selon la situation sanitaire de chaque municipalité.

Le Pérou voisin, entre autres pays latino-américains durement touchés, a battu mercredi son record de décès (195).

Dans toute l’Amérique latine, la pandémie se propage notamment dans les bidonvilles où des millions d’habitants sont dans l’impossibilité de respecter les mesures préventives, au risque de mourir de faim.

La Russie de son côté a dépassé jeudi le seuil des 4000 décès officiellement dus au coronavirus, et annoncé voir se confirmer le ralentissement du nombre quotidien de nouvelles contaminations.

Mais à Saint-Pétersbourg, deuxième ville du pays et deuxième site le plus touché après Moscou et sa région, de nombreux malades du coronavirus continuent d’affluer, selon plusieurs sources.

Dans le secteur du transport aérien, saigné à blanc avec des avions cloués au sol dans le monde entier, la compagnie britannique EasyJet a annoncé jeudi la suppression de 4500 postes et la compagnie nationale koweïtienne le licenciement de 1500 expatriés.

Dans l’automobile, Nissan a annoncé la fermeture de son usine de Barcelone, qui emploie quelque 3000 personnes, tandis que Renault envisage la suppression d’environ 15 000 emplois dans le monde, dont 4600 en France, selon des sources proches concordantes.

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Dans un marché à Mexico, des employés d’un marché d’alimentation nettoient les bâches de plastique protégeant la marchandise.

MEXIQUE: DES RUMEURS DÉCLENCHENT DES VIOLENCES

Une mairie et plusieurs bâtiments ont été attaqués jeudi lors d’une vague de violences dans un village indigène au Mexique, à la suite de rumeurs autour du coronavirus propagées sur Facebook, ont indiqué les autorités locales.

«Une trentaine de personnes environ, 30 vulgaires délinquants ont essayé de tromper les gens à Venustiano Carranza en leur faisant croire que le problème de la COVID-19 n’existait pas», a déclaré le gouverneur de l’État du Chiapas, Rutilio Escandón, dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux.

À l’origine de cette attaque contre la mairie, un local commercial et trois maisons, des affirmations sur Facebook, relayées par des médias locaux, selon lesquelles «le coronavirus n’existe pas» et qu’un drone avait été abattu dimanche alors qu’il répandait une poudre blanche asséchant les poumons.

Ce texte, truffé d’allusions politiques, évoquait alors une «attaque chimique» commanditée par les autorités régionales contre l’ethnie tzotzil.

Ce n’est pas la première vague de violences enregistrée au Mexique depuis le début de l’épidémie. D’autres troubles ont eu lieu dans des localités situées dans les États du Michoacán et de l’Oaxaca à l’occasion d’opérations de désinfection.

Avec 120 millions d’habitants, le Mexique est le deuxième pays d’Amérique latine avec le plus grand nombre de morts après le Brésil, qui enregistre plus de 9000 décès.  AFP