La résolution sur laquelle Ottawa a préféré ne pas se prononcer a été adoptée à forte majorité dans le cadre d’une séance extraordinaire d’urgence à l'ONU, à New York, jeudi.

Jérusalem : revers américain à l'ONU

NEW YORK — Les États-Unis ont essuyé jeudi à l’Assemblée générale de l’ONU une large condamnation de leur reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, après avoir multiplié les menaces financières contre les pays opposés à leur position.

Malgré sa défaite, Washington estime avoir limité la casse : l’ambassadrice américaine aux Nations unies, Nikki Haley, qui avait promis de «noter les noms» des pays qui voteraient une résolution condamnant la décision de Donald Trump sur Jérusalem, a remercié jeudi sur Twitter, liste à l’appui, les 65 États qui, à ses yeux, «n’ont pas cédé aux méthodes irresponsables de l’ONU» en choisissant le vote contre ou l’abstention.

Sur les 193 pays membres de l’ONU, 128 ont voté en faveur de cette résolution non contraignante, dont de nombreux alliés de Washington comme la France et le Royaume-Uni.

Neuf ont voté contre, parmi lesquels bien entendu les États-Unis et Israël, qui ont fait savoir que le texte ne changerait rien dans les faits.

Washington avait multiplié menaces et pressions, à la stupéfaction de nombre de diplomates onusiens.

Signe que ces avertissements ont pesé? Trente-cinq États, dont le Canada, le Mexique, la Pologne ou la Hongrie, se sont abstenus et 21 n’ont pas pris part au scrutin. Avant le vote, plusieurs ambassadeurs interrogés par l’AFP anticipaient une adoption plus large, avec un score oscillant entre 165 et 190 votes pour.

«Les États-Unis se souviendront de cette journée qui les a vus être cloués au pilori devant l’Assemblée générale pour le seul fait d’exercer notre droit de pays souverain», avait déclaré Nikki Haley avant le vote. «Nous nous en souviendrons quand on nous demandera encore une fois de verser la plus importante contribution [financière à l’ONU]» , a-t-elle lancé, menaçant à nouveau de «mieux dépenser» l’argent des Américains à l’avenir.

Donald Trump avait pris les devants mercredi : «Ils prennent des centaines de millions de dollars et même des milliards de dollars et, ensuite, ils votent contre nous», avait tempêté le président américain. «Laissez-les voter contre nous, nous économiserons beaucoup, cela nous est égal.»

«Il est clair que de nombreux pays ont donné la priorité à leur relation avec les États-Unis par rapport à une tentative vaine de nous isoler», s’est réjoui un porte-parole de Nikki Haley après l’annonce des résultats.

Colère toujours vive

Le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, qui avait plus tôt qualifié l’ONU de «maison des mensonges», a aussi réagi «avec satisfaction face au nombre important de pays qui n’ont pas voté en faveur» de la résolution.

Au contraire, les Palestiniens, à l’initiative de cette résolution, ont salué le revers des États-Unis. «Cela réaffirme que la juste cause des Palestiniens bénéficie du soutien du droit international», a estimé le porte-parole du président palestinien Mahmoud Abbas, qui espère ainsi maximiser son poids lors d’une éventuelle reprise du processus de paix.

«Nous attendons de l’administration Trump qu’elle revienne sans délai sur sa décision regrettable, dont l’illégalité a été clairement établie», a lancé pour sa part le président turc Recep Tayyip Erdogan. Parmi les opposants les plus virulents à la position américaine malgré l’alliance entre Washington et Ankara, il avait auparavant exhorté la communauté internationale à ne pas se «vendre» pour «une poignée de dollars» face aux menaces de Donald Trump de couper des aides financières.

Les Palestiniens ne décolèrent pas depuis que le président américain a annoncé le 6 décembre sa décision de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël, rompant avec la position américaine traditionnelle et le consensus de la communauté internationale qui n’a jamais reconnu l’annexion de la partie orientale de la ville par l’État hébreu.

Les États-Unis avaient d’abord semblé vouloir laisser passer l’orage des protestations internationales, mais un premier vote lundi, au niveau du Conseil de sécurité, a déclenché leur fureur.

Ce vote «est une insulte que nous n’oublierons pas», avait lancé, l’œil noir, Nikki Haley à ses quatorze partenaires du Conseil, dont ses alliés européens, qui avaient unanimement approuvé la condamnation de la décision américaine.

In fine, cette résolution-là n’avait pas été adoptée, les États-Unis ayant utilisé leur veto de membre permanent, mais l’unité des autres membres avait résonné comme un cinglant désaveu pour Washington.

À l’Assemblée générale de l’ONU, aucun pays n’a de droit de veto et le texte a donc été largement adopté jeudi. Il affirme que toute décision sur le statut de Jérusalem «n’a pas de force légale, est nulle et non avenue et doit être révoquée». Il souligne que cet épineux statut doit faire partie d’un accord de paix final entre Israéliens et Palestiniens, ces derniers voulant établir à Jérusalem-Est la capitale de l’État auquel ils aspirent.

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LE CANADA PRÉFÈRE S'ABSTENIR

Le Canada s’est abstenu de voter sur une résolution condamnant la décision américaine de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël — un texte qui a tout de même été adopté avec une imposante majorité aux Nations unies.

La résolution sur laquelle Ottawa a préféré ne pas se prononcer a été adoptée dans le cadre d’une séance extraordinaire d’urgence, jeudi. Elle stipulait que la décision des États-Unis n’avait pas de force légale et qu’elle devait être révoquée.

Le Canada, qui convoite un siège au Conseil de sécurité des Nations unies, a choisi de ne pas prendre position dans l’enceinte onusienne. À l’issue du vote, l’ambassadeur canadien aux Nations unies, Marc-André Blanchard, a pris la parole pour expliquer la décision d’Ottawa.

«Nous sommes déçus que cette résolution soit unilatérale et ne fasse pas avancer la paix à laquelle nous aspirons; c’est pourquoi nous nous sommes abstenus de voter aujourd’hui sur la résolution», a-t-il expliqué.

«La question du statut de Jérusalem ne peut être réglée que dans le cadre d’un règlement global du conflit israélo-palestinien», a indiqué M. Blanchard.

Le gouvernement Trudeau a jusqu’à présent timidement réprouvé la décision du président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël et d’y déménager éventuellement l’ambassade.

Un peu plus tôt cette semaine, à l’issue d’une rencontre bilatérale avec son homologue américain, Rex Tillerson, la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, avait refusé de dénoncer explicitement la position des États-Unis.

Lorsqu’on lui avait signalé que la position canadienne sur la question était floue, elle n’avait pas voulu la clarifier davantage.

«Le Canada et les États-Unis ont des positions diverses», s’était contentée d’offrir la diplomate en chef du Canada aux côtés du secrétaire d’État américain dans le foyer de la Chambre des communes à Ottawa, mardi.

«Nous avons toujours des discussions candides et directes», avait-elle ajouté.

Dans la foulée de l’annonce de Donald Trump, la ministre Freeland avait insisté sur le fait que la position d’Ottawa sur la situation au Moyen-Orient n’avait pas changé.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) a reproché au gouvernement de Justin Trudeau de ne pas parler assez fort dans ce dossier.

Après le vote de jeudi, la députée Hélène Laverdière a redit sa déception.

«Les néo-démocrates sont profondément déçus de la décision du gouvernement Trudeau de s’abstenir de voter lors de l’Assemblée générale des Nations unies aujourd’hui», a-t-elle déclaré par voie de communiqué.

«La décision du président Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël est dangereuse et malavisée», a tranché la députée Laverdière dans la même déclaration écrite.  La Presse canadienne