Depuis le 13 novembre, l'accusation a cité à la barre 56 témoins, dont 14 ex-collaborateurs de Joaquin Guzman alias El Chapo (photo), fait entendre des dizaines de conversations téléphoniques enregistrées en secret, montré des lettres écrites en prison et des livres de compte.

L'«avalanche de preuves» suffit à condamner El Chapo, affirme l'accusation

NEW YORK — «Une avalanche de preuves» montre qu'El Chapo «est coupable de tous les chefs d'inculpation» retenus contre lui : c'est ce qu'a affirmé mercredi la procureure Andrea Goldbarg dans sa plaidoirie finale, alors que le procès-fleuve du narcotrafiquant mexicain touche à sa fin à New York.

Depuis le 13 novembre, l'accusation a cité à la barre 56 témoins, dont 14 ex-collaborateurs de Joaquin Guzman alias El Chapo, fait entendre des dizaines de conversations téléphoniques enregistrées en secret, montré des lettres écrites en prison et des livres de compte, a résumé la procureure.

«Vous avez vu les preuves : drogues, armes, livres de compte, lettres : tout cela prouve que l'accusé est coupable de tous les chefs d'accusation au-delà d'un doute raisonnable», a lancé la procureure aux jurés, sous le regard attentif d'El Chapo, 61 ans, et de sa jeune épouse Emma Coronel, une ex-reine de beauté de 29 ans qui a assisté à la quasi-totalité des audiences.

Tout en parlant, Mme Goldbarg faisait défiler sur grand écran, à l'intention des jurés au tribunal fédéral de Brooklyn, des centaines de photos, des vidéos, des cartes et des textos échangés entre le narcotrafiquant et ses ex-associés.

Elle a aussi diffusé à nouveau des extraits de conversations téléphoniques, où l'on entend El Chapo évoquer ses trafics, confirmant apparemment les dires de ses ex-associés qui ont témoigné contre lui, dans l'espoir d'écoper de peines de prison réduites.

Gilet pare-balles, fusil automatique et pains de cocaïne

Pour enfoncer le clou dans l'esprit des jurés, l'accusation avait aussi disposé à proximité de leur box un gilet pare-balles, un fusil automatique, et des pains de cocaïne.

«Après 25 ans, l'accusé s'était hissé au rang de principal dirigeant du cartel de Sinaloa», a fait valoir Mme Goldbarg. «Son objectif était de distribuer autant de drogue que possible et d'engranger des millions de dollars de bénéfices».

La justice américaine accuse également El Chapo d'avoir supervisé l'exportation de plus de 155 tonnes de cocaïne aux États-Unis entre 1989 et 2014, pour des bénéfices estimés à 14 milliards de dollars.

El Chapo, extradé par le Mexique aux États-Unis en janvier 2017, après deux évasions spectaculaires, fait face à 10 chefs d'accusation pour trafic de drogue, possession d'armes et blanchiment d'argent.

Il risque la prison à perpétuité en cas de condamnation.

«Se salir les mains»

La procureure Andrea Goldbarg est aussi revenue sur un témoignage particulièrement sanglant entendu par les jurés la semaine dernière, de la bouche d'un ex-tueur à gages d'El Chapo, Isaias «Memin» Valdez : ce dernier avait raconté comment son patron avait fait torturer et exécuter des narcotrafiquants du cartel rival de Los Zetas avant de jeter leur corps dans un brasier.

Non seulement il ordonnait tortures et meurtres, mais «il n'avait pas peur de se salir les mains» et a «personnellement assassiné» trois narcotrafiquants rivaux, a souligné Mme Goldbarg.

El Chapo, dont le Mexique avait accepté l'extradition à la condition qu'il ne soit pas condamné à mort, n'a cependant été directement inculpé d'aucun assassinat.

L'accusation devrait terminer sa plaidoirie mercredi soir, et laisser jeudi la parole à la défense, qui n'a cité, brièvement, qu'un seul témoin lors de ce procès-fleuve.

Les avocats du narcotrafiquant ont essayé de le présenter comme le bouc-émissaire d'un gouvernement mexicain corrompu, suggérant que son coaccusé actuellement en fuite, Ismael «El Mayo» Zambada, était le véritable patron du cartel.

Le jury pourrait commencer à délibérer vendredi. La brièveté de la présentation de la défense, comparée aux nombreux témoins cités par l'accusation, laisse penser qu'un verdict de culpabilité pourrait être rapidement rendu, après trois mois d'étalage de la violence et de la corruption qui règnent dans les cartels mexicains.

Preuve que le procès a été captivant, l'un des jurés suppléants a refusé mercredi d'être excusé, comme le demandait son employeur qui se plaignait qu'il ait été mobilisé par le procès depuis novembre.

Le juré a indiqué qu'il préférait aller jusqu'au bout, même si cela devait lui faire perdre son poste.