La pénurie de carburant occasionnée par la grève des routiers impatiente la population, à tel point qu’un syndicat de distributeurs d’essence a réclamé des «renforts policiers» pour éviter «tout tumulte» au moment de la remise en service des pompes.

Grève des routiers au Brésil: Temer confiant malgré les barrages persistants

RIO DE JANEIRO — Le président brésilien Michel Temer a affirmé lundi avoir «l’absolue conviction» que la grève des routiers qui paralyse le pays depuis une semaine touche à sa fin, même si de nombreuses routes restaient bloquées.

«J’ai l’absolue conviction» que la grève sera terminée «aujourd’hui ou demain [...] et que cela nous apportera une grande sérénité», a affirmé le chef de l’État dans un discours lors de l’investiture d’un nouveau ministre à Brasilia.

Dimanche soir, le président Temer avait cédé aux principales revendications des grévistes, annonçant notamment une réduction significative du prix du diesel.

Mais des routes étaient toujours bloquées dans une vingtaine des 27 États que compte le Brésil et la plupart des stations-service des grandes villes n’avaient toujours pas été ravitaillées.

Sans compter une pénurie de produits frais sur les étals, des problèmes d’approvisionnement pour les hôpitaux et la fermeture de plusieurs universités. «Nous espérons que la reprise d’activité s’accélère. Le retour à la normale est en cours, mais il est plus lent que ce que nous espérions», a reconnu le chef du gouvernement Eliseu Padilha en conférence de presse.

Il a également dénoncé la présence de personnes «infiltrées dans le mouvement [des routiers] avec d’autres objectifs, essentiellement politiques».

José da Fonseca Lopes, président de l’Association brésilienne des camionneurs (Abcam) qui revendique 600 000 routiers indépendants, allait dans le même sens, en évoquant des «interventionnistes», militants réclamant une intervention des militaires pour «faire tomber le gouvernement».

La carotte et le bâton

Depuis le début de cette crise, le gouvernement Temer tente d’alterner la carotte et le bâton, mais les décisions successives ne semblent pas avoir de réels effets sur la mobilisation des grévistes.

Jeudi, un premier accord pour une trêve de 15 jours avait été annoncé en échange de plusieurs concessions, mais les barrages n’avaient toujours pas été levés. Le lendemain, le président Michel Temer avait haussé le ton, faisant appel aux forces de sécurité, y compris l’armée, pour débloquer les routes. Cette mesure a permis d’atténuer quelque peu les problèmes d’approvisionnement en carburant, des camions-citernes étant escortés depuis les raffineries par des soldats ou des policiers.

Transport en commun rétabli

La mairie a ainsi annoncé lundi soir que les transports en commun, fortement perturbés depuis le début de la grève, pourront «revenir à la normale» à partir de mardi.

Mais dès qu’une station-service était ravitaillée, des files d’attente se sont immédiatement formées sur des kilomètres à tel point qu’un syndicat de distributeurs d’essence a réclamé des «renforts policiers» pour éviter «tout tumulte» au moment de la remise en service des pompes.

En plus des problèmes de carburant, le Brésil est en proie à des pénuries en tous genres, qui affectent tous les secteurs d’activité de cet immense pays sortant à peine d’une récession historique et où 60 % du transport de marchandises s’effectue par la route.

Même si les camionneurs levaient effectivement tous les barrages, il faudra des semaines, sinon des mois, pour que les chaînes de production et d’approvisionnement de la principale économie latino-américaine reviennent à la normale. 

Pour tenter de mettre fin à la grève, le président Temer a annoncé dimanche une baisse significative du prix du diesel, dont le tarif a été gelé sur 60 jours. Une décision qui a provoqué une forte chute des actions de la compagnie pétrolière d’État Petrobras, qui ont chuté de plus de 14 % à la clôture.

À quatre mois de la présidentielle, la crédibilité d’un gouvernement déjà très impopulaire est plus que jamais remise en cause. La situation risque de s’envenimer dans les prochains jours, un syndicat du secteur pétrolier ayant appelé à une grève de 72 heures à partir de mercredi.