À Montpellier, des échauffourées ont éclaté environ deux heures après le départ d'un cortège rassemblant quelque 4500 personnes selon la préfecture.

Gilets jaunes: une journée test émaillée d'incidents

PARIS — Plusieurs dizaines de milliers de «gilets jaunes» ont défilé en France, pour le 19e samedi consécutif, marqué par un renforcement drastique du dispositif policier et des incidents, sans commune mesure toutefois avec les scènes de violence de la semaine précédente.

Les manifestants étaient environ 40 500 sur l'ensemble du pays, dont 5000 à Paris, a déclaré le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner. Il a estimé que les «consignes de fermeté» données «ont permis de maintenir l'ordre et d'éviter des débordements».

Samedi dernier, ils étaient, selon la même source, 32 000 en France, dont 10 000 à Paris, et la journée avait été marquée par des scènes de saccage sur les Champs-Élysées, entraînant un net renforcement du dispositif de sécurité ce samedi.

Feux de poubelle et devanture de banque vandalisée : les forces de l'ordre ont tiré des grenades lacrymogènes à Paris en fin de journée pour disperser le dernier cortège de «gilets jaunes», non loin du quartier de la République, a constaté une journaliste de l'AFP.

En régions, des incidents sporadiques ont également éclaté comme à Montpellier (Sud), La Rochelle (Ouest), ou Nice (Sud-Est) où une septuagénaire a été grièvement blessée en tombant pendant une charge de la police, selon les correspondants de l'AFP.

Le gouvernement n'avait pas lésiné sur les moyens pour éviter une réédition des violences de la semaine précédente et avait promis la «fermeté».

«Nous serons sans merci pour les casseurs», avait ainsi averti la garde des Sceaux Nicole Belloubet.

Les manifestations avaient été interdites dans des lieux symboliques d'une quinzaine de villes et l'armée mise à contribution pour sécuriser certains sites, libérant ainsi policiers et gendarmes pour leur permettre d'assurer le maintien de l'ordre.

Dans la capitale, où 6000 membres des forces de l'ordre étaient mobilisés, les Champs-Élysées avaient été particulièrement sécurisés et interdits aux manifestants.

Les «gilets jaunes» ont défilé dans le calme loin de l'artère emblématique et ont commencé à se disperser vers 16h GMT (12h, heure du Québec). Mais un cortège s'est alors reformé, avant d'être bloqué par les forces de l'ordre. Ces dernières ont tiré des grenades lacrymogènes pour disperser le défilé, en tête duquel se trouvaient plusieurs jeunes, chandails à capuche et foulards sur le nez.

Échauffourées en régions

À Montpellier, des échauffourées ont éclaté environ deux heures après le départ d'un cortège rassemblant quelque 4500 personnes selon la préfecture.

Vers 16h, les forces de l'ordre ont fait des sommations puis procédé à des tirs nourris de grenades lacrymogènes, alors que des manifestants leur jetaient canettes et bouteilles de bière.

À Nice, où le président français Emmanuel Macron et son homologue chinois Xi Jinping sont attendus dimanche et lundi, des heurts ont éclaté dans l'après-midi lorsque quelques centaines de manifestants ont tenté de pénétrer dans le périmètre interdit aux rassemblements, déclenchant des tirs nourris de gaz lacrymogène.

Le matin, quelques dizaines de personnes avaient déjà bravé l'interdiction de manifester en centre-ville, dont la militante altermondialiste septuagénaire blessée, qui souffre, selon sa fille, «de plusieurs fractures au crâne, au rocher [oreille interne] et d'hématomes sous-duraux».

Soixante-quinze personnes ont été interpellées, selon la préfecture.

À Bordeaux (Sud-Ouest), place forte du mouvement, des tensions se sont fait sentir en centre-ville, là aussi interdit de manifestation, avec l'arrivée de black blocks en milieu d'après-midi, a constaté une journaliste de l'AFP.

À La Rochelle, la police a fait usage de gaz lacrymogène contre des manifestants qui leur lançaient des projectiles.

L'ultragauche, présente en force à Paris le 16 mars, «veut se mobiliser en privilégiant les manifestations régionales», avait estimé une source policière.

À Toulouse (Sud-Ouest), les forces de l'ordre ont chargé pour disperser quelques milliers de «gilets jaunes» et ont délogé des dizaines de protestataires de la place du capitole où les manifestations étaient interdites.

Né en novembre d'un ras-le-bol social et fiscal, le mouvement a muté en une contestation protéiforme, sans leaders représentatifs, et ne s'est pas éteint avec le «grand débat national» lancé en réaction par le chef de l'État.

Ce grand débat a donné lieu à plus de 10 000 réunions et s'est achevé la semaine dernière. Le gouvernement doit désormais faire des propositions.