Des civils profitent des rares périodes de calme pour se ravitailler avant de vite retourner se terrer dans leurs caves.

La Goutha bombardée pendant la trêve

DOUMA — Le régime syrien a poursuivi mardi ses frappes aériennes meurtrières contre la partie rebelle de la Ghouta orientale, pendant la trêve décrétée par son allié russe, dont un avion militaire s’est écrasé à l’atterrissage en Syrie, tuant 39 personnes.

Sur le terrain, les forces loyalistes ont poursuivi leur percée rapide dans l’enclave assiégée, progressant essentiellement dans les zones rurales et moins peuplées.

Sur le plan diplomatique, le Conseil de sécurité de l’ONU se réunira mercredi en urgence et à huis clos pour débattre de l’absence de mise en œuvre du cessez-le-feu temporaire en Syrie qu’il réclamait dans une résolution le 24 février.

Peu après ce vote à l’ONU, la Russie avait annoncé une trêve quotidienne des combats et des bombardements limitée à la Ghouta orientale, censée permettre aux civils de quitter l’enclave rebelle par un couloir humanitaire et acheminer des aides dans ce secteur où quelque 400 000 habitants vivent assiégés depuis 2013.

En une semaine, aucun civil n’a emprunté ce couloir, a indiqué mardi un général russe à Moscou, précisant que l’offre de sortie était désormais étendue aux combattants rebelles, avec leur arme personnelle, et leurs familles.

Le général Vladimir Zolotoukhine n’a pas précisé si ce couloir débouchait dans une zone contrôlée par les rebelles ou le régime.

Mardi, le régime syrien a bombardé plusieurs localités de la Ghouta orientale, notamment Saqba, Hammouriyé, Jisrine et Douma, tuant au moins 24 civils, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

Le pilonnage a notamment eu lieu aux heures de la trêve (7h à 12h), a affirmé Rami Abdel Rahmane, directeur de l’OSDH, qui a estimé que la «trêve de Poutine» était terminée.

D’après l’Observatoire, les bombardements ont tué 805 civils, dont au moins 178 enfants, depuis que le régime a lancé le 18 février son opération militaire pour reconquérir le dernier fief rebelle aux portes de Damas.

Frappes de représailles

De son côté, la télévision d’État syrienne a rapporté la mort de trois civils à Jaramana, en banlieue de Damas, après la chute d’une roquette tirée par les rebelles de la Ghouta, et des frappes de représailles sur le quartier de Bab Touma, dans l’est de la capitale.

Lundi soir, un convoi humanitaire entré dans l’enclave rebelle avait dû abréger sa mission de distribution d’aide en raison de bombardements dans le secteur de Douma.

À Douma, certains civils ont profité de rares périodes de calme pour déplacer certains biens de leurs maisons vers les caves où ils se terrent. D’autres ont récupéré des meubles endommagés qu’ils utilisent comme outils de chauffage ou supports de cuisine, ou alors qu’ils vendent.

Des magasins restés ouverts, en particulier durant les cinq heures de «trêve», proposaient des produits à vendre, notamment des légumes, désormais limités à quelques variétés comme les oignons, le persil et les légumes verts.

Dans le cadre de son offensive terrestre, les forces du régime ont repris en quelques jours environ 40 % de l’enclave rebelle, dans l’est et le sud-est du secteur, et ont pris pied à deux kilomètres à peine de Douma, selon l’OSDH.

L’objectif de l’armée est de couper en deux le fief rebelle pour séparer le secteur nord, où se trouve Douma, du sud, d’après l’Observatoire. Le groupe rebelle de Jaich Al-Islam a d’ailleurs reconnu sur Twitter avoir retiré ses combattants de l’est de l’enclave.

Écrasement d’un avion russe

Dans l’ouest de la Syrie, 39 personnes ont été tuées quand un avion de transport russe s’est écrasé à l’atterrissage sur la base militaire russe de Hmeimim, «apparemment» pour des raisons accidentelles, a annoncé l’armée russe.

L’accident de cet Antonov 26 n’a fait aucun survivant parmi les 33 passagers et six membres d’équipage, tous des militaires.

Depuis le début de son intervention en Syrie en septembre 2015, qui a permis au régime de retourner la situation sur le terrain, l’armée russe a déployé des dizaines d’avions militaires opérant depuis Hmeimim.

Une commission de l’ONU a en outre affirmé mardi que les raids aériens menés par Moscou fin 2017 sur un marché d’une localité rebelle dans le nord de la Syrie, ayant fait au moins 84 morts, pouvaient constituer un crime de guerre.