Dans la petite ville de Trèbes, la vie a repris difficilement son cours. Peu d’élèves se sont rendus lundi matin à l’école L’Aiguille, située à quelques encablures du supermarché où la prise d’otages a eu lieu.

Hommage national au «héros» des attaques en France

TRÈBES - La France rendra mercredi un hommage national au gendarme «héros» des attaques de vendredi, tué par un jihadiste après s’être substitué à un otage et qui avait pour principe, selon sa mère, de faire passer sa «patrie avant sa famille».

La cérémonie d’hommage national au lieutenant-colonel Arnaud Beltrame aura lieu mercredi en fin d'avant-midi aux Invalides, à Paris, monument abritant des invalides de guerre et une nécropole militaire, a indiqué la présidence française.

Le président Emmanuel Macron prononcera un éloge funèbre en mémoire de l’officier de gendarmerie dont la mort «en héros» aux mains du jihadiste suscite une vive émotion.

Le militaire, qui aurait eu 45 ans en avril, a succombé samedi à ses blessures. Son autopsie a mis en évidence des lésions par balles non létales et «révélé une plaie gravissime de la trachée et du larynx par arme blanche».

La mère du gendarme, Nicole Beltrame, a décrit sur la radio RTL un être «loyal, altruiste et depuis tout petit au service des autres, engagé pour la patrie».

«D’ailleurs, il a dit très souvent "ma patrie c’est avant ma famille", ce que j’acceptais [...] Il ne pouvait pas faire autrement, ce n’est pas quelqu’un qui pouvait se dérober», a-t-elle témoigné, assurant n’avoir «pas du tout» de haine pour l’auteur des attaques. «C’est de l’indifférence et le plus grand des mépris».

Deux jours après les attaques, l’enquête se poursuivait. Deux proches du jihadiste Radouane Lakdim, qui a tué quatre personnes dans le sud de la France avant d’être abattu, étaient toujours lundi en garde à vue dont la compagne du tueur.

Cette jeune femme de 18 ans est fichée pour radicalisation, comme l’auteur des attaques, ont indiqué à l’AFP deux sources, une proche de l’enquête et une autre judiciaire à Paris. Elle était suivie par les services de renseignement.

Français d’origine marocaine tué par les forces de l’ordre après une équipée meurtrière à Carcassonne et Trèbes, Lakdim était fiché pour radicalisation et suivi à partir de 2014 par les services du renseignement.

Aucun «signe précurseur pouvant laisser présager un passage à l’acte terroriste» n’avait été décelé chez ce petit délinquant radicalisé, selon le procureur de Paris François Molins.

Sa compagne avait été interpellée vendredi soir et un ami du tueur, un jeune homme de 17 ans, avait été arrêté dans la nuit de vendredi à samedi. Leurs gardes à vue ont été prolongées dimanche.

Les enquêteurs cherchent toujours à déterminer les raisons du passage à l’acte de l’assaillant jihadiste et à trouver d’éventuelles complicités.

Coupable naïveté

Ces attentats ont pris progressivement une tonalité plus politique, avec des critiques très vives de la droite et de l’extrême droite contre le gouvernement.

La présidente du Front national Marine Le Pen a réclamé lundi la démission du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, fustigeant une «défaillance profonde» du gouvernement dans la lutte contre le terrorisme.

Laurent Wauquiez, président des républicains, a dénoncé la «coupable naïveté» d’Emmanuel Macron et réclamé le rétablissement de l’état d’urgence.

Il a réitéré sa demande de rétention administrative des fichés S les plus dangereux et l’expulsion des étrangers qui seraient dans ce cas.

Dans la petite ville de Trèbes, la vie a repris difficilement son cours. Peu d’élèves se sont rendus lundi matin à l’école L’Aiguille, située à quelques encablures du supermarché où la prise d’otages a eu lieu, a constaté une journaliste de l’AFP.

«Tout le week-end n’a fait qu’en parler. C’était un peu dur pour lui, il a passé la matinée, presque toute l’après-midi jusqu’à 16h sous les tables», rapporte Nadia, les yeux embués et la voix chevrotante.

Au supermarché, la station-essence a rouvert. En revanche, le magasin est fermé ainsi que l’accès. Les enquêteurs poursuivaient lundi leur travail sur les lieux.