Le président français Emmanuel Macron s’est livré jeudi près de deux heures et demie durant à un exercice inédit : une longue conférence de presse sous les ors du palais présidentiel de l’Élysée.

«Gilets jaunes»: Macron prend acte, mais garde le cap

PARIS — Emmanuel Macron a tenté jeudi d’apporter des réponses aux «justes revendications» portées par le mouvement des «gilets jaunes» et reconnu sa part de responsabilité dans leur colère. Mais devant la presse, le président français a prévenu jeudi qu’il maintiendrait le cap de ses réformes.

Près de six mois après le début du mouvement de protestation qui prend tous les samedis d’assaut les rues des grandes villes françaises, dont Paris, depuis la mi-novembre, le président s’est livré près de deux heures et demie durant, à un exercice inédit : une longue conférence de presse sous les ors du palais présidentiel de l’Élysée, avec pour objectif de relancer une présidence en péril et d’éteindre la contestation.

Sentiment de relégation, d’«abandon», «manque de considération, «déclassement»... M. Macron a pris acte des blessures du pays profond qu’ont traduites les défilés des «gilets jaunes», sans s’exonérer du «manque de confiance dans les élites — votre serviteur, au premier chef».

Mais «les transformations indispensables à faire dans notre pays ne doivent pas être arrêtées» pour autant «parce qu’elles répondent profondément à l’aspiration de nos concitoyens», a-t-il martelé.

«Réorganisation profonde»

Pour montrer qu’il a entendu les inquiétudes et l’exaspération manifestées par les foules, il a promis «une baisse significative de l’impôt sur le revenu», dont s’acquittent quatre foyers fiscaux sur dix, et une réindexation sur l’inflation des retraites de moins de 2000 euros (3000$) par mois dès le 1er janvier 2020.

Il s’est également engagé à une «réorganisation profonde» de l’administration pour renforcer les services publics hors des grandes agglomérations, déplorant qu’il n’y ait «plus assez de monde sur le terrain» pour répondre aux besoins d’une population qui vieillit.

Il s’est aussi dit favorable à une suppression de la fameuse École nationale d’administration (ENA), qui forme les hauts ­fonctionnaires et symbolise, pour certains, l’élitisme coupé des réalités de la classe dirigeante.

Concernant le manque de démocratie dénoncé par les manifestants, le président a proposé de faciliter la mise en œuvre d’un référendum à l’initiative du peuple qui pourrait saisir le Parlement dès lors qu’un million de signatures seraient réunies, contre 10 % du corps électoral auparavant, soit plusieurs millions de personnes.

Il a aussi plaidé pour la mise en œuvre d’une part de 20 % de proportionnelle à l’Assemblée nationale et pour 25 % à 30 % de parlementaires en moins, alors que le système électoral français tend à dérouiller les élections, aboutissant par exemple à une sous-­représentation parlementaire de certaines formations réalisant pourtant de très bons scores au niveau national, comme le Rassemblement national.

«Il n’a pas répondu»

En revanche, celui dont le nom a été conspué et l’effigie brûlée ou guillotinée par les «gilets jaunes» a lancé : «on peut tout dire, mais la haine n’est pas excusable».

M. Macron avait fort à faire pour convaincre les Français, qui ne sont que 24 % à penser que le «grand débat» entamé fin janvier a permis d’améliorer la situation politique, économique et sociale de leur pays.

Pas évident qu’il ait atteint son but, à en croire un des porte-parole des «Gilets Jaunes», Jérémy Clément : «C’est sûr, le président nous a entendus et il a compris nos revendications, mais il n’y a pas répondu [...]. On se méfiait, on avait raison. Le président ne remet rien en cause de sa politique des deux dernières années même s’il nous cite» a-t-il dit à l’AFP.

La réponse viendra de la rue, dès samedi sans doute, comme chaque semaine depuis le 17 novembre. Avec le risque d’avoir déçu des revendications diffuses et des attentes difficiles à cerner.