Le roi Salmane d’Arabie saoudite a annoncé jeudi un remaniement complet au sein des principaux dirigeants de son gouvernement.

Le roi saoudien remanie son gouvernement à la suite de l’affaire Khashoggi

DUBAÏ, Émirats arabes unis — Le roi Salmane d’Arabie saoudite a annoncé jeudi un remaniement complet au sein des principaux dirigeants de son gouvernement, nommant entre autres un nouveau ministre des Affaires étrangères, à la suite des répercussions internationales de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, il y a près de trois mois.

Il a également ordonné un ménage au sein du Conseil suprême du royaume, responsable de dossiers de sécurité. Ce conseil est dirigé par son fils, le prince héritier Mohammed ben Salmane, qui conserve tous ses pouvoirs, dont ceux de vice-premier ministre et de ministre de la Défense.

Les changements exigés par le roi semblent consolider davantage l’emprise du prince héritier sur le pouvoir alors que le nominations aux postes clés sont réservées à des conseillers et des membres de la famille royale considérés comme proches de lui.

Cela pourrait aussi être un signal que des efforts supplémentaires ont été faits pour apporter des changements en réaction à la résolution adoptée par le Sénat américain qui conclut que le prince héritier est l’ultime responsable à blâmer pour le meurtre macabre de Jamal Khashoggi perpétré au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul.

Au moment où le prince héritier a du mal à convaincre les autorités à Washington et dans d’autres capitales occidentales qu’il n’a rien à voir avec ce meurtre sordide, son ministre des Affaires étrangères, le très posé Adel Al-Jubeir, a été remplacé par Ibrahim al-Assaf, qui a longtemps dirigé le ministère des Finances. M. Al-Jubeir est rétrogradé au rang de ministre d’État aux Affaires étrangères.

M. Al-Assaf est bien connu des investisseurs étrangers, ayant dirigé plusieurs délégations saoudiennes au Forum économique mondial de Davos. Il a servi comme ministre des Finances sous le roi Fahd et le roi Abdallah.

M. Al-Assaf siège également au conseil d’administration du géant pétrolier Saudi Aramco et au conseil du fonds souverain du royaume. C’est le prince héritier qui supervise les activités de ces deux entités. Le nouveau chef de la diplomatie est détenteur d’un doctorat en économie de la Colorado State University et d’une maîtrise de l’Université de Denver, selon sa biographie publiée sur le site d’Aramco.

Visé par la rafle anticorruption

L’an dernier, M. Al-Assaf occupait un poste de ministre d’État lorsqu’il aurait été arrêté, en même temps que des dizaines de hauts fonctionnaires et de princes, à l’hôtel Ritz-Carlton de Riyad, dans le cadre d’une campagne anticorruption menée par le prince héritier. Peu de temps après, il était de retour à une réunion du cabinet à l’étonnement de plusieurs.

Le gouvernement saoudien n’a pas identifié les individus arrêtés ni révélé les crimes dont ils étaient soupçonnés. L’Associated Press n’a pas pu confirmer de source indépendante l’arrestation de M. Al-Assaf. Cet rafle obscure qualifiée de lutte contre la corruption a aidé à consolider le pouvoir du prince héritier Mohammed ben Salmane, en plus de renflouer les coffres du gouvernement de 13 milliards $ en règlements.

Parmi les changements annoncés jeudi, on souligne des nominations de conseillers auprès du prince héritier, dont Musaed al-Aiban à la sécurité nationale et l’ancien ministre responsable des médias Awwad al-Awwad en tant que conseiller à la cour royale. Khalid al-Harbi a été nommé chef de la sécurité générale.

Turki al-Sheikh, un proche confident du prince héritier, a été démis de ses fonctions de grand patron de l’Autorité du sport pour être remplacé par le prince Abdulaziz ben Turki al-Faisal. Cela signifie que M. Al-Sheikh ne supervise plus l’organisation de cybersécurité et de programmation dirigée par Saoud al-Qahtani, un autre proche collaborateur du prince héritier, qui a été sanctionné par le département du Trésor américain pour avoir participé au complot du meurtre de Jamal Khashoggi.

Avant son assassinat, Jamal Khashoggi avait critiqué le prince héritier dans sa chronique du «Washington Post». Après avoir nié durant des semaines toute connaissance de la mort de M. Khashoggi, les autorités saoudiennes se sont finalement entendues sur une version des faits alléguant que le journaliste avait été tué lors d’une opération dirigée par d’anciens conseillers du prince Salmane. Le royaume nie toute implication du prince héritier lui-même.

Turki al-Sheikh dirigera désormais l’Autorité générale du divertissement, un jeune organisme dédié à l’organisation et à la promotion de concerts et autres événements publics interdits pendant longtemps dans ce royaume ultraconservateur.

Turki Shabbaneh, qui a occupé des fonctions au sein de chaînes de télévision saoudiennes privées, a été nommé ministre des Médias. Hamad al-Sheikh, conseiller auprès de la cour royale et ancien doyen d’université, devient ministre de l’Éducation.

Le fils aîné du roi, le prince Sultan ben Salmane, quitte le tourisme pour diriger une toute nouvelle agence spatiale nationale. En 1985, il est devenu le premier astronaute arabe et musulman à se rendre dans l’espace à bord de la navette Discovery.

Le prince Abdallah ben Bandar a été nommé chef de la garde nationale, dont la principale fonction est de protéger la famille régnante.