La paralysie budgétaire se profile après l'échec d'un vote crucial au Sénat

WASHINGTON — Un an jour pour jour après l'élection de Donald Trump, les États-Unis se dirigeaient vers une fermeture partielle des administrations après l'échec d'un vote crucial sur le budget au Congrès.

Les républicains, majoritaires avec 51 sièges, n'ont pas convaincu les démocrates pour obtenir le minimum de 60 voix sur 100 nécessaire pour franchir l'obstacle.

Le pays vivra à minuit samedi son premier shutdown depuis octobre 2013, qui avait duré 16 jours, synonyme de chômage technique sans paie pour plus de 850 000 fonctionnaires considérés comme «non essentiel».

Il était impossible de savoir combien de temps durerait cette nouvelle fermeture, les tractations entre les deux partis devant très vite reprendre.

Les démocrates ont indiqué qu'ils n'accepteront de voter pour un texte de compromis que s'il pérennise la régularisation de 690 000 jeunes immigrés, au statut précaire, les Dreamers.

Les premiers effets du shutdown devraient se faire sentir lundi. Les activités de nombreuses agences fédérales, comme les services fiscaux, seront réduites mais les services de sécurité seront globalement épargnés. Les 1,4 million de militaires américains poursuivront leurs opérations mais sans être payés.

«Notre pays a été fondé par des génies mais il est dirigé par des idiots», a lancé le sénateur républicain de Louisiane John Kennedy, résumant d'un trait d'esprit l'ambiance générale.

«Les choses se présentent mal», avait estimé peu avant le scrutin Donald Trump, l'issue du vote ne faisant plus aucun doute malgré une journée d'intenses tractations. Le président, qui devait rejoindre sa luxueuse résidence en Floride, est finalement resté à Washington. Il ne s'est pas exprimé dans l'immédiat.

Des progrès

Dans l'après-midi, M. Trump avait pourtant évoqué sur Twitter une «excellente réunion préliminaire» avec le chef des sénateurs démocrates Chuck Schumer, après une rencontre à la Maison-Blanche, laissant espérer un accord de dernière minute.

La Chambre des représentants, à forte majorité républicaine, avait approuvé jeudi soir cette extension provisoire du financement de l'État fédéral, qui prévoyait également de prolonger pour six ans le programme d'assurance santé destiné aux enfants pauvres (Chip), une demande des démocrates.

«Maintenant, on a besoin des démocrates pour que [la loi de financement] soit approuvée au Sénat, mais ils veulent l'immigration clandestine et des frontières faibles», avait tweeté dans la matinée Donald Trump, qui dénonçait ces derniers jours un parti selon lui engagé dans une obstruction systématique et stérile.

Au-delà d'un budget temporaire, la quatrième depuis septembre, la majorité républicaine souhaite adopter un budget 2018 définitif de plusieurs centaines de milliards de dollars qui dope notamment les dépenses militaires, une promesse de campagne de M. Trump qui estime les forces armées sous-équipées après plus de seize ans de guerre ininterrompue.

Qui paiera les dégâts?

Pour le président républicain de la Chambre Paul Ryan, les sénateurs démocrates «prennent en otage» le financement fédéral. «Le peuple américain, en particulier les hommes et femmes en uniforme, méritent mieux qu'une fermeture du gouvernement», a-t-il tweeté.

«Des gens vont mourir», a lancé le conseiller parlementaire de la Maison-Blanche, Marc Short, blâmant des sénateurs démocrates «retranchés pour forcer une paralysie» alors que le texte sur les Dreamers n'est pas prêt.

Et au-delà du budget, les parlementaires pensent aux élections de mi-mandat en novembre.

Les démocrates estiment que les républicains qui ont tous les leviers du pouvoir — Maison-Blanche, Chambre des représentants, Sénat — seront tenus pour responsables de la paralysie et paieront le prix fort. Les républicains espèrent se servir du shutdown pour punir les sénateurs démocrates qui brigueront un nouveau mandat dans 10 États remportés par Donald Trump à la présidentielle.

Mais selon un sondage du Washington Post et d'ABC publié vendredi, 48 % des Américains estiment que les républicains seraient responsables d'un éventuel blocage, contre 28 % pour les démocrates.