Les mots «extorsion», «vol», «stop aux Traoré» et «braqueur de femmes enceinte» [sic] ont été écrits à la peinture blanche et rouge sur les visages des deux hommes.
Les mots «extorsion», «vol», «stop aux Traoré» et «braqueur de femmes enceinte» [sic] ont été écrits à la peinture blanche et rouge sur les visages des deux hommes.

France: une fresque en hommage à George Floyd et un Français noir vandalisée

BOBIGNY — Une fresque réalisée en banlieue parisienne en hommage à George Floyd et Adama Traoré, un Français noir mort pendant son arrestation en 2016, a été vandalisée dans la nuit de vendredi à samedi, ont annoncé les autorités locales.

Les mots «extorsion», «vol», «stop aux Traoré» et «braqueur de femmes enceinte» [sic] ont été écrits à la peinture blanche et rouge sur les visages des deux hommes, selon des images de la chaîne de télévision BFMTV.

Cette fresque réalisée à Stains, près de Paris, par un collectif d'artistes locaux à la demande du maire de la ville fait polémique depuis sa réalisation mi-juin.

Le 22 juin, à l'appel du syndicat Alliance, 200 policiers avaient manifesté à Bobigny, devant la préfecture de Seine-Saint-Denis, pour condamner le texte inscrit sur la fresque (Contre le racisme et les violences policières). Au même moment, 150 personnes s'étaient rassemblées à Stains à l'appel du Comité Adama Traoré.

Le maire PCF de Stains, Azzédine Taïbi, a annoncé dimanche à l'AFP son intention de porter plainte lundi pour dégradation de bien public, l'oeuvre ayant été réalisée sur un bâtiment municipal.

«Malheureusement, je m'attendais à ce type de dégradations. C'est odieux, honteux, indigne, et d'une grande violence. Alliance a créé une polémique et fait monter les enchères», a déclaré le maire, qui précise être destinataire depuis plusieurs semaines de «menaces de mort et d'insultes racistes par téléphone, courriels et lettres anonymes».

Les graffeurs qui ont réalisé la fresque se chargeront d'effacer les graffitis, a précisé M. Taïbi.

Avec son comité de soutien, la soeur d'Adama Traoré avait rassemblé début juin des milliers de personnes dans la capitale et des centaines d'autres partout ailleurs en France.

Après avoir reçu une délégation de policiers le 22 juin, le préfet de Seine-Saint-Denis avait mis en demeure le maire, qui avait inauguré cette fresque, de modifier le texte. Ce dernier avait alors mandaté son avocat «afin d'étudier les suites à donner» à «cette mise en demeure infondée».

Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner avait estimé que la fresque mettait «en scène un amalgame honteux entre racisme, violence et forces de l'ordre» et soutenu «l'initiative» du préfet.

«Le sujet des violences policière existe, il a été évoqué par le Défenseur des droits, et même par le président français Emmanuel Macron et Christophe Castaner, qui se sont ensuite rétractés. Ce n'est un secret pour personne!», a estimé dimanche le maire. «Évoquer les violences policières n'incrimine pas tous les policiers, comme les violences conjugales n'incriminent pas tous les époux».

La fresque représente sur un fond bleu parsemé de nuages les visages de George Floyd, un Américain noir asphyxié par un policier blanc lors de son interpellation aux États-Unis, et d'Adama Traoré, un jeune Français noir mort en juillet 2016 après son arrestation par les gendarmes à Beaumont-sur-Oise, près de Paris.

L'enquête sur la mort de ce dernier, toujours en cours, a viré à la bataille d'expertises.

Avec son comité de soutien, sa soeur Assa Traoré avait rassemblé début juin des milliers de personnes dans la capitale et des centaines d'autres partout ailleurs en France.

Plusieurs journaux américains ont fait son portrait ces derniers jours et la chanteuse Rihanna a mis une publication sur les réseaux sociaux pour saluer son engagement.

En France, ses positionnements suscitent la controverse, plusieurs intellectuels dénonçant une «racialisation» du débat public, au mépris de «l'universalisme républicain».