Le pape François, qui recevait samedi au Vatican le président chilien Sebastian Piñera.

Le pape défroque deux évêques chiliens

CITÉ DU VATICAN - Le pape François, qui recevait samedi au Vatican le président chilien Sebastian Piñera, a rendu à l’état laïc deux évêques chiliens pour agressions sexuelles sur mineurs, au moment où l’Église catholique de ce pays sud-américain est plongée dans un scandale sans précédent.

Cette décision, qui concerne l’archevêque émérite Francisco Jose Cox Huneeus et l’évêque émérite Marco Antonio Ordenes Fernandez, est sans appel, a précisé le Vatican. Elle a été prise en «conséquence d’actes abus contre des mineurs», a précisé un communiqué du Vatican, ajoutant qu’elle avait été prise jeudi dernier.

Ce n’est pas la première fois que le pape François défroque ainsi des ecclésiastiques chiliens. Fin septembre, il avait rendu à l’état laïc le prêtre Fernando Karadima, accusé d’abus sexuels multiples sur des mineurs, et au centre du scandale que traverse l’Église chilienne. Le Vatican avait alors évoqué une «décision exceptionnelle» en raison des crimes graves commis par ce prélat.

Mais si le pape François a accepté plusieurs démissions d’évêques chiliens, c’est la première fois qu’il en rend deux à l’état laïc.

«C’est extrêmement inhabituel, sinon sans précédent», a ainsi commenté Ines San Martien, un expert du Vatican qui collabore avec le site spécialisé catholique Crux.

Défroquer un prélat est considéré comme le châtiment le plus grave pour un ecclésiastique, déchu de tous ses droits et prérogatives de prêtre comme celui de dire la messe, y compris en privé.

Pleine tourmente 

L’Église catholique chilienne est en pleine tourmente depuis la visite du pape François en janvier et la multiplication des enquêtes judiciaires - actuellement au nombre de 119 - pour agressions sexuelles présumées sur des mineurs et des adultes depuis les années 1960.

Au cours d’un voyage au Chili en janvier, le pape François avait défendu avec force l’évêque chilien Juan Barros soupçonné d’avoir tu les crimes de Fernando Karadima. Il s’était déclaré persuadé de son innocence et avait demandé aux victimes présumées des preuves de culpabilité.

Il avait ensuite présenté des excuses puis dépêché au Chili Mgr Charles Scicluna, l’archevêque de Malte chargé d’enquêter sur les cas de pédophilie chez les prêtres, afin de s’entretenir avec les victimes.

Juan Carlos Cruz, une des victimes du père Karadima, a jugé samedi que la décision du pape François était un «bon jour pour les survivants de ces monstres. «Il appartient maintenant à la justice chilienne de faire quelque chose !», a-t-il ajouté sur Twitter.

En mai, il avait invité à Rome certaines d’entre elles et avait convoqué l’ensemble des évêques chiliens. Ces derniers avaient présenté leur démission en bloc après la rencontre. Le pape a depuis accepté sept de ces démissions, dont celle de Mgr Barros et de plusieurs évêques, directement soupçonnés d’agressions sexuelles.

Cette annonce du Vatican intervient alors que le président chilien a été reçu samedi en tête-à-tête par le pape François au Vatican.

«Nous avons eu une très bonne et très franche discussion avec le pape François. Nous avons discuté de la situation difficile que vit en ce moment l’Église au Chili», a déclaré M. Piñera dans une brève déclaration devant la presse, au terme d’un entretien de plus d’une demi-heure.

«Nous avons partagé l’espoir que l’Église puisse vivre une vraie renaissance et récupérer la tendresse et la proximité du peuple de Dieu», a-t-il ajouté.

Le chef d’État chilien a entamé une tournée européenne le 5 octobre qui l’a conduit en France, Espagne, Allemagne et Belgique avant le Vatican samedi. Il s’agit du premier déplacement en Europe de M. Pinera depuis qu’il a prêté serment en mars.

Fin juillet, il s’était montré critique envers les agissements de l’Église jugeant que les autorités catholiques chiliennes «auraient pu et auraient dû» éviter de nombreux abus contre des enfants.