Le premier ministre Justin Trudeau est arrivé tard lundi soir en Suisse, à la veille de l’ouverture du 48e Forum économique mondial.

Justin Trudeau amorce sa visite à Davos

DAVOS —L’égalité homme-femme et la croissance économique inclusive seront au cœur du discours qu’offrira Justin Trudeau au gratin politique et économique réuni à Davos. Un discours qui précédera celui, très attendu, du président américain Donald Trump.

Le premier ministre canadien est arrivé tard lundi soir en Suisse, à la veille de l’ouverture du 48e Forum économique mondial (FEM). Il s’est rapidement retranché dans ses quartiers après avoir foulé le tarmac de l’aéroport de Zurich.

Il donnera le coup d’envoi à sa deuxième présence à la grand-messe annuelle de l’élite planétaire avec une allocution devant les dirigeants politiques et chefs d’entreprises qui ont convergé dans les Alpes suisses.

Une source gouvernementale a signalé lundi qu’il chercherait à les convaincre des bienfaits économiques liés au fait d’embaucher plus de femmes, de mettre en place les conditions pour les garder en poste et de les faire monter en grade.

Le premier ministre fera valoir qu’une plus grande présence des femmes sur le marché du travail est un vecteur de la prospérité économique à laquelle aspirent leaders politiques et économiques en ces temps incertains.

Et alors même que son gouvernement négocie deux traités commerciaux majeurs, soit l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) et le Partenariat transpacifique (PTP), il fera aussi la promotion d’une mondialisation respectueuse des travailleurs de la classe moyenne.

La source gouvernementale qui a fourni ces détails a tracé un parallèle entre l’allocution que fera Justin Trudeau dans la ville huppée et celle qu’il avait livrée en février dernier lors d’un prestigieux banquet à Hambourg, en Allemagne.

Les propos ne seront pas les mêmes, mais le procédé le sera: aux élites politiques et financières, le premier ministre dira que leur pouvoir de façonner la société s’accompagne d’une responsabilité envers ceux que les décisions affectent, a exposé cette même source.

En attendant Donald Trump

Le plaidoyer suisse de Justin Trudeau, qui doit durer entre 10 et 15 minutes, semble taillé sur mesure pour le sommet, qui se déroule cette année sous le thème «Construire un avenir commun dans un monde fracturé».

Il faudra voir s’il sera en décalage par rapport au discours que doit offrir le président des États-Unis, Donald Trump, devant les mêmes élites qu’il a abondamment pourfendues.

La présence du locataire de la Maison-Blanche a paru incertaine pendant un certain temps en raison de l’impasse budgétaire ayant paralysé le gouvernement américain.

Un accord a toutefois été conclu lundi au Sénat, ce qui signifie que le président Trump est plus libre de ses mouvements, en théorie. S’il se pointe à Davos, il deviendra le premier président américain à le faire depuis Bill Clinton, en 2000.

Une source gouvernementale canadienne a indiqué lundi qu’il était peu probable que Justin Trudeau et Donald Trump échangent en tête-à-tête en marge du FEM, alors que le torchon semble brûler entre le Canada et les États-Unis dans la renégociation de l’ALÉNA.

Le premier ministre canadien aura déjà quitté Davos — son avion s’envole tard jeudi soir à destination d’Ottawa — lorsque le président américain prendra sa place au podium.

Mais d’ici là, Justin Trudeau ne chômera pas. Il multipliera les rencontres bilatérales pendant les trois jours qu’il passera en sol helvète, principalement avec des dirigeants de multinationales.

Il rencontrera mardi une série de patrons d’entreprises: les dirigeants de Thomson Reuters ABB, UPS, UBS ont tous rendez-vous avec lui derrière des portes closes.

L’opération charme devra être convaincante.

Car les chefs d’entreprises pourraient succomber au chant des sirènes en provenance des États-Unis, où l’administration Trump vient de procéder à une réforme fiscale avantageuse pour les compagnies, plutôt qu’aux arguments de vente du premier ministre canadien.

Et l’administration Trump semble avoir l’intention de mettre le paquet: une imposante délégation de membres du cabinet doit être déployée dans la station de sports d’hiver nichée dans les Alpes suisses.

Ils seront plus d’une vingtaine, dont le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin, le secrétaire au Commerce Wilbur Ross et le représentant au Commerce Robert Lighthizer — celui-là même qui pilote la renégociation de l’ALENA.

La délégation canadienne est, comparativement, plus modeste: quatre ministres (Chrystia Freeland, Bill Morneau, Navdeep Bains et Maryam Monsef) ainsi que le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, accompagnent Justin Trudeau.

Comment comptent-ils s’y prendre pour contrer le pouvoir d’attraction que cherche à exercer le président Trump? En misant sur l’embellie économique des derniers mois au Canada, a déclaré lundi par voie de communiqué Navdeep Bains, titulaire du portefeuille de l’Innovation et du Développement économique.

«Avec la plus forte croissance économique des pays du G7 en 2017, l’un des plus bas taux d’imposition pour les entreprises parmi les pays du G7 et la population la plus éduquée parmi les pays membres de l’OCDE, le Canada est un endroit idéal pour faire des affaires», a-t-il affirmé dans cette déclaration transmise par son attaché de presse.

«C’est pour cela que les entreprises de partout dans le monde se tournent de plus en plus vers notre pays pour investir», a ajouté le ministre Bains.

Le premier ministre Trudeau, dont l’avion s’est posé à Zurich tard dans la soirée de lundi, aura jusqu’à jeudi pour passer le message aux multiples chefs d’entreprises qu’il courtisera dans les salles de réunion feutrées de Davos.

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DAVOS, MODE D'EMPLOI

«Davos», c'est quoi?

C’est devenu un raccourci pour désigner le Forum économique mondial (World Economic Forum ou WEF en anglais), qui se tient chaque année fin janvier dans cette station de ski huppée, nichée dans les Alpes suisses.

Conçu en 1971 par le professeur d’économie allemand Klaus Schwab comme un lieu d’échanges entre hommes d’affaires européens et américains, ce 48e forum s’est mué en grand rendez-vous de l’élite mondiale.

Chaque année, quelque 3000 participants — grands patrons, responsables politiques, intellectuels, militants de l’environnement ou des droits de l’homme, artistes — y débattent, parfois interpellés par des contestataires.

Une manifestation hostile à la venue du président américain Donald Trump est annoncée mardi à Zurich. À Davos, un rassemblement jeudi a été proscrit par les autorités en raison d’un trop fort enneigement.

Les mesures de sécurité sont draconiennes. Quelque 4000 soldats et policiers suisses sont mobilisés pour surveiller les alentours du Centre des congrès et les différents hôtels de la ville.

Les invités

Parmi les quelque 70 chefs d’État et de gouvernement présents à l’édition 2018, le premier ministre indien Narendra Modi ouvrira le bal mardi.

Des dirigeants européens de premier plan seront au rendez-vous: le président français Emmanuel Macron, la chancelière allemande Angela Merkel, la première ministre britannique Theresa May et le chef du gouvernement italien Paolo Gentiloni.

L’Afrique sera représentée notamment par le successeur de Robert Mugabe au Zimbabwe, Emmerson Mnangagwa, ou le nouveau président du Congrès national africain (ANC), le vice-président sud-africain Cyril Ramaphosa. Côté Amérique latine, les présidents brésilien Michel Temer et argentin Mauricio Macri font le déplacement.

Des intellectuels, tel l’écrivain israélien Yuval Noah Harari, auteur du célèbre Sapiens, ou le psychologue canadien Steven Pinker, apporteront leur contribution aux débats, de même que la lauréate pakistanaise du prix Nobel de la paix Malala Yousafzai. La star britannique Elton John, la comédienne australienne Cate Blanchett ou l’acteur bollywoodien Shah Rukh Khan ajouteront une touche people.

Enfin, la participation vendredi de Donald Trump, la première d’un président américain depuis celle de Bill Clinton en 2000, promet de faire sensation.

Méditation et cocktails

Des séances de méditation du petit matin aux cocktails de fin de soirée, en passant par les séminaires et projections, les journées s’annoncent bien remplies. Friands des thèmes consensuels, les participants planchent cette année sur «Construire un avenir commun dans un monde fracturé».

Certains se pencheront ainsi sur la «Quatrième révolution industrielle» et l’avenir du travail face à l’intelligence artificielle et l’automatisation. D’autres débattront des enjeux géostratégiques à l’heure du Brexit, des risques financiers, de la sécurité alimentaire ou de la mobilisation face aux épidémies.

Sensibles au vent de protestation mondial porté par le mouvement #MeToo, les organisateurs ont prévu plusieurs séminaires sur l’égalité homme-femme dans ce forum ou seul un cinquième des participants sont des participantes.

Également au programme, la lutte contre le réchauffement climatique avec une projection d’un nouveau documentaire de l’Américain Al Gore An Inconvenient Sequel: Truth to Power.

Neige et gros sous

Même s’ils n’auront guère le loisir de rejoindre les pistes de ski voisines, les participants au forum ne manqueront pas de neige. De gros flocons tombaient dès lundi sur Davos, perturbant la circulation automobile et menaçant de gêner les hélicoptères si prisés des VIP.

Ceux qui sont parvenus à rejoindre la station sont installés dans des hôtels luxueux, qui pratiquent pendant cette semaine des prix astronomiques. De nombreuses boutiques et même une église profitent de cette manne en louant leurs locaux aux entreprises en quête de publicité.  AFP