Les représentants républicains Mike Coffman (Colorado), au centre, Jeff Denham (Californie), à gauche, et Carlos Curbelo (Floride), ont pris la parole après que le Congrès américain eût largement voté contre une vaste loi sur l’immigration censée mettre fin aux séparations des familles de clandestins.

Immigration: le Congrès inflige un revers à Trump

WASHINGTON — Le Congrès américain a largement rejeté mercredi une vaste loi sur l’immigration censée mettre fin aux séparations des familles de clandestins, infligeant un camouflet au président Donald Trump qui avait exhorté les élus républicains à approuver ce texte de compromis.

Même s’il était voué à l’échec au Sénat où la minorité démocrate possède un pouvoir de blocage, ce projet de loi a été nettement rejeté (seulement 121 voix pour) faute de consensus chez les républicains de la Chambre des représentants, qui détiennent pourtant la majorité avec 235 sièges. Signe des frictions entre modérés et radicaux, le vote avait été repoussé deux fois la semaine dernière. Aucun démocrate n’a voté pour le texte.

Donald Trump avait pourtant exhorté mercredi matin sur Twitter les élus du Grand Old Party (GOP) à approuver un texte «sévère, mais juste [...] même si les Dems [démocrates] ne le laisseront pas passer au Sénat». Mais il avait auparavant envoyé des signaux contradictoires en conseillant aux républicains la semaine dernière de se concentrer sur les élections de novembre, après avoir demandé par décret que le Congrès résolve de manière définitive la question des enfants de migrants séparées après l’arrestation de leurs parents en franchissant illégalement la frontière mexicaine.

La proposition devait résoudre la question des familles déchirées et des «failles» du système actuel, selon les républicains, en incluant les «piliers» exigés par Donald Trump pour toute promulgation : le financement du mur à la frontière mexicaine, une solution pour les jeunes dits Dreamers — arrivés sans papiers aux États-Unis lorsqu’ils étaient enfants — et une nette réduction de l’immigration légale.

Elle prévoyait un permis de travail et de résidence pour les Dreamers, renouvelable tous les six ans et qui les autorise à tenter de décrocher ensuite un statut de résident permanent.

Le texte obligeait aussi les entreprises à vérifier, en ligne, le statut de leurs employés à travers les services d’immigration et aidait les régions agricoles à garder leurs employés immigrés au statut légal.

«Bien que cette mesure ne soit pas passée, notre lutte pour une réforme de l’immigration va continuer», a écrit sur Twitter un républicain modéré de la Chambre, Mike Coffman.

«Pas assez anti-immigrés»

Le démocrate Don Beyer a expliqué que son parti avait rejeté le texte «parce que les Dreamers étaient otages du financement du mur, il laissait en place beaucoup des politiques anti-familles de Trump et il en empirait d’autres. Beaucoup de républicains ont voté contre parce qu’il n’était pas assez anti-immigrés».

Avant le scrutin, des élus républicains avaient évoqué un autre texte, uniquement centré sur la fin de la mesure de séparation des familles de clandestins, qui pourrait avoir plus de chances de rallier les voix démocrates.

Cette défaite est le second revers pour le président après qu’un tribunal de San Diego a ordonné dans la nuit de mardi à mercredi que la réunification des familles de migrants, dont les enfants avaient été séparés de leurs parents arrêtés à la frontière.

Symbole de la «tolérance zéro» à l’immigration illégale annoncée début mai, l’administration avait instauré des poursuites judiciaires systématiques contre les familles arrêtées après avoir traversé la frontière et plus de 2300 enfants ont été séparés de leurs parents. Ces migrants, pour la plupart, fuient la violence qui ronge l’Amérique centrale.

Mais cette mesure a été annulée la semaine dernière par Donald Trump face au tollé provoqué par les images d’enfants en pleurs placés dans des centres d’hébergement, parfois à des milliers de kilomètres de la frontière. 

Le président républicain a fait de la limitation de l’immigration légale et illégale une priorité de son mandat, au nom de la sauvegarde des emplois américains et de la sécurité des citoyens face à la criminalité et au terrorisme.

Il a obtenu mardi une victoire symbolique à la Cour suprême qui a validé, après des mois de contentieux, son décret migratoire controversé interdisant l’entrée sur le territoire aux ressortissants de six pays, pour la plupart à majorité musulmane.