Des agents d'immigration interviennent dans un dépanneur à Los Angeles.

Les autocars Greyhound, «pièges roulants» pour sans-papiers

LOS ANGELES — Voyager dans un bus de la société d'autocars Greyhound aux États-Unis peut relever d'un «piège roulant» pour les sans-papiers, dénonce mercredi l'association de défense des droits civiques ACLU.

«Les agents de la police des frontières, avec l'accord de Greyhound, organisent des contrôles surprise auprès des passagers, les questionnant sur leur citoyenneté et leurs itinéraires. Dans beaucoup de cas, à l'image d'États policiers, les agents demandent à voir “les papiers” des voyageurs", déplore ACLU dans un communiqué, précisant avoir écrit au transporteur pour s'opposer à ces pratiques.

«Ces descentes de police sans mandat, qui ont augmenté rapidement l'an dernier, sont contraires aux droits constitutionnels des voyageurs et relèvent clairement de discrimination raciale», ajoute l'ONG, allusion à la politique anti-immigration de l'administration du président républicain Donald Trump.

«Le travail de Greyhound est de transporter en sécurité ses passagers d'un endroit à un autre», «pas de les soumettre à des interrogatoires intimidants, à des fouilles sans motif, des arrestations sans mandats et la crainte d'expulsions», s'insurge Jennie Pasquarella, directrice des droits des immigrés pour ACLU en Californie.

Greyhound est la société d'autocars la plus connue des États-Unis, et dessert plus de 3800 destinations en Amérique du Nord et au Mexique.

Chaussures «suspectes»

L'ACLU cite des exemples d'intervention de la police de l'immigration dans des bus Greyhound, notamment «un résident de Los Angeles interpellé à Indio (trois heures à l'est de Los Angeles) sans aucune raison lorsqu'il embarquait dans un bus à part que ses “chaussures avaient l'air suspect” comme quelqu'un qui venait de traverser la frontière à pied».

«Le passager a été détenu jusqu'à lui faire rater son bus», précise l'ACLU.

La police des frontières (CBP) a réagi en notant que ses «agents ont beaucoup de latitude pour intervenir» et «ont autorité pour questionner des individus, les arrêter et prélever des preuves» et embarquer dans «tout véhicule» dans un rayon de 160 km autour de la frontière canadienne ou mexicaine.

D'après l'ACLU, Greyhound aurait toutefois le droit de refuser aux agents du CBP d'embarquer. L'ONG prévoit vendredi une vaste journée d'information des clients de Greyhound et distribuera dans les stations du transporteur des dépliants d'information sur les droits des voyageurs.

Interrogée par l'AFP, Greyhound a répondu avoir «reçu la lettre de l'ACLU et prévoir d'y répondre». «Nous comprenons leurs inquiétudes, mais Greyhound est forcé de respecter la loi».

Le transporteur routier dit avoir «commencé un dialogue avec la police des frontières pour voir ce qui peut être fait pour équilibrer l'application des lois fédérales et la protection de la dignité et de la vie privée de nos clients».