Le livre de Kamala Harris - et la publicité qui l'entoure - risque de projeter la sénatrice au centre des discussions relativement à l'élection de 2020.

Élection de 2020: Kamala Harris aborde son passé de procureure dans son livre

WASHINGTON — La sénatrice américaine Kamala Harris, qui s'apprête à prendre une décision quant à sa candidature à la présidence en 2020, aborde dans son nouveau livre un sujet qui pourrait représenter un obstacle pour elle dans la course démocrate : son passé de procureure.

La sénatrice démocrate de la Californie, qui a passé une bonne partie de son enfance à Montréal, a publié ses mémoires, mardi, dans lesquels elle aborde d'emblée un enjeu qui pourrait soulever la controverse chez les démocrates. Dans son livre, Mme Harris plaide que c'est un «faux dilemme» de devoir choisir entre le soutien à la police et un contrôle accru des forces de l'ordre.

Cet argument, qui se retrouve dans The Truths We Hold, s'adresse aux détracteurs de son bilan, qui l'accusent d'avoir été trop proche de la police et trop lente à réformer le système pénal.

«Je sais que la plupart des policiers méritent d'être fiers de leur service public et d'être félicités pour la façon dont ils font leur travail», a écrit Mme Harris, qui se décrit comme une «procureure progressiste».

«Je sais combien le travail est difficile et dangereux, jour après jour, et je sais que c'est difficile pour les familles des policiers, qui doivent se demander si la personne qu'ils aiment reviendra à la maison à la fin de chaque quart de travail.»

En même temps, elle dit qu'elle ne devrait pas avoir à choisir entre ce soutien envers les forces de l'ordre et la reddition de compte à laquelle elles devraient se soumettre. «Je suis pour les deux. La plupart des gens que je connais sont pour les deux», a-t-elle souligné.

Après des fusillades meurtrières très médiatisées impliquant des policiers et des Noirs non armés, le traitement réservé aux minorités par le système de justice pénale est un enjeu prioritaire pour les électeurs démocrates.

Ce passage laisse entendre que Mme Harris s'attend à devoir expliquer ses opinions à la lumière de ses sept années en tant que procureure à San Francisco, et de ses six ans en tant que procureure générale de la Californie.

«C'est une campagne présidentielle, et chaque aspect du dossier d'un candidat sera examiné de près et ce dernier devra y répondre», a indiqué Mo Elleithee, un militant démocrate de longue date qui dirige l'Institut de politique et de service public de l'Université de Georgetown.

«Elle sait que c'est quelque chose qui sera sur son chemin et qu'un bon candidat est un candidat qui n'attend pas que cela se produise. Un bon candidat est quelqu'un qui le fait de manière proactive, et elle semble le faire», a-t-il ajouté.

Un bilan apparemment mitigé

Au-delà du livre, Mme Harris a appuyé des projets de loi adoptés par le Sénat à la fin de l'année dernière qui visent à réformer le système de justice pénale, en particulier en ce qui concerne les règles de détermination de la peine.

Dans son ouvrage, la sénatrice présente un cas survenu lorsqu'elle était stagiaire au bureau du procureur du comté d'Alameda, alors qu'une passante innocente était l'une des nombreuses personnes arrêtées lors d'une intervention antidrogue. Mme Harris a relaté qu'elle avait «supplié» et «plaidé» tard un vendredi après-midi pour qu'un juge entende l'affaire, afin que la femme évite de passer la fin de semaine en prison.

Selon Kate Chatfield, directrice des politiques de «Re:store Justice», un groupe de réforme de la justice pénale de la Californie, Mme Harris a fait quelques bons coups lorsqu'elle était à son poste, mais cela s'expliquait par le fait que «le public lui a demandé des comptes sur ce qu'elle avait fait qui n'était pas suffisant ou qui avait fait du mal».

«Lorsque la conversation évoluera, on devrait s'attendre à ce que l'on s'interroge sur ces choix», a déclaré Mme Chatfield, soulignant, entre autres, le plaidoyer de Mme Harris pour des lois plus sévères en matière d'absentéisme scolaire.

Un enjeu chez les démocrates

En abordant dans son livre ces questions liées au système pénal, Kamala Harris s'attaque à un problème auquel ont été confrontés les démocrates et certains républicains en 2016. La candidate démocrate Hillary Clinton a été critiquée pour le rôle joué par son mari, l'ancien président Bill Clinton, dans l'adoption d'une loi en 1994 qui prévoyait des peines plus sévères pour les délinquants toxicomanes, et l'investissement de plusieurs milliards de dollars pour augmenter la présence policière et construire plus de prisons.

Ces questions devraient également faire l'objet d'un vif débat en 2020 et pourraient faire apparaître des divisions parmi le vaste éventail de candidats démocrates.

L'ancien vice-président Joe Biden était à la tête du Comité judiciaire du Sénat lorsque le projet de 1994 a été adopté et promulgué, ce qui pourrait constituer un obstacle pour lui. Le sénateur Cory Booker, du New Jersey, a joué un rôle central dans l'adoption par le Sénat des réformes du système de justice pénale et s'en vantera certainement s'il décide de se lancer dans une campagne présidentielle. Amy Klobuchar, sénatrice du Minnesota, qui envisage également une candidature pour 2020, fait souvent référence à son propre passé de procureure.

Certains militants se réjouissent à l'idée que ces enjeux reçoivent plus d'attention en 2020.

«Lorsque nous avons eu les élections de 2016, nous étions à l'apogée de Ferguson et de Baltimore, et nous n'avons toujours pas d'engagement sérieux pour la réforme de la justice pénale», a déclaré Phillip Goff, président du Center for Policing Equity.

«J'espère que nous demanderons aux candidats de démontrer qu'ils en savent plus que les slogans des militants dans leurs bases.»

Les sondages soulignent l'intérêt que portent les démocrates aux problèmes de justice pénale. Un sondage réalisé en février 2018 par l'Associated Press et le Centre de recherche en affaires publiques NORC a révélé que la majorité des démocrates, mais beaucoup moins de républicains, pensaient que les Afro-Américains avaient connu peu de progrès en matière de justice pénale ou de maintien de l'ordre au cours des 50 dernières années.

Selon le même coup de sonde, 45 % des Américains, dont 62 % des démocrates et 19 % des républicains, pensaient que le système de justice pénale n'avait guère progressé pour ce qui est du traitement équitable des Afro-Américains.

Un atout contre Donald Trump

Bien que les antécédents de Mme Harris ne puissent pas encore influer sur sa candidature aux primaires démocrates, cela pourrait l'aider si elle affrontait le président Donald Trump lors des élections générales de 2020.

«Il s'est présenté comme le président de la loi et l'ordre», a mentionné Mo Elleithee.

«De faire face à lui sur la loi et l'ordre d'une façon intelligente, je crois, ce sera important. Si elle remporte la nomination et qu'elle fait cela en maîtrisant bien le sujet, alors je crois que ce serait une voix forte et une force à ne pas sous-estimer», a-t-il ajouté.

Le livre de Mme Harris - et la publicité qui l'entoure - risque de projeter la sénatrice au centre des discussions relativement à l'élection de 2020. La semaine dernière, c'est Elizabeth Warren qui occupait l'avant-plan, étant donné qu'elle a annoncé la création d'un comité exploratoire pour la présidence.